L'Italie veut éviter que ses banques soient le premier domino de l'après-Brexit

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La banque Monte dei Paschi di Siena est considérée comme la plus fragile d'Italie.Elle est fragilisée par le Brexit.
La banque Monte dei Paschi di Siena est considérée comme la plus fragile d'Italie.Elle est fragilisée par le Brexit. (Crédits : © Stefano Rellandini / Reuters)
La crise de l'après-Brexit a fortement touché le très fragile secteur bancaire italien. Rome essaie de trouver des solutions en évitant de recourir à la résolution unique de l'union bancaire européenne.

Un premier domino serait-il sur le point de tomber en Europe après l'annonce du vote britannique en faveur du Brexit et ses conséquences sur les marchés financiers. La rumeur circule en effet depuis quelques jours que le gouvernement italien préparerait un plan de sauvetage des banques italiennes et entendrait le finaliser avant la fin de la semaine. Il est vrai que le secteur bancaire italien est le talon d'Achille connu de la zone euro avec ses 360 milliards d'euros de créances douteuses. Un mal qui n'a jamais été totalement réglé. Logiquement, les banques de la Péninsule ont été sous pression. Malgré le rebond du mardi 28 juin, l'action Mediobanca, par exemple, affiche un recul d'un quart de sa valeur. Une chute pas si éloignée de celle de l'action Unicredit ou de l'action Monte dei Paschi di Siena.

Le problème, c'est que, si cette chute se poursuit, les banques italiennes risquent de voir leurs besoins de capitaux déjà importants en raison des créances douteuses augmenter et leur capacité à lever des fonds sur les marchés se réduire. Plus la crise post-Brexit durera, plus les investisseurs tableront sur une facture élevée pour les créances douteuses avec la contagion de la récession britannique au continent et la perte générale de confiance, et plus la situation deviendra critique. La BCE offre certes des liquidités gratuitement, mais pas des fonds propres. L'Etat italien doit donc se préparer à agir. Et pourrait avoir besoin de 40 milliards d'euros.

Première crise de l'union bancaire ?

Mais cette crise bancaire italienne qui se profile est la première crise de l'ère de l'union bancaire européenne qui est pleinement entrée en vigueur, avec son aile de résolution des crises, le 1er janvier dernier. On se souvient que cette résolution unique avait été jugée comme une grande avancée pour la stabilité financière du continent. Dans cette nouvelle disposition, la priorité est donnée au sauvetage de « l'argent des contribuables ». Le sauvetage bancaire direct par les Etats, comme en 2008-2009, est donc interdit. Pour renflouer une banque, il faut faire participer les actionnaires, les créanciers et les déposants de plus de 100.000 euros. Si cela ne suffit pas, un Fonds de résolution unique, sorte d'assurance payée par le secteur lui-même, peut intervenir.

Le problème italien du « bail-in »

En Italie, cependant, ce processus est particulièrement redouté. Pour plusieurs raisons. D'abord parce que de nombreux petits épargnants ont, sur les sollicitations des banques, acheté des obligations de leurs établissements. En cas de « sauvetage par les créanciers » (« bail-in »), ils risquent de tout perdre, n'étant pas protégés par la garantie de 100.000 euros qui ne concernent que les dépôts. En novembre, lors du sauvetage de quatre petites banques, le gouvernement italien avait dû faire face à de fortes protestations et au scandale du suicide d'un créancier retraité qui avait vu ses économies réduites à néant. Ceci aura des conséquences sur la confiance des ménages et des entreprises et pourraient alimenter une épargne de précaution qui bloquerait le moteur de la consommation des ménages, un des rares qui fonctionne encore en Italie. Rome vient d'ailleurs de faire adopter un décret pour rembourser les petits porteurs de dette des quatre banques "sauvées" en novembre  à hauteur de 80 %. Bref, au final, ce sont bien les contribuables qui ont payé l'essentiel de la facture, mais ceci n'est plus possible dans le cadre du mécanisme de résolution.  On comprend alors que le gouvernement, depuis des mois, cherche des moyens de « contourner » l'union bancaire.

Contourner l'union bancaire...

Selon le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore, lors du sommet des 28 et 29 juin, Matteo Renzi pourrait ainsi demander des dérogations à ses partenaires, notamment pour ne pas avoir recours au « bail-in » de la clientèle particulière. Mais en faisant porter le fardeau aux seuls investisseurs institutionnels, le gouvernement italien risquerait de renforcer encore le manque de confiance vis-à-vis des banques italiennes sur les marchés. Ces investisseurs, dont les actions pourraient être diluées et les créances transformées en capital avec une décote, seront particulièrement prudents et toute levée de capitaux sur les marchés des banques serait impossible pendant longtemps. Le risque serait alors de reporter le risque sur les déposants, alors que le « troisième pilier » de l'union bancaire, la garantie européenne de ces dépôts de moins de 100.000 euros, n'existe pas. La charge en reviendrait à l'Etat italien, alors que les dépôts des entreprises seraient mis à rude épreuve, réduisant encore les perspectives d'investissement et de croissance.

Certes, la facture de la recapitalisation des banques italiennes pourrait n'être que de 40 milliards d'euros si l'on ne prend en compte que les créances les plus douteuses. Mais en cas de crise financière, cette facture peut vite grimper et épuiser les solutions les unes après les autres. Rome ne veut pas, en réalité, de bail-in. Il Sole-24 Ore évoque alors la demande d'une intervention « préventive » du MES pour recapitaliser les banques non pas après le « bail-in », comme c'est prévu, mais avant. Ce serait là un changement de règles important pour le mécanisme de résolution et, de toute façon, l'intervention se fera moyennant un « plan d'ajustement » du pays qui risque de coûter politiquement et économiquement très cher à Matteo Renzi.

Vers un fonds Atlante II ?

Rome préparerait donc d'autres solutions « nationales » et pourrait, là aussi, demander la possibilité d'agir à ce niveau, malgré l'union bancaire, lors du sommet. Il Sole-24 Ore évoque plusieurs pistes : garanties du Trésor sur la dette bancaire, une « bad bank » (mais les discussions avec Bruxelles sur le sujet sont en cours et pourrait durer jusqu'à l'automne) ou même une recapitalisation directe, en levant l'interdiction actuelle. Le quotidien turinois La Stampa considère, de son côté, que, compte tenu de l'incompatibilité de la résolution unique européenne avec la situation italienne, le scénario le plus probable est celui d'un fonds « Atlante 2 » sur le modèle du fonds « Atlante » ( du nom italien du géant Atlas qui portait le monde sur ses épaules) créé au printemps pour sauver deux petites banques, Banco Popolare di Vicenza (BPV) et Banco Veneta.

Les difficultés d'Atlante I

Mais est-ce une solution ? Le fonds Atlante est abondé par les banques privées et par la banque publique Cassa dei Prestiti e Depositi (CDP, équivalent italien de la Caisse des Dépôts et Consignations). Les montants levés ont été de 4,8 milliards d'euros, à charge ensuite à Atlante de lever dix fois ce montant pour parvenir à 50 milliards d'euros. Or, ces levées de fonds sont loin d'être acquise dans le contexte actuel. Déjà en avril, Atlante avait eu du mal à récolter les fonds nécessaires auprès des grandes banques privées. Ce devrait être encore plus difficile à présent. D'autant que le sauvetage des « petites banques » par ce fonds revient à un transfert du risque de ces établissements modestes vers les grands, qui n'ont pas vraiment besoin de cela. Atlante n'avait pas réussi à rétablir la confiance : la levée de fonds de Banco Popolare di Vicenza avait été un échec cuisant et Atlante avait dû racheter 91,7 % de l'augmentation de capital. Les investisseurs étrangers avaient boudé la BPV, malgré Atlante.

Une intervention déguisée de l'Etat ?

Dans le cas d'Atlante II, la difficulté est plus grande : les grandes banques vont devoir abonder pour se sauver elles-mêmes. Selon La Stampa, il s'agirait en réalité de sauver la banque toscane Monte dei Paschi di Siena, maillon faible du système italien. Mais en puisant dans les fonds propres des autres banques, on risque de les affaiblir. A moins que, via la CDP, ce fonds ne soit que le vecteur d'une aide d'Etat déguisée. La CDP est publique, mais a un statut de droit privée. Sauf qu'elle peut compter sur la garantie de son actionnaire, l'Etat. Le problème, c'est que la CDP ne dispose pas, malgré cette garantie de fonds illimités. « Atlante II » - qui viendrait confirmer l'échec d'Atlante I et de son « effet de levier » - pourrait donc ne pas suffire. Or, la partie est serrée. Un sauvetage bancaire italien porterait déjà un coup à la confiance en zone euro en mettant à jour la contagion de la crise née du Brexit sur le continent, mais aussi, malgré les spécificités italiennes, les limites du nouveau mécanisme de résolution de l'union bancaire européenne. Mais un échec de ce sauvetage aurait un effet très négatif sur le secteur et la confiance.

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Commentaires
a écrit le 30/06/2016 à 8:53 :
D'après le document de la BCE, il manquait au total environ E 9 Mlds aux banques Italiennes lors des stress tests de 2014 dans le cas "adverse scénario 2016" et depuis, certaines ont été recapitalisées.
Maintenant, on évoque E 40 Mlds....
Il avait été convenu qu'on referait les stress tests en 2016...
Cordialement
a écrit le 29/06/2016 à 11:49 :
Entre vouloir éviter et pouvoir éviter il n'y a qu'une lettre , Or mr Godin vous le savez très bien les Banques italiennes , Unicrédit sont déja en faillitte !!!!!! comme la Monté Paschi..
a écrit le 29/06/2016 à 10:12 :
Mais qu'attendent les centaines de banques italiennes pour se regrouper et peser plus comme en France ?
a écrit le 29/06/2016 à 0:29 :
Certes. Mais il faudrait se souvenir de la première banqueroute, née de la création des "banques" italiennes dans les années 1400 pour savoir que cette première banqueroute fut créée par le refus de remboursement des Anglais...
Et là, non, il vaut mieux que tout le monde oublie. Or, l'Histoire existe. Car c'est elle qui nous forge, malgré les manipulateurs.
a écrit le 28/06/2016 à 21:20 :
Il y aurait solution pour l'Italie: Expérimenter le système financier "monnaie pleine" qui va faire l'objet d'un référendum en Suisse. Mais pour cela il lui faudrait sortir du cadre institutionnel de la zone euro. Donc ce n'est même pas la peine d'y penser car un "Italxit" succédant au à l'inattendu "Brexit" se déroulerait dans une ambiance de fin du monde. Donc si on peut le reporter on le reporte!
a écrit le 28/06/2016 à 20:09 :
Comment une simple consultation de position d'un peuple, ici le référendum sur le brexit, peut-elle déstabiliser à point l'économie en Europe? Les bourses se casse la gueule, la livre sterling dégringole et les banques italiennes sont en danger etc. L'Europe est-elle à ce point fragile? Pourtant il s'agit juste d'un vote consultatif, le brexit c'est pas pour demain et c'est pas certain que ça se produise et puis depuis quand en Europe l'avis de la population est prise en considération?
Réponse de le 29/06/2016 à 11:37 :
Les banques italiennes étaient en danger bien avant le Brexit (l suffit de regarder leurs cours).
a écrit le 28/06/2016 à 18:55 :
Le nouveau mécanisme de résolution unique des crises bancaires, dont s'est dotée l'Union Européenne, est tout simplement systémique, non seulement parce qu'il assure la transmission directe d'une crise bancaire à tous les épargnants et les déposants auprès de cette banque, mais aussi parce qu'il remet en cause la limitation de responsabilité liée au statut de société anonyme : en tant qu'actionnaire on est responsable des dettes de la société au-delà de son propre engagement. Alors pour faire revenir la confiance après un coup pareil, il faudra la chercher longtemps...

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