L'Espagne a un parlement mais pas de gouvernement

L'ancien président basque socialiste Patxi López a été élu président du Congrès des députés grâce à un pacte entre le PSOE, le PP et Ciudadanos. Mais la constitution d'une majorité reste très incertaine.
Patxi López, nouveau président du Congrès des députés espagnol, élu, ce mercredi 13 janvier, grâce aux voix socialistes et centristes et à l'abstention de la droite.
Patxi López, nouveau président du Congrès des députés espagnol, élu, ce mercredi 13 janvier, grâce aux voix socialistes et centristes et à l'abstention de la droite. (Crédits : Reuters)

Les grandes manœuvres ont commencé en Espagne. Ce mercredi 13 janvier, les nouveaux Cortès, le parlement du royaume, issus des élections du 20 décembre dernier, se réunissent pour la première fois. Cette 11e législature sous la constitution de 1978 apparaît comme une des plus complexes de l'après-franquisme et aucune majorité claire ne s'en dégage. La faute à un nouveau système politique désormais quadripartite. Les quatre forces politiques principales du parlement - le Parti populaire (PP) du président actuel du gouvernement, Mariano Rajoy, le PSOE socialiste, la gauche radicale de Podemos et les « centristes » de Ciudadanos (C's) - ont bien du mal à trouver une formule d'entente qui semble durable.

Le choix du président du Congrès

La constitution du bureau du Congrès des députés, la chambre basse du parlement, a constitué un premier « test » pour ce système. A l'origine, le PP, considérant qu'il avait « gagné » les élections, souhaitait obtenir la présidence du Congrès. Mais le président de Ciudadanos, Albert Rivera, a rejeté cette demande en cherchant à imposer un candidat plus consensuel. Il en a profité pour s'essayer à un rôle de « faiseur de rois » qui pourrait peser lourd dans les prochaines semaines en appuyant la candidature du socialiste basque Patxi López. Finalement, le PP s'est rangé à cette solution et a annoncé mardi 12 janvier qu'il ne présenterait pas de candidat. Moyennant quoi, le PSOE et C's se sont engagé à lui attribué trois des huit postes du bureau de l'assemblée. Au final, Patxi López a été élu au deuxième tour avec les seules voies de C's et du PSOE contre la candidate de Podemos, Carolina Bescansa, et avec l'abstention des députés du PP.

Une figure consensuelle

L'élection du président du Congrès a donc donné lieu à un « pacte » entre le PP, Ciudadanos et le PSOE. Ce pacte pourrait-il être un avant-goût d'une alliance de gouvernement que Mariano Rajoy appelle de ces vœux depuis plusieurs jours, à condition, bien entendu, qu'il la dirige ? C'est possible, mais il faut être prudent. Patxi López est en effet une figure très consensuelle. Ancien Lehendakari, président du gouvernement basque, de 2009 à 2012, il est un des acteurs qui a le plus contribué au retour de la paix civile dans cette région. C'est sous son mandat que l'ETA a abandonné la lutte armée. Il est aussi connu pour être un homme de gauche, qui, dimanche dernier dans une interview, défendait l'idée d'un « gouvernement de changement » excluant le PP, ce qui est, depuis la semaine dernière et le voyage de Pedro Sánchez, le secrétaire général du PSOE à Lisbonne, la « ligne officielle » du parti.

Un avant-goût d'union nationale ?

Mais l'élection de Patxi López peut également se lire différemment. Car la majorité qui l'a élu exclut Podemos. Certes, PSOE et Ciudadanos jurent qu'ils ont demandé à la gauche radicale de rallier ce pacte. Mais le parti de Pablo Iglesias soumettait son accord à une condition. Dans trois communautés autonomes (Valence, Catalogne et Galice), Podemos s'est en effet présenté dans le cadre d'alliances locales. A Valence et en Galice, cette alliance a regroupe des autonomistes et la gauche unie (formée de Verts et de Communistes). En Catalogne, il s'est agi d'une alliance avec la gauche unie et les proches de la maire de Barcelone Ada Colau.

Podemos voudrait que ces alliances disposent de leurs propres groupes parlementaires. Mais, pour cela, il faudrait obtenir un changement de règlement du Congrès, car ce type de groupes a été interdit dans les années 1980 pour empêcher les socialistes catalans et basques de former leur propre groupe. Or, ni le PSOE, ni C's ni évidemment le PP ne veulent de ce changement. Pour une raison simple : ceci conduirait à « régionaliser » les groupes parlementaires et serait contraire à la défense de l'unité nationale.

L'exclusion de Podemos du pacte n'est donc pas le fruit d'un hasard : il s'appuie sur une stratégie des trois partis qui ont choisi de « défendre l'unité de l'Espagne » contre toute tentative de mettre en avant ce que Podemos appelle la « pluralité » du pays. De ce point de vue, la figure de Patxi López est donc nettement moins consensuelle. Seul Lehendakari à ne pas parler basque, il est aussi le seul à ne pas être issu des rangs nationalistes du Parti nationaliste basque (PNV) depuis 1980. Surtout, il avait obtenu son poste en 2009 grâce à l'exclusion des députés indépendantiste et par une alliance avec le PP. Une union contre le régionalisme qui semble aussi à l'ordre du jour de cette 11e législation. Mariano Rajoy s'est d'ailleurs félicité de ce pacte autour de l'ancien Lehendakari, même si son parti n'a pas voté pour ce dernier. Les indépendantistes catalans de droite de la CDC l'ont bien compris. Un temps tentés par un soutien à Patxi López, ils se sont finalement abstenus comme les autres listes régionalistes et indépendantistes.

Les ponts sont-ils coupés entre Podemos et le PSOE ?

Car le refus des trois autres partis de constituer des groupes pour les alliances locales de Podemos ramène au point central de ces négociations : le refus, par ces trois partis d'accepter un référendum d'autodétermination (actuellement anticonstitutionnel) en Catalogne. Le fait de resserrer les rangs derrière la défense de l'unité nationale prouve que les trois partis ne sont pas prêts à faire de concession dans ce domaine. Certes, au début de la semaine, Podemos avait fait quelques avancées verbales sur la question du référendum en insistant sur la « priorité de chasser la droite du pouvoir. » Mais le refus de constituer des groupes pour les alliances locales du parti semble rendre très difficile toute entente. Ce mardi matin, Pablo Iglesias, le leader de Podemos, s'est dit « déçu »  par le « pacte » du PSOE. Les ponts semblent donc, actuellement, coupés à gauche.

L'élément catalan

Car une nouvelle donnée est venue bouleverser une situation déjà complexe. La majorité indépendantiste catalane a trouvé un accord pour former un gouvernement chargé de mener le processus de sécession de l'Espagne. Dès mardi, le nouveau président catalan, Carles Puigdemont, a lancé un défi à Madrid en ne citant ni le Roi d'Espagne, ni la Constitution espagnole, dans sa prestation de serment. Le parquet espagnol se pencherait déjà sur la légalité de cette déclaration officielle. Le bras de fer avec Barcelone est donc engagé et, avec lui, la nécessité de former un gouvernement espagnol capable de faire face.

L'élément Rajoy

Ces événements plaident donc plutôt pour la formule PP-C's-PSOE afin de défendre l'unité de l'Espagne. C'est pourquoi ce mercredi, Mariano Rajoy a encore lancé à C's et au PSOE un appel à former un gouvernement. Mais il existe un écueil de taille : le Parti populaire. Mariano Rajoy - qui estime avoir « gagné » les élections du 20 décembre - n'acceptera de gouvernement incluant le PP qu'avec lui à sa tête. Or, tant Ciudadanos que le PSOE rejettent Mariano Rajoy. Le PP est donc assez isolé, comme on l'a vu dans l'affaire de la présidence du Congrès, où il a dû céder devant le refus de ces deux partis de soutenir son candidat et où il s'est abstenu dans l'élection de Patxi López, prouvant cet isolement.

Une équation à plusieurs inconnus

La formation d'une majorité est donc une équation à plusieurs inconnues dont la solution semble encore introuvable. Quelles sont ces inconnues ? D'abord, on l'a vu, le choix de Podemos entre le maintien du PP au pouvoir et le référendum. Choix qui n'est pas très éloigné de celui du PSOE qui doit se décider entre la formation d'une alternative au PP et sa fusion dans un gouvernement d'unité nationale pour défendre le maintien de la Catalogne dans l'Espagne. Ciudadanos, lui, doit savoir s'il est prêt à pactiser avec la gauche radicale pour se débarrasser de Mariano Rajoy ou s'il préfère mener un « programme de réforme » dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale.

Enfin, le PP doit choisir entre son attachement à Mariano Rajoy et le risque de se retrouver, comme la droite portugaise, chassée du pouvoir. Tous ces choix entrent en contradiction et en collision et empêchent la formation, pour le moment, d'une entente. L'élection de Patxi López ouvre une voie, mais il n'est pas certain qu'elle débouche sur une majorité. L'Espagne demeure donc ingouvernable, pour l'instant.

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Commentaires 7
à écrit le 14/01/2016 à 14:15
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Qu’en Europe des Etat n’aient pas de gouvernement est une bonne nouvelle pour les citoyens opprimés par des Etat tyrans. Aura-t-on une révolution contre le gouvernement de la connerie et un procès à l’Europe en non zmo, monnaie inadaptée, sous-compét...

à écrit le 13/01/2016 à 22:12
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L’Europe ne se passe-t-elle pas de gouvernements qui font la promotion de l’inflation, du tripatouillage et du sous-emploi aux diplômés, l’Europe est un bon boulet de paresse de classe mondiale ? Court-circuitez

à écrit le 13/01/2016 à 15:41
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L’Espagne sans gouvernement c’est une chose, on publie aussi que la Belgique ne s’en serait pas plus mal porté… Un Etat à 50% de diplômés chômeurs ne doit-il pas se remettre en cause ? En quoi est-ce souhaitable de diminuer le taux d’emploi quand on ...

à écrit le 13/01/2016 à 15:05
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L’Espagne n’a pas de gouvernement, est-ce parce que début 2000, nombre de diplômés ont été rejetés et sont contraints d’occuper des emplois sans qualifications ? On entend parler à la radio de critiques du système de formation professionnelle, on pa...

à écrit le 13/01/2016 à 14:58
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La Belgique a vécue plus d'un an sans gouvernement. Et ?

à écrit le 13/01/2016 à 13:26
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Que l’Espagne n’ait pas de gouvernement n’est pas un drame, dans 10 ans, il se pourrait qu’il y en ait un qui ravage les dix années précédentes ? Si en Europe le recul du pib par tête est admis comme bonne politique, n’est-ce pas une faute ? Si nous ...

le 13/01/2016 à 14:33
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Commentaire trop long, des phrases interminables, trop de questions...bref peu intelligible!

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