Japon : Shinzo Abe sort son plan de relance

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Shinzo Abe, le premier ministre japonais, lance un plan de 250 milliards d'euros pour dynamiser l'économie nippone.
Shinzo Abe, le premier ministre japonais, lance un plan de 250 milliards d'euros pour dynamiser l'économie nippone. (Crédits : REUTERS/Toru Hanai)
Avec 250 milliards d'euros sur la table, dont 66 milliards de dépenses nouvelles, le gouvernement nippon entend sortir de la déflation.

Placé sous la pression d'une banque centrale qui, vendredi, avait décidé de faire le strict minimum, le premier ministre nippon Shinzo Abe a annoncé un vaste plan de relance de 28.000 milliards de yens (environ 246 milliards d'euros). Ce chiffre impressionnant prend en compte les garanties publiques des prêts aux PME et des dépenses déjà prévues. En réalité, les dépenses nouvelles prévues par Tokyo s'élèvent à 7.500 milliards de yens, environ 66 milliards d'euros. C'est davantage que les 3.000 milliards de yens prévus initialement et que les 6.000 milliards de yens évoqués depuis quelques jours. De plus, ces dépenses seront concentrées sur deux ans et non plus sur trois. A cela s'ajoute 6.000 milliards de yens de prêts quasi gratuit pour les entreprises.

Shinzo Abe entend ainsi frapper fort et vite. Son objectif est d'augmenter de 20 % le PIB japonais d'ici à 2020. Objectif sans doute trop ambitieux mais destiné à frapper les esprits. Il est d'ailleurs un des plus importants de l'histoire du Japon. Selon Bloomberg, c'est le troisième plus important dans son acceptation large, même s'il est beaucoup plus en retrait lorsque l'on regarde les seules dépenses nouvelles (environ en huitième position depuis 1990).

4.000 milliards de yens dès cet automne

A l'automne, le collectif budgétaire lancera des dépenses supplémentaires à hauteur de 4.000 milliards d'euros pour l'année budgétaire qui s'achèvera en mars 2017. Les dépenses se concentreront pour près de la moitié sur de nouveaux projets d'infrastructures, notamment une ligne de train à suspension magnétique entre Tokyo et Osaka, reliant ainsi les deux principales agglomérations du pays ou encore un nouveau port pour les bateaux de croisière. Il comprend aussi des plans de reconstruction dans les zones touchés par le séisme d'avril ainsi que des allocations pour les ménages les plus fragiles. Un quart des dépenses viseront également à faire face au changement de démographie du pays le plus âgé du monde : il s'agit de dépenses pour les soins aux personnes âgées ou le développement des crèches. Ces dépenses pourraient notamment jouer sur l'emploi et favoriser la mobilité, donc les salaires.

Inverser la politique

L'objectif du gouvernement japonais est clair : changer de politique. Depuis 2014, le gouvernement avait mené une politique budgétaire qui, de l'aveu même du FMI, était trop « restrictive ». Le premier ministre et son ministre des Finances, Taro Aso, avait dans l'esprit de rétablir l'équilibre primaire (hors service de la dette) du budget en 2020. Mais cette politique laissait à la seule politique monétaire la tâche de redresser l'inflation. Elle a clairement échoué : l'inflation japonaise a reculé et la croissance aussi. Il était donc indispensable de remettre en place une coordination entre les deux politiques. Shinzo Abe avait déjà repoussé à plus tard le relèvement de la TVA.

Cercle vertueux ?

Selon une étude de SMBC Nikko Securities, ce plan devrait apporter 0,4 point de croissance supplémentaire. C'est peu, mais le FMI avait prévu une croissance de 0,3 % pour cette année et de 0,1 % pour l'année suivante. Ce n'est donc pas négligeable. Mais, surtout, Shinzo Abe espère que ce plan fera entrer le Japon dans un cercle vertueux. L'idée est de provoquer une remontée des anticipations d'inflation, par la poussée de la demande. Une fois ces anticipations confirmées, les entreprises ne pourront plus refuser, comme aujourd'hui, de relever les salaires, alors que, en théorie, une telle politique devrait peser sur le yen et favoriser leurs marges. Dès lors, l'inflation devrait s'auto-entretenir, permettant à la Banque du Japon (BoJ) de normaliser progressivement sa politique.

Croissance durable ?

Le défi sera cependant de permettre à cette croissance d'être durable. Pour cela, Shinzo Abe ne pourra pas se passer de certaines réformes, notamment celles permettant aux salaires de mieux s'ajuster sur le marché du travail (le Japon connaît une faible croissance des salaires alors qu'il est en plein emploi) et une ouverture à l'immigration. Mais le gouvernement se montre peu empressé de réaliser ces changements. Le Japon tente cependant ce que la zone euro se montre absolument incapable de faire : coordonner les politiques monétaires et budgétaires pour sortir de la tendance déflationniste. C'est ce que veut également tenter le Royaume-Uni.

Les marchés, eux, sont sceptiques et, comme les analystes de HSBC, y voient "encore la même chose" que les nombreux plans de relance réalisés dans les années 1980. Signe de cette déception; ce mardi 2 août au matin, le yen se renforçait encore face au dollar pour s'approcher des 101 yens pour un dollar. Les mauvaises perspectives économiques mondiales rendent la monnaie japonaise toujours attractive.

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Commentaires
a écrit le 03/08/2016 à 17:06 :
"des dépenses supplémentaires à hauteur de 4.000 milliards d'euros"

Coquille. ^^
a écrit le 02/08/2016 à 16:39 :
Abenomics 2, le retour!
a écrit le 02/08/2016 à 14:55 :
Un peu comme le poker : tu relances au bluff en espérant tromper l'adversaire. Le PIB c'est le bluff, et ta balance budgétaire ton jeu. Quand ton jeu est mauvais et que tu mises sur le bluff, tu ne peux pas gagner quand tes créanciers demandent à être remboursés.
a écrit le 02/08/2016 à 14:21 :
C'est ce qui s'appelle plonger son pays vers l'inconnu. Le QE ne règle rien, c'est juste de la dette pour le peuple. La fuite en avant.
a écrit le 02/08/2016 à 12:53 :
On dirait plus une fuite en avant face au crash/krack à venir. Quid de l'endettement massif du Japon ? certes, la dette est détenue en majorité par des avoirs japonais mais est-ce que cela pourra perdurer dans le temps ?

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