Ce canular qui a annoncé l'annulation de la dette grecque

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La dette grecque annulée ? Une blague, bien sûr...
La dette grecque annulée ? Une blague, bien sûr... (Crédits : © Francois Lenoir / Reuters)
Le Comité pour l'abolition de la dette du tiers monde a usurpé l'identité du Club de Paris, réunion informelle de 20 pays créanciers, pour faire croire à la suppression de la dette grecque. Une opération de communication pour provoquer une interrogation sur la dette.

Le canular a fait sursauter à Bercy. Ce vendredi 3 juin est apparu sur Internet un site français du Club de Paris, une réunion de 20 Etats créanciers de pays en développement créé en 1956 et connu pour sa grande discrétion. Sur ce site, on pouvait trouver un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux et titré : « Le Club de Paris décide d'annuler la dette de la Grèce et de se doter de statuts officiels. »

Un canular qui fait réagir Bercy

On y apprenait que cette institution informelle, qui regroupe notamment l'Allemagne, la France et l'Italie, avait décidé de supprimer ces créances vis-à-vis de la République hellénique après avoir entendu un expert de l'ONU et pour permettre à son gouvernement « de remplir ses obligations internationales, notamment dans le domaine des soins de santé et de l'éducation, et de financer les investissements publics visant une croissance inclusive et une réduction de la pauvreté ». Le communiqué annonçait aussi que le Trésor français, dont le directeur assure en 2016 la présidence du Club de Paris, proposait de donner à l'institution informelle des statuts officiels et de publier des comptes-rendus des réunions de ces 20 Etats créanciers.

Peu après, le compte twitter des ministères de Bercy mettait en garde contre « un faux site » relayant des « informations erronées sur le Club de Paris ». Il est vrai que le site, copie (presque) conforme du vrai site du Club de Paris, présentait quelques étrangetés, notamment dans la présentation de l'institution qui « n'est pas un club de foot ou de rugby » et qui est « plus discret que le PSG ». Finalement, le pot-aux-roses est dévoilé à la mi-journée. Le site et le communiqué sont des faux réalisés par le Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM), une association qui a voulu dénoncer les pratiques du Club de Paris.

Le CADTM a notamment participé à la Commission pour la vérité sur la dette grecque initiée au printemps 2015 par la présidente d'alors du parlement grec, Zoé Kostantopoulou. Cette commission avait alors conclu au caractère « odieux, illégitime et illégal » de la majeure partie de la dette hellénique, avant d'être brusquement dissoute après l'acceptation par le gouvernement grec des conditions des créanciers en juillet 2015 et l'élection d'un nouveau parlement le 20 septembre.

Le problème de l'informalité du Club de Paris

En créant un faux site du Club de Paris, autrement dit en usurpant le nom de cette institution, l'association a cherché à mettre en lumière son aspect informel et secret, donc illégitime et peu transparent à ses yeux. Cette usurpation n'eût pas été possible, en effet, si le Club de Paris existait légalement. Il s'agissait donc de dénoncer le traitement des dettes des pays en développement qui se font, via ce Club dont les membres cumulent un tiers du total des créances envers ce pays, dans une opacité complète. Or, les actions du Club de Paris, prises en accord avec le FMI, décident souvent des politiques économiques dans les pays endettés. En dénonçant le caractère non officiel de cette institution, le CADTM entendait donc dénoncer l'absence de responsabilité démocratique et devant l'opinion publique de mesures lourdes pour de nombreux pays.

Qui ment ?

Dans un communiqué révélant le canular, le CADTM s'interroge donc : « Qui ment, le CADTM ou le Club de Paris ? » Car le mensonge du faux site et du faux communiqué vise à dénoncer le faux discours du Club de Paris qui, affirme l'association, « annonce via de « vrais » communiqués que le Club de Paris annule totalement la dette de certains pays, alors qu'il s'agit en réalité d'allègements partiels de dettes, conditionnés à la mise en œuvre de programmes d'austérité conclus avec le FMI et la Banque mondiale ». Le CADTM dénonce particulièrement la « conditionnalité » des programmes, fruit de l'étroit concours entre le Club de Paris et le FMI, concours qui est entouré de la plus grande opacité, là aussi. On remarquera néanmoins que le Club de Paris, dans les restructurations, protège toujours les créances du FMI. De fait, le caractère informel du Club de Paris lui permet de prendre ses décisions via le FMI.

Le problème du respect des droits

Cette conditionnalité, cœur des politiques de traitement de la dette menée par le Club de Paris, mais aussi à présent par la zone euro, ne se soucie guère, estime le CADTM, des droits fondamentaux des citoyens des pays débiteurs, ni de la légitimité de la dette contractée. Les pays sous programme sont contraints de dégager des excédents budgétaires pour rembourser la dette, causant une ponction souvent intenable pour des économies déjà fragile. Il s'agit donc de pointer du doigt les conséquences sociales et humaines de ces politiques. De ce point de vue, l'ONU alerte régulièrement sur les conséquences de la dette extérieures sur les droits humains. Elle l'a fait encore récemment concernant la dette grecque. Avec ce canular, l'association tente donc de critiquer la communication du Club de Paris qui insiste sur la générosité des créanciers et le soutien à leurs économies.

Pourquoi cette allusion à la Grèce ?

L'allusion à la Grèce en tête du communiqué n'est pas fortuite, car l'Eurogroupe, autre instance de décision informelle, est l'équivalent européen du Club de Paris et mène depuis 2010 une politique qui a conduit à un effondrement de l'économie hellénique et à un alourdissement du poids de la dette. Les récentes décisions de l'Eurogroupe, imposant un nouveau tour de vis contre une hypothétique discussion sur la restructuration de la dette à partir de 2018, est un nouvel exemple de cette persévérance dans l'erreur. Avec son canular, le CADTM entend engager un débat dans les opinions publiques sur ces politiques et sur ces choix. Un débat que les responsables politiques évitent trop souvent.

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Commentaires
a écrit le 04/06/2016 à 10:43 :
Exemple de non-information qui n'a pas sa place dans les colonnes d'un journal d'économie. Les journalistes sont là pour vérifier les sources et livrer au lecteur une approche condensée et de manière séparée éventuellement leur analyse ou position personnelle s'ils sont éditorialistes. Les rumeurs et canulars en sont donc exclus. Avec Romaric Godin c'est le contraire : l'information passe au second plan. S'il vous plaît revenons à plus de professionnalisme.
a écrit le 04/06/2016 à 9:44 :
Chut monsieur Godin,

vous etes fou encore un peu et vous disiez que l'on avait ventilé une partie de la dette grecques sur des petits pays d'europe de l'est histoire de sauver le crédit agricole et la deutsche bank.
Bientot vous allez dire que cette opération de sauvetage non démocratique (Puisque non ratifiée par les peuples) s'apparente à de l'abu de bien social.
Chut vous dis-je. La protection des banques est l'alpha et l'omega de la politique moderne et madame Merckel a mis tout son poid pour défendre ce principe sacré.
Maintenant qu'il ne s'agit que de pressurer un peuple pour savoir quels contribuables paieront elle peu sous traiter cela à son ministre des finance l'essentiel est acquis: Les pauvres paierons la dette des dépenses militaires et des excemptions fiscales de plus riches.
a écrit le 03/06/2016 à 19:31 :
Bon, on peut toujours faire de grands discours, mais l'usurpation d'identité est un délit :-)
Réponse de le 03/06/2016 à 23:08 :
Il y a usurpation d'identité pour une personne physique ou morale. Le club de Paris étant informel n'est ni l'un ni l'autre. Essayes encore. :o)
Réponse de le 04/06/2016 à 9:44 :
@Atlee: pas de sémantique stp, car si tu en parles, c'est qu'il existe, informel ou non. C'est vrai que ceux qui défendent l'immoralité et les magouilles en tout genre m'irritent fortement !!!

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