Grèce : les créanciers abattent leur dernière carte

Selon le Wall Street Journal, les créanciers de la Grèce se sont mis d'accord sur un plan à soumettre à Athènes. Si ce plan confirme une position dure, ce sera la dernière tentative de faire céder Alexis Tsipras.
Les créanciers de la Grèce se sont mis d'accord sur un plan.
Les créanciers de la Grèce se sont mis d'accord sur un plan. (Crédits : ALKIS KONSTANTINIDIS)

Les créanciers de la Grèce auraient trouvé une position commune pour présenter un plan au gouvernement grec. C'est du moins ce qu'avance le Wall Street Journal, citant « deux personnes proches du dossier » Selon le quotidien financier, le FMI aurait accepté « d'assouplir son insistance » sur une restructuration de la dette. L'offre des créanciers devrait être « transmise au gouvernement bientôt », ajoute le WSJ.

Quel plan et pourquoi faire ?

Que contiendra ce plan des créanciers ? Le WSJ n'en dit rien, mais il indique que « Alexis Tsipras doit s'attendre à faire face à des demandes de réformes dures du système de retraites, du droit du travail et d'autres domaines. » Les créanciers pourraient aussi insister sur « des mesures budgétaires douloureuses pour assurer que le pays dégage un excédent primaire de son budget. » Si le WSJ dit vrai, ce plan risque d'être inacceptable pour le gouvernement grec. Ce ne serait que la mise sur le papier des exigences non écrites des créanciers depuis le début du mois de mars. Cette avancée n'en serait donc pas une.

Il faudra donc observer ce que les créanciers feront de ce plan. Poseront-ils un ultimatum aux Grecs en fixant une date pour une acceptation in extenso de ce plan ? Ce plan sera-t-il négociable ou sera-t-il « à prendre ou à laisser » ? Qu'adviendra-t-il du plan grec de 46 pages soumis lundi 1er juin au soir par Alexis Tsipras et que ce dernier a jugé « raisonnable » ? Le WSJ ne répond à ces questions. Il semble qu'aucun ultimatum ne sera déposé formellement. Mais, affirme le quotidien, beaucoup de créanciers estiment que les Grecs n'auront pas de « marge de manœuvre » et devront donc accepter ou refuser l'offre.

Baroud d'honneur des créanciers

Les créanciers abattent donc leur dernière carte : en menaçant de ne plus discuter, ils espèrent faire céder la Grèce qui, effrayée par la perspective du défaut, accepterait ce qu'elle a jusqu'ici refusé. Les buts des créanciers restent bien les mêmes : proposer des réformes difficiles qui provoquerait une rupture au sein de Syriza et obligerait Alexis Tsipras à s'allier avec des partis « centristes », comme To Potami, le Pasok, voire une partie de Nouvelle Démocratie. Bref, ce n'est rien d'autres que la confirmation de la stratégie engagée le 20 février. Il s'agit de répondre à l'offensive grecque lancée avec le texte d'Alexis Tsipras dans le Monde lundi 1er juin et les déclarations du ministre du travail Panos Skourletis sur Skaï TV ce mardi selon lesquelles il n'y aura pas de paiement au FMI le 5 juin s'il n'y a pas d'accord. Bref, ce mouvement est tactique. Il vise à empêcher une dernière fois toute réelle négociation, comme le prouve cette présence parallèle de deux plans...

Pari risqué

Mais c'est un pari risqué. Les médias occidentaux pensent sans doute un peu vite qu'Alexis Tsipras est "otage" de sa gauche. Mais il est aussi celui qui a réussi à faire l'unité de Syriza et il a déjà fait accepter beaucoup de concessions à son parti. Sa stratégie a été validée récemment au sein du comité central du parti à une courte majorité. Une scission de Syriza signerait sans doute sa mort politique, le parti étant une "force nouvelle" de la politique grecque. Il n'est donc absolument pas acquis qu'Alexis Tsipras soit prêt à accepter une rupture au sein de Syriza. Il n'est pas certain qu'il soit prêt à gouverner avec le centre.

Le défaut se dessine

Le gouvernement grec pourrait donc bien agir comme il a promis de le faire : ne plus accepter de concessions au-delà des « lignes rouges » qu'il s'est imposé : pas de baisses des pensions, pas de remises en cause des accords collectifs et un objectif d'excédent primaire inférieur à 1 % du PIB cette année. Dans ce cas, Athènes pourrait ne pas payer le FMI le 5 juin, ou le 12 juin. S'ouvrirait alors une « période de grâce » de deux semaines qui pourrait constituer la dernière étape de la négociation. Et dans ce cas, les créanciers se retrouveront face à un choix redoutable : maintenir la ligne dure au risque de la rupture qui pourrait prendre la forme d'une élection rapide destinée à valider la stratégie du gouvernement.

Les créanciers face à leurs responsabilités

Le FMI risquerait alors de perdre sa mise en Grèce, ce qui fera sans doute hurler les représentants du pays émergents. Les Européens seront, eux, mis en présence de l'option de se retrouver face à un Grexit et à ses conséquences, surtout politique. Or, de ce point de vue, les choses changent. Le vice-chancelier allemand et président de la SPD sociale-démocrate, Sigmar Gabriel a, ce mardi, mis en garde contre les « conséquences politiques gigantesques » d'une faillite grecque. Angela Merkel devra assumer les conséquences de la rupture en Europe et en Allemagne. Est-elle prête à le faire ? Rien n'est moins sûr.

Autrement dit, ce plan peut être le dernier « bluff » des créanciers. Mais rien ne dit qu'Alexis Tsipras accepte d'entrer dans le jeu et accepte ce qui ressemble bel et bien à un ultimatum.