"La faillite de la Deutsche Bank entraînerait une nouvelle crise mondiale"

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Le siège de la Deutsche Bank se devine derrière le signe Euro, à Francfort.
Le siège de la Deutsche Bank se devine derrière le signe Euro, à Francfort. (Crédits : REUTERS/Kai Pfaffenbach)
La Deutsche Bank est en crise. Son effondrement pourrait entraîner le début d’une nouvelle série de difficultés économiques pour l’Allemagne, l’UE et même le système financier mondial, selon Michael Schröder. Un article de notre partenaire Euractiv.

Michael Schröder est chercheur au centre pour la recherche européenne en économie (ZEW) et chercheur consultant au centre de recherche financière de l'université de Fudan, à Shanghai.

EURACTIV - Sigmar Gabriel, le ministre des Affaires économiques, a sous-entendu que la situation actuelle de la Deutsche Bank était due à une mauvaise gestion, alors que la banque elle-même pointe du doigt la spéculation. Qu'en pensez-vous ?

MICHAEL SCHRÖDER - Je ne suis pas un grand initié de la Deutsche Bank, mais il y a certainement plusieurs facteurs en jeu, dont les politiques de taux d'intérêt zéro, le renforcement des réglementations bancaires, l'augmentation des coûts pour les banques d'investissement et la réduction des occasions commerciales. La spéculation affecte bien sûr le prix des actions, mais pas nécessairement la valeur réelle de l'entreprise. Si celle-ci peut survivre au comportement de suiveur des gens et à leur panique, les conséquences seront limitées dans le temps. La Deutsche Bank pourrait bénéficier d'une nouvelle direction, mais c'est un argument général qui devrait être examiné au cas par cas.

La banque est encore sous le choc d'une amende de 12,6 milliards d'euros imposée par le ministère de la Justice américain. Que se passera-t-il si elle ne parvient pas à plaider sa cause auprès des Américains ?

Si la Deutsche Bank doit débourser cette somme, ça sera un problème, parce qu'elle n'a pas mis assez de côté. Il est difficile de prévoir l'ampleur de cette perte, mais cela mettrait la banque en danger.

>> Lire : Les ONG s'alarment des pratiques de la Deutsche Bank

Le Fonds monétaire internationale (FMI) a défini la Deutsche Bank comme la banque la plus dangereuse du monde, à cause de son enchevêtrement dans le système financier. Sa faillite déclencherait-elle une nouvelle crise ?

L'Europe n'est pas la seule qui serait plongée dans une crise, ses conséquences seraient probablement mondiales. Il y aurait probablement un vent de panique sur les marchés, ce qui aurait un impact terrible sur les prix des actions. D'un autre côté, une intervention de l'État mènerait également à la faillite.

Un soutien de l'État n'est donc une solution ?

Le mécanisme européen de stabilité n'a jamais été testé à ce niveau. Si une banque se trouve en difficulté, ses propriétaires, donc les actionnaires, et les créanciers agiraient parce que les prix des actions s'effondreraient et que les obligations suivraient. Les dépôts seraient perdus. Dans une situation dangereuse comme celle-là, l'État interviendrait, comme ça a été le cas avec Commerzbank, et prendrait temporairement les rênes. Il devrait injecter un grand volume de fonds propres et deviendrait probablement le plus grand actionnaire de la banque. Dans le pire des cas, l'État pourrait avoir du mal à avancer les liquidités nécessaires, devrait emprunter et pourrait donc être mis en danger par son intervention. Je ne vois pas le gouvernement allemand choisir cette voie, mais les répercussions d'une faillite de la Deutsche Bank seraient dramatiques et entraîneraient sans doute une nouvelle crise financière mondiale.

Mais une intervention de l'État pourrait donc fonctionner...

Ils pourraient essayer de réhabiliter la banque et l'épargne et en convertir en partie, avant de la remettre sur le marché de capitaux, comme cela a été fait pour de nombreuses banques américaines après la dernière crise. Les Américains ont particulièrement bien géré l'après-crise grâce à des reprivatisations et recapitalisations intelligentes.

Les partisans de l'aide d'État estiment que si le gouvernement est actionnaire, il pourrait avoir une plus grande influence sur la manière dont la banque mène ses affaires. L'aide d'État et la recapitalisation ne fonctionnent pas aussi bien quand la banque est proche de la faillite.

Il a été avancé que la spéculation rend plus difficile la protection des investisseurs ordinaires. Qu'en dites-vous ?

En Allemagne, il existe un système bancaire à deux niveaux, et la Deutsche Bank doit aujourd'hui changer de direction. La vraie question est de savoir si son modèle d'entreprise est encore viable. La plus grande partie de ses opérations se situent dans le domaine de l'investissement. Elle opère surtout via le marché de capitaux et les transactions d'investissement. Ce modèle a toutefois atteint sa limite, puisque la législation tente de limiter ce type de transactions risquées, ou de les rendre plus chères.

La banque a-t-elle réagi trop lentement à ce changement des règles ?

En réalité elle s'est plutôt bien débrouillée après les années de crises en 2007 et 2008. La Deutsche Bank est l'une des seules banques d'investissement en Allemagne, et la plus grande d'Europe. Le secteur est néanmoins très compétitif, et la Deutsche Bank a rencontré des difficultés, surtout en Allemagne, où elle a dû affronter des banques coopératives et d'épargne très populaires.

La Deutsche Bank sera-t-elle en mesure de se sauver elle-même ?

Le prix des actions a connu une baisse, mais il s'est stabilisé. Depuis quelques jours, les eaux sont calmes. Espérons que la banque parvienne à trouver une issue seule, parce qu'il sera très cher pour tout le monde de devoir la renflouer.

>> Lire aussi : Scandales et résultats médiocres : les patrons de Deutsche Bank démissionnent

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Par Nicole Sagener, EurActiv.de (traduit par Manon Flausch)

(Article publié le vendredi 7 octobre 2016 à 10:01)

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a écrit le 09/10/2016 à 11:26 :
Allons-nous suivre cet exemple Allemand puisque c'est la "mode politicienne"?
a écrit le 08/10/2016 à 22:35 :
Si ils veulent éviter une intervention directe de l'état (par pure idéologie politique vu que l'Allemagne n'a pas de problèmes de deficit budgétaire à l'heure actuelle et pourrait renflouer sans problème la deutsche bank) pourquoi ne pas faire une augmentation de capital en sollicitant les caisses d'épargne allemandes ?
a écrit le 08/10/2016 à 12:11 :
Les Allemands, qui dirigent l'Union Européenne, n'ont toujours rien appris de la faillite de Lehmans Brothers et de la crise des subprimes. On va le payer très cher un de ces jours C'est juste une question de temps..
a écrit le 07/10/2016 à 22:53 :
Mais est ce vrai qu'une banque peut creer de l'argent a partir de rien ou d'un simple clavier d'ordi ? dans ce cas Pas de souci mais s'il n'y a plus de confiance alors oui ca va chuter grave et c'est reparti 2008 bis ce serai pas un coup du monstre rotschild goldman sachs ou soros?
a écrit le 07/10/2016 à 22:07 :
Bonjour ' la banque centrale allemande appartient aux rockchild, alors c'est quoi le problème !
a écrit le 07/10/2016 à 17:59 :
On dirait que vous etes les derniers informés du choc d'une faillite de la deutsh-bank on croit réver ils ont jouer avec le pognon des clients , ils ont magouillés avec les CDS et maintenant on devrait dire Amen, sans blague !!!!!! Ils sont au courant depuis longtemps....... mais toujours pas de banquiers en prison, cherchez l'erreur...
Réponse de le 08/10/2016 à 22:46 :
Il ne faut pas déformer la réalité, ce sont les organismes de prêts hypothécaires américains qui les premiers ont fait des prêts peu fiables qu'ils ont refilé à des banques américaines peu scrupuleuses qui les ont mis dans des "package" de prêt qui correspondent au subprimes. Ensuite les banques étrangères sont éventuellement intervenus.
Les américains sont les premiers responsables des subprimes à tous les niveaux. Après des banques étrangères ont joué à un jeu dangereux avec ces subprimes AMERICAINS, elles l'ont fait à leurs risques et périls.
Ici le gouvernement américain fait juste du racket contre la deustche bank. Il devrait pourssuivre tous les responsables financiers américains impliqués au premier chef dans ces affaires. Cela est loin d'avoir été le cas.
Inversement, l'affaire des comptes publics truqués grecs aurait du déboucher sur la poursuite des policticiens grecs et de Goldman Sachs pour faux et usages de faux, fraudes bancaires, ... . Ce sont des accusations beaucoup plus graves qui auraient du aboutir à une amende astronomique et surtout une interdiction d'exercer en Europe pour Goldman Sachs et aussi la prison pour les politiciens grecs. Comme certainement des politiciens au plus ahut niveau de l'UE sont impliqués, ils auraient du aussi être poursuivis. Mais rien n'a été fait pour deux raisons: la protection de ces politiciens européens ; l'UE est le laquais des américains. Ce qui le montre est la présence de Draghi ancien haut cadre européen de Goldman Sachs à la tête de l'UE. Avec quelqu'un de ce genre à la tête de la BCE et les récentes révélatations sur le travail "au noir" de Barroso pour cette banque, on peut comprendre pourquoi Goldman Sachs n'a jamais été poursuivi. Probablement maintenant il est trop tard avec les délais de prescription.
a écrit le 07/10/2016 à 17:08 :
Le problème n'est pas la capitalisation de la banque qui trouvera rapidement une solution, question de liquidité relativement simple à résoudre, mais la confiance en l'établissement en raison de ses positions sur les marchés spéculatifs, et dont la taille dépasse allègrement les produits nationaux bruts de plusieurs pays développés. C'est un château de cartes qui ne tient que par la confiance, la rupture de celle-ci déclencherait un tsunami financier à l'échelle mondiale, que personne ne pourrait arrêter. C'est pourquoi le gouvernement allemand est sur des charbons ardents dans cette affaire, et les autres capitales probablement aussi, même si d'une manière générale la technicité du sujet passe largement au dessus de la tête de la grande majorité des politiques.
a écrit le 07/10/2016 à 16:00 :
C'est bien ce qui me semble aussi et cela qui veut dire que l'Allemagne la soutiendra forcément afin de ne surtout pas être responsable d'une crise qui de toute façon explosera à un moment ou à un autre étant donné que le milieu de la finance fait n'importe quoi.

Bravo messieurs les allemands, vous affamez les peuples européens au nom de votre prospérité économique mais dès que vous êtes touché par la maladie que vous dénonciez chez les autres, vous accourez pour soutenir les vôtres.

Quelle crédibilité accorder à cette europe ? Quelle crédibilité accorder à cette économie !?
a écrit le 07/10/2016 à 13:59 :
au contraire!
de même la fin du PS permettrait 20 ans de prospérité harmonieuse en France et la paix en syrie
Réponse de le 07/10/2016 à 17:21 :
Je n'ai jamais compris en quoi la paix en Syrie concernait la France.

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