"Les économies française et israélienne sont complémentaires"

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La France est un pays plein de potentiel, avec beaucoup de compétences industrielles et une tradition forte dans plusieurs secteurs comme l'automobile ou l'aérospatial, estime Amit Lang.
"La France est un pays plein de potentiel, avec beaucoup de compétences industrielles et une tradition forte dans plusieurs secteurs comme l'automobile ou l'aérospatial", estime Amit Lang. (Crédits : REUTERS/ MENAHEM KAHANA/Pool)
Amit Lang, directeur général du ministère de l'économie d'Israël, revient sur les perspectives de croissance de son pays, le Brexit et les relations avec la Turquie et la France.

L'OCDE a récemment publié une étude sur Israël mettant en garde contre un affaiblissement durable de la croissance. Comment réagissez-vous à ce diagnostic ?

Nous prenons très au sérieux les perspectives de l'OCDE qui, du reste, les a réalisées en collaboration avec nous. Il est vrai que dans les années à venir, la croissance sera plus faible. Mais cela s'explique principalement par des contraintes liées à nos propres limites. Israël est proche de l'utilité maximale de sa force de travail avec un chômage en dessous des 5 % de la population active. Ce plein emploi s'accompagne d'un taux de participation au marché du travail supérieur à la moyenne de l'OCDE. Nous ne pouvons donc pas produire davantage.

Pour nous, ce n'est cependant pas la fin de l'histoire. Le gouvernement travaille à favoriser la mobilité sur le marché du travail en permettant à des travailleurs à faible salaire et à faible qualifications de se diriger vers des métiers plus qualifiés. Nous agissons par exemple au niveau des étudiants pour former davantage d'ingénieurs. Nous espérons pouvoir ainsi former entre 1000 et 2000 ingénieurs de plus chaque année en redirigeant des étudiants en mathématiques vers ces emplois industriels. Nous travaillons également à des plans de formation. Ceci donnera plus de solutions aux entreprises technologiques, notamment, qui sont en demande de force de travail.

Comptez-vous favoriser également l'immigration ?

Nous sommes de plus en plus ouverts aux travailleurs étrangers spécialisés qui peuvent bénéficier plus aisément de visa de travail. Il est facile pour un ingénieur étranger de trouver un emploi en Israël. Les salaires sont très intéressants, souvent au niveau de la Silicon Valley.

Un des principaux défis de l'économie israélienne est de relever le défi de la cohésion sociale. Votre politique va-t-elle dans ce sens ?

L'existence de « deux économies » israéliennes, avec un fossé considérable entre les deux, est un problème central du pays. Nous espérons le réduire en favorisant le travail plus qualifié également pour les emplois de techniciens et pour le secteur des services. Si nous y parvenons, nous pouvons gagner deux fois. D'abord, en dynamisant la croissance, ensuite en réduisant les inégalités sociales.

Amit Lang

Amit Lang est directeur général du ministère de l'Economie, dont le ministre en charge est le premier ministre, Benyamin Netanyahu. (crédit : compte Twittern d'Amit Lang)

Le Brexit est-il un sujet d'inquiétude pour Israël ?

Tout dépendra de la forme qu'il prendra. Si les entreprises britanniques n'ont plus accès au marché unique européen et ne peuvent plus stimuler la concurrence. Pour le moment, on ignore quel sera le statut commercial du Royaume-Uni avec l'Union européenne, donc il est impossible d'évaluer l'effet du Brexit. En revanche, je ne m'attends pas à une catastrophe financière. Les banques israéliennes sont solides et stables et nous avons su traverser la crise de 2008-2009.

Plusieurs pays ont fait savoir qu'ils étaient prêts à négocier un accord de libre-échange directement avec le Royaume-Uni. Est-ce le cas d'Israël ?

Oui, s'il y a besoin de négocier, nous négocierons avec le Royaume-Uni notre propre accord. Israël est un petit marché et nous croyons dans les vertus du libre-échange. Le Royaume-Uni est un marché très important pour nous, comme la France ou l'Allemagne.

Israël vient de passer un accord de normalisation de ses relations avec la Turquie. Qu'attendez-vous de cet accord sur le plan économique ?

Nous avons un accord de libre-échange avec la Turquie depuis plusieurs années. Il a continué à fonctionner très bien, même pendant la période de tension, mais avec des limites. Les entités gouvernementales faisaient profil bas. Avec cet accord de normalisation, nous espérons profiter encore davantage de cet accord. La Turquie est, pour nous, un marché important en soi, mais aussi comme porte d'entrée vers d'autres marchés. Nous livrons aussi des composants pour des produits assemblés en Turquie.

L'utilisation des réserves de gaz méditerranéen a-t-elle été un élément clé de cet accord ?

Cela a été davantage une motivation pour la Turquie que pour nous. La Turquie cherche à se libérer de sa dépendance au gaz russe. Pour Israël, il s'agissait davantage d'enjeux économiques et géopolitiques, même si nous sommes heureux de travailler sur le sujet énergétique avec la Turquie.

Comment jugez-vous les relations économiques et commerciales avec la France ?

La France est un pays plein de potentiel, avec beaucoup de compétences industrielles et une tradition forte dans plusieurs secteurs comme l'automobile ou l'aérospatial. Il existe des relations intenses des deux côtés car Israël, avec son économie très innovante et son esprit entrepreneurial important, a beaucoup à apporter aux entreprises françaises. Un des constructeurs automobiles français est ainsi un visiteur régulier de notre pays où il recherche de nouvelles technologies. Et beaucoup d'autres entreprises françaises travaillent avec les entreprises et les start-ups israélienne. A mon avis, cela va encore se développer à mon avis, car il y a une forte complémentarité entre la France et Israël. La communauté juive française joue évidemment un rôle dans l'importance des liens entre les deux pays.

Ces bonnes relations résistent-elles aux relations politiques parfois tendues ?

Ces difficultés géopolitiques liées au conflit avec les Palestiniens n'influencent absolument pas les relations commerciales et économiques, ni les relations sur ces sujets entre les deux gouvernements. En avril, nous avons, par exemple, organisé avec le gouvernement français les « journées de l'innovation ». C'est le même type de relations qui prévaut avec d'autres partenaires, comme le Royaume-Uni ou l'Allemagne.

Etes-vous inquiets par les appels réguliers aux boycott des produits agricoles israéliens ?

Nous surveillons cela de près et c'est une source d'inquiétude, mais je n'ai pas vu de réel impact économique à ces appels qui ont été jugés illégaux dans plusieurs pays.

Après la COP21, quelle est la politique environnementale du gouvernement israélien ?

Le gouvernement s'est engagé à aider financièrement les entreprises pour leur permettre de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. C'est un élément essentiel, parce que cela favorise l'efficacité des entreprises et l'emploi de technologie, donc cela stimule notre marché. Israël est, du reste, bien positionné sur plusieurs marchés technologiques « vertes », comme « l'œil mobile » des véhicules autonomes où Tesla travaille avec des sociétés israéliennes, mais aussi sur le substitut de carburant comme le méthanol.

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a écrit le 03/07/2016 à 9:32 :
Bien sur, s'est si simple à dire... Mais cela n'est pas la certitude dans notre pays... Avant toute chose l'israël ne fait pas partis de l'Europe, elle est certe de souche europeen , mais cela s'arrête là. Ensuite economiquement elle ne nous vends pas ce qui nous manque impérativement ( de l'énergie). Et ce pays conduit une politique de conquête et de colonisation qui ne permet pas l'installation d'un paix durable dans la region.... Donc beaucoups de points qui nous oppose durablement.... Il y a des groupes de pression important dans notre pays qui pousse à une politique bienveillante avec ce pays. Mais nous devrons un jour choisir notre camps dans cette guerre perpétuelle.
a écrit le 01/07/2016 à 9:14 :
Affirmation de mr Amit Lang, directeur général du ministère de l'économie d'Israël "Les économies française et israélienne sont complémentaires"

NON, certainement pas

la France ne saurait être complémentaire d'israel qui massacre les enfants, nourrissons, femmes et vieillards Palestiniens,

la France ne saurait être complémentaire avec la délinquance financière venant d'israel

La France se doit d'éviter tout commerce avec israel tant que israel se livre à des massacres humains.
Réponse de le 01/07/2016 à 13:46 :
Toujours la même diatribe haineuse, qu'on parle de sociologie, d'Economie, d'une méthode agricole, de la reproduction des pingouins nains, si ça se passe en Israël, on aura forcément des commentateurs qui viendront beugler "blah blah Palestiniens blah blah génocide", même si ça n'a aucun rapport avec la choucroute. (à noter qu'il ne s'agit aucunement d'une caution vis-à vis de la politique israélienne, que je trouve fort critiquable par ailleurs, mais ce n'est pas le sujet de l'article). D'autant plus que le coeur de l'économie israélienne est à Tel Aviv, ville massivement anti-Netanyahou, anti-implantations et plutôt favorable à la paix dans la région, d'autant plus qu'ils y trouvent un intérêt économique direct.

C'est dommage, parce que pour ce qui est de la délinquance financière qui va s'y "réfugier" après leurs méfaits en Europe en profitant de l'absence d'accords d'extradition, vous teniez un autre sujet intéressant, l'Etat israélien ayant une fâcheuse tendance à refuser de "livrer des Juifs à des puissances étrangères" (ce qui pourrait se justifier en partie par des raisons historiques évidentes, mais qui n'a pas forcément de sens dans la mesure où nos Etats européens restent des Etats de droit).

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