Finlande : victoire des centristes, défaite du premier ministre

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Les urnes finlandais ont donné la victoire aux Centristes
Les urnes finlandais ont donné la victoire aux Centristes (Crédits : LEHTIKUVA)
Le parti du premier ministre finlandais Alexander Stubb a encaissé un net recul et est dépassé par le parti du Centre. La position de la Finlande en Europe, notamment face à la Grèce, pourrait se durcir.

Sportif, polyglotte, souriant, mais... battu ! Chef du gouvernement et du premier parti du pays, le Parti conservateur de la coalition nationale (Kokoomus) depuis le départ voici un an à Bruxelles de son prédécesseur et mentor Jyrki Katainen, devenu commissaire européen, le fringant Alexander Stubb a dû concéder sa défaite lors des législatives ce dimanche 19 avril. Selon les résultats définitifs, le Kokoomus obtiendrait 18,2 % des voix, soit 2,2 points de moins qu'en 2011. Mais en Finlande, les lignes bougent peu et il faudra remonter à 1995 pour voir le parti conservateur à un niveau plus faible. En termes de sièges, le parti conservateur obtiendrait 37 des 200 députés de l'Eduskunta, le parlement finlandais, soit 7 de moins qu'en 2011. Il sera le troisième groupe au parlement.

La victoire du parti du Centre

Le grand vainqueur de la soirée, c'est le parti du Centre qui progresse de 5,3 points par rapport à 2011, à 21,1 %. Avec 49 sièges, il retrouve la place de premier parti du pays qu'il avait obtenu en 2003 et 2007 et devrait être le pôle autour duquel le prochain gouvernement devrait se construire. Son leader, l'ancien homme d'affaires Juha Sipilä devrait  donc logiquement devenir premier ministre. Le parti du centre est un parti assez hétéroclite, très bien implanté en, milieu rural, avec parfois des accents eurosceptiques, mais c'est aussi un parti libéral, partisan de l'équilibre budgétaire et des coupes franches dans les dépenses publiques. Dans un contexte économique très difficile et alors que les politiques d'austérité ont fait l'objet d'un consensus quasi intégral parmi la classe politique, Juha Sipilä s'est fait le champion des réductions de dépenses publiques.

L'échec de la "grande coalition"

En 2011, le Parti du Centre avait été le grand perdant du scrutin. Sa position dure face aux plans de « sauvetage » de la Grèce, qu'il rejetait, avait menacé la participation de la Finlande à ce sauvetage. Finalement, Jyrki Katainen avait alors construit une large coalition allant de l'alliance de gauche aux conservateurs en incluant les Verts, les Chrétiens-démocrates et les Sociaux-démocrates. Cette « grande coalition » avait accordé - avec certaines garanties - la participation finlandaise au deuxième plan d'aide à la Grèce. Mais elle s'était progressivement délitée à mesure que la situation économique du pays se dégradait. L'alliance de gauche, puis les Verts ont fini par quitter la coalition.

La gauche sanctionné

Ce dimanche 19 avril, les électeurs finlandais ont clairement sanctionné cette stratégie de « grande coalition. » Tous les participants de cette construction sont en recul, mais la défaite est particulièrement sévère pour la gauche. Les Sociaux-démocrates perdent 2,6 points à 16,5 % des voix et 8 sièges à 34 députés. C'est un nouveau plus bas historique pour un parti qui a dominé la vie politique finlandaise de l'après-guerre avec des scores dépassant les 20 % jusqu'en 2011. L'alliance de gauche n'a pas profité de son départ de la coalition gouvernementale, ni de son programme anti-austérité, une exception dans le pays. Avec 7,1 % et 12 sièges, elle recule d'un point et perd deux députés. Face à la crise, les Finlandais sont restés fidèles à leur principe d'orthodoxie budgétaire, choisissant les partis de droite et du centre qui ont promis de couper dans les dépenses publiques. Seuls les Verts progressent de 1,3 point à 8,5 % des voix. Cette progression permet aux écologistes de gagner 5 sièges à 15 députés.

Les « Vrais Finnois », deuxième force au parlement

En réalité, le parti du Centre a tout écrasé sur son passage. En rejetant la « grande coalition », les électeurs qui ont changé leur vote par rapport à 2011 se sont naturellement reportés sur le seul parti d'opposition crédible. Le discours et la personnalité de Juha Sipilä a même permis de réduire l'audience de l'autre parti d'opposition, le parti eurosceptique et nationaliste des Vrais Finnois (devenu "parti finnois") de Timo Soini qui perd 1,4 point, mais qui, contrairement à ce que prévoyait les sondages, parvient à se maintenir en troisième position en termes de voix, très proche de Kokoomus, avec 17,6 %. En revanche, il devient en sièges, le deuxième partie du pays avec 38 élus, soit seulement un de moins qu'en 2011. Il sera un arbitre déterminant dans les négociations pour la constitution de la prochaine coalition.

Quelle coalition ?

Dimanche soir, Juha Sipilä a indiqué qu'il existait désormais « de multiples coalitions possibles. » Mais l'arithmétique parlementaire finlandaise est un art délicat car le paysage politique reste très fragmenté. Si l'appui du parti de la minorité suédoise (9 sièges) semble acquis à tous les gouvernements moyennant la garantie des avantages linguistiques de cette minorité, il n'est pas suffisant. Il manquera - si on en reste à cette répartition des sièges - 43 sièges à Juha Sipilä, s'il accepte l'alliance suédoise, pour former une coalition majoritaire. La coalition sera donc au minimum une coalition à quatre, puisque le deuxième groupe du pays, les Vrais Finnois ont 38 sièges.

 Ni les "Finnois", ni le Kokoomus ne pourront donc suffire pour une alliance majoritaire. Mais, sans doute, Juha Sipilä devra choisir entre un de ces deux partis comme alliés. Le choix sera difficile. Il faudra sans doute observer avec qui les Suédois et les Chrétiens-démocrates (5 sièges) accepteront de gouverner. Sur le papier, une alliance Centre-Vrais Finnois- Chrétiens démocrates et Suédois disposerait de 101 sièges, donc de la majorité absolue. Mais les relations entre les Vrais Finnois et les Suédois sont problématiques... Quant au Kokoomus, il risque de devoir attendre si cette combinaison fonctionne pour prétendre à entrer dans le gouvernement. Juha Sipilä pourrait aussi tenter d'approcher les Verts, ce qui ferait revenir Kokoomus dans le jeu... Bref, tout reste à écrire.

Quelle position face à Moscou ?

Au niveau européen, quelles seront les conséquences de ce scrutin? la position des Centristes face à Moscou est incertaine. Parti de l'entente de l'après-guerre avec l'URSS, qui faisait de la Finlande la plate-forme d'échange entre l'Union soviétique et l'Occident, ce parti est assez opposé à l'entrée du pays dans l'OTAN. Les Conservateurs, eux, sont très opposés à la politique russe et pro-OTAN. Il faudra donc observer si la position d'Helsinki face à la Russie se modifie et vient gêner la politique de sanctions européennes vis-à-vis de Vladimir Poutine.

Dureté attendue face à Athènes

Quoi qu'il arrive en revanche, le net recul de la gauche et le retour du parti du Centre devrait encore durcir la position d'Helsinki en Europe, notamment face à la Grèce. Fraîchement élu, Juha Sipilä pourrait vouloir faire preuve de zèle en posant des conditions à tout compromis avec Athènes. Il l'a promis durant la campagne. En cas d'alliance avec les Vrais Finnois, opposés à toute aide, le ton finlandais pourrait se durcir singulièrement. Timo Soini est clairement un partisan de l'expulsion de la Grèce de la zone euro. Or, si le FESF doit débourser tout ou partie des 7,2 milliards d'euros encore disponible pour la Grèce, l'Eduskunta devra approuver les conditions de ce déboursement. Compte tenu de la très grave crise que traverse le pays, les électeurs finlandais ont choisi ceux qui refusent d'aller plus avant dans la solidarité. Plus que jamais, le fossé au sein de l'Europe semble se creuser.

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Commentaires
a écrit le 21/04/2015 à 16:48 :
Cher Romaric Godin,

Auriez-vous l'obligeance de corriger le nom du parti que vous appelez "Vrais Finnois" en "Vrais Finlandais", s'il vous plaît ? Le mot "finnois" désigne en effet LA LANGUE (et dans une moindre mesure, les personnes de langue finnoise mais pas forcément finlandaises, il y existe 400 000 en Suède et en Carélie russe par exemple), tandis que la nationalité est : un Finlandais, une Finlandaise.

Pour votre culture générale, le parti s'appelle en finnois "Perussuomalaiset", ce qui veut dire "Finlandais de base", avec perus = de base, suomalaiset = Finlandais (au nominatif pluriel).

Je vous remercie par avance.
Avec mes salutations distinguées,
Princesse Amanda
a écrit le 20/04/2015 à 17:21 :
Vous dites , la position de la Finlande pourrait se durcir face à la Grèce !
Mais si vous nous laissiez libre , nous, les citoyens d'un pays de l'Europe . Est -ce que la France doit intervenir en Finlande, en Grèce, en Espagne . Respectez les peuples !
1848 c'était l'Europe des peuples . De Gaulle , l'Europe des nations ; là , c'est quoi ?
a écrit le 20/04/2015 à 16:59 :
Juha Sippilä à récemment dit qu'il y a trop de fonctionnaires inutiles et incompétents en Finlande.
Un sondage d'opinion lui a donné raison à 67 %. Je lui ai préparé une liste de noms pour le
"Coup-de-Balai", surtout à Kela (Sécurité-Sociale), Vero (Impôts) et aux Douanes.Selon les
chiffres de l'OCDE, la Finlande est championne de la dépense publique en Europe, devant le
Danemark et...la France !
a écrit le 20/04/2015 à 12:16 :
Une victoire des centristes en Finlande équivaut à dire une victoire des ceux qui disent NON à l'Otan. Réjouissez-vous. Réfléchissez-y.
a écrit le 20/04/2015 à 6:41 :
Il serait interessant de voir comment les garanties sur les montants octroyes par la Finlande, en août 2011 pour le deuxieme plan d'aide international a la Grece, vont fonctionner en cas de defaut de paiement de ce dernier
a écrit le 19/04/2015 à 23:27 :
Espérons que Mr Romaric Godin l'auteur de cet article pondéré arrivera à se mettre d'accord avec Mr Romaric Godin qui a écrit plusieurs articles passionnés sur la Grèce.

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