En Angleterre, annuler les dettes étudiantes coûterait moins cher qu'annoncé

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Les étudiants les moins favorisés seront amenés, dans les années à venir, à quitter l'université avec une dette pouvant atteindre 57.000 livres.
Les étudiants les moins favorisés seront amenés, dans les années à venir, à quitter l'université avec une dette pouvant atteindre 57.000 livres. (Crédits : REUTERS/Hannah McKay)
Jugé infinançable, l'effacement des dettes étudiantes serait finalement beaucoup plus abordable que prévu. A condition de se limiter aux diplômés entrés à l'université après le triplement des frais d'inscription, en 2012. Une mesure qui, si elle est mise en place, poserait d'autres difficultés, prévient l'Institute for Fiscal Studies.

Le rapport avait fait grand bruit, au début de l'été. Publiée par l'organisme de recherche indépendant britannique Institue for Fiscal Studies (IFS), une enquête sur le niveau d'endettement des jeunes diplômés révélait que les étudiants les moins favorisés risquaient de terminer leur cursus dans le supérieur avec une dette excédant 57.000 livres, soit 64.200 euros. La faute, notamment, aux taux d'intérêts des prêts contractés, qui flirtent avec les 6%. Résultat, certaines personnes se retrouveraient contraintes de rembourser leur emprunt pendant 30 ans, délai maximum avant l'effacement définitif de l'ardoise.

> Lire aussi : Au Royaume-Uni, l'explosion prévue des dettes étudiantes inquiète

Interpellée sur le sujet, la classe politique s'est ému du constat. Avant d'émettre des pistes pour alléger le fardeau. Chez les libéraux-démocrates, qui avaient appuyé la hausse des frais de scolarité à 9.000 livres (10.100 euros) avec le gouvernement Cameron après avoir promis le contraire durant la campagne de 2010, le nouveau leader Vince Cable préconise la mise en place d'une "taxe sur les diplômés". En d'autres termes, les étudiants paieraient leurs frais d'inscription a posteriori, sur leur fiche d'impôt, une fois installés dans la vie active. Theresa May, elle, inquiète de la popularité grandissante des travaillistes auprès des jeunes, songerait à modifier le calcul des taux d'intérêt, selon l'agence Press Association.

Trois fois moins que prévu... à condition de ne pas tout effacer

Le Labour est de loin le plus ambitieux sur la question : après avoir promis l'abolition des frais de scolarité lors de la campagne des législatives anticipées en juin, son leader Jeremy Corbyn s'est depuis engagé à "faire quelque chose" à propos du poids porté par ceux qui ont "la malchance historique d'aller à l'université pendant la période des 9.000 livres par an". De là à effacer purement et simplement les dettes ? Le coût serait colossal, à en croire Angela Rayner, la shadow ministre de l'éducation travailliste, qui évalue l'effort à 100 milliards de livres (112 milliards d'euros).

Une estimation inexacte, rétorque l'IFS, dont une note publiée vendredi 15 septembre a apporté un nouvel élément au débat. "En réalité, les 100 milliards de livres correspondent à la somme totale des dettes contractées par les étudiants depuis l'introduction des frais de scolarité en 1998. Pour les personnes concernées par l'augmentation de 3.650 livres à 9.000 livres en 2012, l'encours est de 34 milliards de livres" (en Angleterre seulement, les trois autres nations du Royaume-Uni étant régies par des règles différentes, ndlr)Près de trois fois moins que la somme avancée par les travaillistes et critiquée par les conservateurs. Selon l'organisme, spécialisé dans l'évaluation des politiques publiques, l'effet à court terme sur la dette du Royaume-Uni serait quasi-nul. D'ici à 2050, en revanche, la dette augmenterait de 20 milliards de livres - la différence de 14 milliards correspondant aux prêts publics alloués par l'Etat qui n'auraient de toute manière pas été remboursés.

La suppression des frais d'inscription, 11 milliards de livres par an

En ce qui concerne le déficit, "l'impact serait important, avec une large augmentation de 34 milliards la première année", soit la somme totale des dettes, que l'Etat paierait aux créanciers à la place des individus. A cela s'ajouterait le coût d'une réforme des frais d'inscription, sans laquelle une annulation de la dette n'aurait que peu de sens. A l'heure actuelle, une suppression pure et simple des frais d'inscription, qui ont été portés ce mois-ci à 9.250 livres par an, coûterait 11 milliards par an.

Seulement, une telle mesure d'effacement de la dette pour les personnes entrées à l'université après l'augmentation de 2012 serait injuste pour les diplômés des années antérieures. L'estimation de l'institut ne concerne également que l'Angleterre. Or les gouvernements locaux du Pays-de-Galles, de l'Irlande du Nord et de l'Ecosse pourraient être tentés de réclamer un effort à Londres pour supprimer la dette de leurs étudiants.

L'essentiel, estime l'IFS, est d'agir vite si réforme ou annulation de la dette il doit y avoir. Car gommer la dette en 2022, au moment des prochaines élections et l'avènement potentiel d'un gouvernement travailliste, alourdirait la somme de 60 milliards de livres d'ici 2050. La raison ? Gonflé des prêts contractés au cours des cinq années à venir, l'encours passerait alors à... 100 milliards de livres. "Bien sûr, ces prévisions ne concernent que le cas de figure où le gouvernement ne ferait rien pour contrebalancer ce trou dans les dépenses publiques, conclut l'IFS. Il serait par exemple possible, pour réduire l'impact, d'augmenter très légèrement le taux d'imposition des très hauts revenus."

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a écrit le 21/09/2017 à 9:46 :
Par principe, je pense que chacun doit payer ses propres dettes Ce n'est pas moi qui tenait le stylo quand ils ont signé, n'est-ce pas. D'autre part, ceux qui ont été honnêtes et ont payé seront-ils remboursés ? La problématique c'est qu'il faut arrêter de faire croire aux gens qu'en restant sur les bancs de l'école ils seront payés plus. La société est composée de multiples talents et vocations et il n'y a pas de sot métier :-)
a écrit le 20/09/2017 à 17:07 :
Et pour icelles et ceusses qui ont déjà payés, remboursés une partie ou la totalité de leurs dettes, qu'est-ce qu'on fait ?
Cordialement
a écrit le 20/09/2017 à 17:05 :
J'ai connu un étudiant anglais il y a dix ans qui trouvait normal de partir dans la vie avec 22000 euros de dette à cause de ses études. Il est actuellement dans un bon gros tas de ronces.

"Jugé infinançable, l'effacement des dettes étudiantes serait finalement beaucoup plus abordable que prévu"

Ben oui le brexit permettant de se séparer, un peu, de l'emprise de la finance bizarrement il devient plus facile de régler le problème des dettes.

Ce commentaire tout simple va t'il être diffusé ? Pas sûr de part l'idéologie européiste subjective qui règne. La city dominait du temps de l'ue, le brexit l'a calmé permettant aux citoyens anglais de souffler. Qu'est-ce qu'ils n'aiment pas la lire cette vérité...

Des comptables au pouvoir ça ne fait pas des dirigeants, ça fait des monstres froids.
Réponse de le 20/09/2017 à 19:24 :
Vous avez zappé le "Trois fois moins que prévu... A CONDITION DE NE PAS TOUT EFFACER" qui n'a rien du tout à voir avec le Brexit, les britanniques sont chez eux pour les frais de scolarité, leur "domaine".
Aux USA aussi c'est monstrueux, certains n'ont pas assez de toute leur vie pour rembourser, salaire pas assez fort (des loosers ?).
Réponse de le 21/09/2017 à 9:03 :
Le brexit à tout à voir puisque ce qui a ruiné l'angletterre c'est sa finance incarnée par la city devenue tellement toute puissante grâce à l'UE qu'elle dictait à Cameron directement ce qu'ils devaient faire.

Je pense même que si Cameron a organisé ce référendum c'est pas honnêteté intellectuelle vis à vis de son peuple, soit les comptables continuer d’appauvrir le pays soit les politiciens le reprenaient un minimum en main.

ET les prêts sont directement liés au bon vouloir des financiers or maintenant que le RU a repris un peu de souveraineté il peut arrêter de les engraisser systématiquement sur le dos des citoyens.

Il faut arrêter de se dire progressiste et européiste, à un moment il faut voir de quoi notre europe est le nom et elle n'est que le nom de la finance ils nous ont fait rêver avec une europe des peuples et ces minables n'ont été capables que de nous imposer une europe du fric.

« L'Europe ? Oui, mais pas celle du néolibéralisme, de l'austérité et des lobbys »http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1199021-l-europe-oui-mais-pas-celle-du-neoliberalisme-de-l-austerite-et-des-lobbys.html
a écrit le 20/09/2017 à 16:53 :
Même si Labour veut rendre l'accès aux universités etc. sans frais, il va quand même falloir trouver les 11 milliards ( si les calculs sont exacts ) ailleurs. Où??

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