Grèce : Tsipras entre le marteau des créanciers et l'enclume de l'opinion

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La priorité d'Alexis Tsipras est de terminer rapidement la seconde revue du programme et de disposer des 2,8 milliards d'euros pour renforcer une popularité en chute libre. Pour cela, il compte sur deux éléments : la reprise économique et la restructuration de la dette.
La priorité d'Alexis Tsipras est de terminer rapidement la seconde revue du programme et de disposer des 2,8 milliards d'euros pour renforcer une popularité en chute libre. Pour cela, il compte sur deux éléments : la reprise économique et la restructuration de la dette. (Crédits : ALEXANDROS AVRAMIDIS)
Le gouvernement grec a fait approuver une nouvelle loi sur de nouvelles privatisations pour complaire aux créanciers. Sa situation intérieure est cependant de plus en plus complexe.

Mardi 28 septembre au soir, le parlement unicaméral grec, la Vouli, a approuvé le transfert de plusieurs entreprises publiques dans le fonds de privatisations (TAIPED) mis en place dans le cadre du troisième mémorandum signé avec les créanciers. Parmi les entreprises concernées, on trouve la compagnie publique d'électricité, les compagnies de distribution d'eau de Thessalonique et d'Athènes, le métro de l'Attique ou encore la petite société automobile ELBO, encore détenue à 51 % par l'Etat hellénique.

Cette loi était une des 15 conditions fixées par les créanciers pour débloquer la prochaine tranche de 2,8 milliards d'euros prévue dans le cadre du soutien financier du Mécanisme européen de stabilité (MES) et c'était aussi une des plus difficiles. Désormais, il semble que l'Eurogroupe pourrait dès le 10 octobre débloquer les fonds, ce qui permettrait à Athènes de faire face aux remboursements prévus en décembre, notamment ceux des bons du Trésor et de 300 millions d'euros au FMI.

Contestations internes

Comme toujours, cependant, le vote de ces lois a provoqué de vives contestations, non seulement dans l'opposition, mais aussi dans la majorité. Alexis Tsipras dispose d'une courte majorité de deux sièges à la Vouli qui était menacée par les scrupules de deux députés de Syriza, le parti du premier ministre, qui dénonçaient la volonté de privatiser les compagnies des eaux. Il est vrai que, lorsque le gouvernement d'Antonis Samaras, en 2014, a tenté de lancer la privatisation de ces sociétés, une forte opposition avait été organisée, notamment avec l'appui de Syriza, ce qui avait conduit le gouvernement d'alors à reculer. Mais, le nouveau gouvernement ne peut reculer puisque, depuis le 13 juillet 2015, sa stratégie consiste à répondre aux demandes des créanciers pour obtenir quelques concessions, par ailleurs, de leur part. Aussi le gouvernement a-t-il dû faire preuve de beaucoup de persuasion pour obtenir le vote des deux députés. Finalement, la loi a été approuvée par 152 voix contre 141.

Un procédé peu convaincant

Le ministre des Finances grec, Euclide Tsakalotos, a affirmé que les entreprises transmises au fonds de privatisation ne seraient pas vendues purement et simplement, mais « louées », ou plutôt vendues temporairement. Les aéroports rentables de provinces avaient ainsi été cédés pour 50 ans à l'opérateur allemand Fraport pour 1,23 milliard d'euros. Mais, plus récemment, la compagnie ferroviaire nationale OSE avait été vendue purement et simplement à l'Italien Trenitalia pour 45 millions d'euros. Dans tous les cas, l'état de ces compagnies et celui des investisseurs ne laisse guère espérer une vente rapide, ni être réellement en mesure de remplir suffisamment les caisses de la TAIPED qui, en théorie, doit récolter 50 milliards d'euros. Il y a fort à parier que tout acheteur devra relever notablement ses prix pour amortir le coût de la vente et les investissements nécessaires. Ce mouvement semble en réalité un simple mouvement administratif pour complaire aux créanciers.

L'espoir d'une vive reprise

En fait, la priorité d'Alexis Tsipras est ailleurs. Il s'agit de terminer rapidement la seconde revue du programme et de disposer des 2,8 milliards d'euros pour renforcer une popularité en chute libre. Pour cela, il compte sur deux éléments : la reprise économique et la restructuration de la dette. Le premier ministre espère donner l'impression d'un gouvernement respectueux de ses engagements internationaux et réformateur pour attirer les investisseurs et dynamiser la croissance. Dans une interview récente à Reuters, il prétendait pouvoir viser 3 % de croissance l'an prochain. Quant à la restructuration de la dette, il a martelé, durant le débat parlementaire de ce mercredi 28 septembre, qu'il « attendait des nouvelles positives sur ce front avant la fin de l'année ».

L'allègement de la dette

L'Eurogroupe a en effet envisagé des mesures d'allègement de la dette « à court, moyen et long terme », mais a conditionné les principales d'entre elles à l'achèvement du programme en 2018. Il a aussi limité ces mesures à de simples aménagements des maturités et des taux et non à des coupes dans le stock de dettes. Un débat a cependant lieu entre les créanciers européens et le FMI sur ce point, l'institution de Washington estimant que la dette n'est pas tenable et exige des coupes franches. Alexis Tsipras, lui, pourrait se contenter d'un aménagement à court terme, visant notamment les remboursements au MES prévus en 2017 (3,2 milliards d'euros). Ceci permettrait d'éviter d'avoir recours à un des éléments les plus absurdes du troisième mémorandum : le versement conditionné « d'aide » du MES pour rembourser... le MES. Politiquement, ce serait pour le Premier ministre la preuve que sa stratégie d'obéissance aux créanciers a payé puisque la restructuration de la dette était un de ses principaux objectifs.

Syriza largement devancé dans les sondages

Sera-ce suffisant pour redresser la barre ? Rien n'est moins sûr. On sait les sondages grecs peu sûrs, mais la tendance semble claire : Syriza est largement distancée dans les enquêtes par Nouvelle Démocratie (ND), le parti conservateur dirigé par son nouveau leader, Kyriakos Mitsotakis. Selon l'institut Pulse RC, ND obtiendrait 35,1 % des intentions de vote et Syriza 25,9 %. L'allié de Syriza, les Grecs Indépendants, serait exclu de la Vouli, ainsi que les Centristes de Potami, ce qui assurerait la majorité absolue aux Conservateurs. Ceci doit être pris avec précaution, mais traduit un vrai mécontentement populaire et un sentiment d'amère déception envers le gouvernement d'Alexis Tsipras.

Accusations de corruption

Les événements de ces dernières semaines ont renforcé ce sentiment. Un parfum de scandale entoure le gouvernement. La nomination de la femme d'un député Syriza au conseil de surveillance de la TAIPED a été mal perçue. Mais le principal élément de critique vient des liens du parti au pouvoir avec avec la famille d'oligarques Kalogritsas. Le patriarche de cette famille, Christos, est suspecté par l'opposition d'avoir utilisé ses liens étroits avec Syriza pour obtenir une licence de télévision pour son fils Yannis et des prêts de la part de la banque Attica. Il est aussi suspecté d'évasion fiscale. L'opposition a beaucoup utilisé ce levier pour prouver que l'actuel gouvernement avait recours aux mêmes travers que les précédents. Entretemps, cependant, Yannis Kalogritsas, incapable de payer sa licence, l'a perdu et le conseil d'Etat, la plus haute juridiction du pays, a rejeté l'appel de l'opposition et a jugé le processus d'attribution des licences régulier. Cette nouvelle attribution a, du reste, été réclamée par les créanciers. Reste qu'il demeurera des traces de cette affaire.

Des chiffres assez encourageants

L'élément le plus important va cependant demeurer l'économie. La Grèce a connu une faible croissance de son PIB, de 0,2 % au deuxième trimestre après une contraction de 0,2 % au premier. Sur un an, le PIB trimestriel est inférieur de 0,4 % à celui du deuxième trimestre 2015. Le troisième trimestre s'annonce assez bon, compte tenu de la saison touristique qui devrait à nouveau être marquée par des chiffres record. La production industrielle, en valeur désaisonnalisée, a progressé en juillet de 2,3 % sur un an, mais elle reste inférieure de 10 % à la moyenne de 2010. Le chômage a aussi baissé en un an, passant de 24,3 % en début d'année à 23,4 % en juin. Enfin, les salaires ont progressé de 4,1 % sur un an en juillet.

Manque de confiance et fragilité

Mais ces bons chiffres cachent une réalité moins réjouissante. L'augmentation de la TVA et l'alourdissement de la fiscalité sur les classes moyennes ainsi que la réforme des retraites à partir de 2017 pourraient peser lourd sur la confiance des ménages. D'autant que les salaires, s'ils progressent à nouveau doucement, demeurent inférieurs de 21 % au niveau de 2010. Leur évolution reste également très différente selon les branches. Dans les services aux collectivités, ils ont encore baissé de 14,4 % sur un an et dans la communication de 9 %... Une récente enquête de Randstad Workmonitor mettait en relief l'état d'esprit des salariés : 40 % des hommes et 39 % des femmes pensaient perdre leur emploi dans les six mois à venir. Dans ces conditions, la consommation ne peut être que limitée. En juin, l'indice des ventes au détail était inférieur de 5,2 % à celui de juin 2015 et de 29 % à la moyenne de 2010...

Stabilisation à un niveau faible

En réalité, l'amélioration des chiffres dénote une stabilisation à un niveau faible de l'économie grecque bien davantage qu'une reprise. Pour que celle-ci soit palpable, il faudrait ou des investissements publics ou des investissements privés, ou les deux. L'investissement public est exclu. Le pays dégage des excédents primaires (hors service de la dette) record (3,8 milliards d'euros en août contre un milliard d'euros attendu), mais ne peut les utiliser compte tenu des obligations des créanciers et du poids de la dette. Le contrôle des capitaux a permis de réduire l'économie parallèle, conduisant à une forme d'amélioration des comptes et des statistiques, mais les revenus fiscaux supplémentaires ne sont pas réutilisés dans l'économie grecque. Quant aux investisseurs privés, ils restent très prudents. Selon Bloomberg, les officiels grecs venus à Londres la semaine dernière n'ont pas convaincu les investisseurs qui attendent une entrée de la BCE dans le programme de rachat de la BCE, lequel demeure en suspens. Les critiques du FMI, notamment, rendent les investisseurs peu désireux de venir dans un pays soumis à une telle pression de la dette publique.

Le risque de jouer le thème de la reprise

Alexis Tsipras doit donc faire avec une reprise peu convaincante et fragile. Jouer sur ce terrain risque de s'avérer difficile. Enda Kenny en Irlande, Mariano Rajoy en Espagne et même Antonis Samaras en Grèce en 2015 ont échoué sur ce registre. Après une cure d'austérité aussi violente, prétendre « tourner la page » et « profiter de la reprise » est politiquement peu porteur. De plus, les créanciers risquent de réclamer une nouvelle réforme difficile à faire passer pour son camp : celle du marché du travail. Syriza avait défendu l'idée d'un renforcement du pouvoir des syndicats. Si le gouvernement doit défendre une nouvelle libéralisation, il pourrait encore y perdre des voix. Bref, la situation demeure très difficile pour le premier ministre grec.

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Commentaires
a écrit le 01/10/2016 à 17:06 :
Axe franco-allemmand oblige, étant donné que les Allemands (une entreprise publique allemande) ont obtenu les aéroports grecs en province (le nerf de la guerre de l'industrie du tourisme) à un prix plus que bradé, on peut s'attendre à ce que les Francais recoivent en contrepartie les compagnies d'eau grecques pour un prix pareil. C'est comme ca que se construit notre très chère Union Européenne. Vu que les Italiens sont considérés un peu comme des sous-fifres, ils ont dû se contenter du chemin de fer grec, une entreprise en sous-investissement chronique et déficitaire qui n'appartient pas aux joyaux de l'Etat, mais acheté quand même au prix d'un immeuble de bureaux parisien
a écrit le 29/09/2016 à 6:22 :
Si la Deustche Bank explose comme cela risque d'étre le cas madame Merkel va -telle mettre les Allemands au meme régime que la Grèce, Logique.
a écrit le 28/09/2016 à 22:50 :
La seule solution pour la Grèce la désobéissance!
Réponse de le 29/09/2016 à 9:12 :
Au contraire ce pays traverse une période difficile et seule la rigueur pourra les secourir. Gouvernement et citoyens doivent regarder dans la même direction. La désobéissance amené l'anarchie et l'anarchie le chaos. Je ne dis pas que leurs décisions sont idéales mais pour le moment...
Réponse de le 29/09/2016 à 12:33 :
C'est l'obéissance aux autorités qui a conduit la Grèce là où elle est. La désobéissance aux créanciers libérera la Grèce de sa dette (qui est illégale, illégitime, insoutenable et odieuse) mais pour cela il faut que le peuple garde confiance au gouvernement.
a écrit le 28/09/2016 à 21:00 :
il est coince entre la faucille et le marteau
dans les pays gauche plurielle on resoud ca par des deportations et des executions justes et reenchantees, conformement a l'interview de margareth honecker sur le sujet..........sinon si le but c'est de faire pleurer les gens, ca ne marche plus
y a un cadastre grec, ou tjs pas?
Réponse de le 28/09/2016 à 22:49 :
Oui il y a un cadastre en Grèce depuis plusieurs et repris sur la facture d'électricité et donc payé par les contribuables grecs.

Il ne faut se méprendre, le problème n'était pas que les grecs ne payaient pas de cadastre ou pas leurs impôts, d'ailleurs, avant la crise, 77,5% des travailleurs grecs payaient leurs impôts vu que ceux-ci étaient prélevés à la source.

L'oligarchie et le clientélisme sont les problèmes pas seulement de la Grèce mais de la plupart des pays. Dans tous les pays, il y a une certaine élite qui contrôle à peu près tout et dont l'objectif est que les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Basra la classe moyenne.

A cet égard, l'Europe montre le chemin, la preuve: Barroso!
Réponse de le 01/10/2016 à 16:55 :
Réponse à churchill : ca arrive à tout le monde d'épuiser sa rérerve d\ herbe, mais on ne fume sa moquette pour autant.
Réponse à Vassilis : cher homonyme, une des règles fondamentales du Net consiste à ne jamais répondre sérieusement à un troll. Soit on lígnore, soit on le dénigre.
a écrit le 28/09/2016 à 18:16 :
On comprend l'électorat grec qui avait voté Tsyprias pour sortir de l'union européenne si celle ci continuait de vouloir autant les maltraiter, pour une politique de soumission envers les marchés financiers autant avoir des leaders compromis depuis longtemps avec l'oligarchie financière.

Limite des élections dont on peut se demander en quoi elles sont démocratiques.
Réponse de le 10/10/2016 à 17:50 :
Tsipras l'homme du capital, qui a trompe les grecs. Il reste le kke (parti communiste de Grece), seule solution pour sortir de l'orniere.

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