Michel Barnier : "L'avenir de l'Europe est plus important que le Brexit"

Lors d'une intervention devant le Comité économique, social et environnemental européen (Cese), le négociateur en chef de l'Union européenne sur le Brexit a mis en garde les représentants des employeurs, travailleurs et autres organisations sociétales. A partir du 29 mars 2019 à minuit, le Royaume-Uni ne fera plus partie ni du marché unique, ni de l'Union douanière, ce qui affectera particulièrement certains secteurs, pays et régions.
Giulietta Gamberini
Les divers modèles de partenariats conclus par l'UE avec des pays tiers, chacun avec son équilibre de droits et d'obligations, sont disponibles, a garanti Michel Barnier.
Les divers modèles de partenariats conclus par l'UE avec des pays tiers, "chacun avec son équilibre de droits et d'obligations", "sont disponibles", a garanti Michel Barnier. (Crédits : ERIC VIDAL)

Il ne s'agit pas d'une "punition", ni d'une "revanche". Mais "quitter l'Union européenne aura des conséquences", a réaffirmé jeudi 6 juillet à Bruxelles Michel Barnier, négociateur en chef de l'Union européenne sur le Brexit, lors d'une intervention devant le Comité économique, social et environnemental de l'UE (CESE).

"Ma tâche est de limiter les coûts du Brexit, sans pour autant nier - j'ai toujours promis de dire la vérité - que certains secteurs seront affectés plus que d'autres. Il faut commencer à préparer la société civile à ces changements", a insisté l'ancien Commissaire européen au marché intérieur et aux services devant l'organe consultatif représentant les employeurs, travailleurs et autres organisations sociétales européennes. "Les contraintes concerneront surtout la filière agro-alimentaire", a-t-il précisé. Et certains pays ou régions comme l'Irlande et les Flandres subiront plus que d'autres, a-t-il ajouté.

"La première période de transition a déjà commencé"

Dès le 29 mars 2019 à minuit, le Royaume-Uni sera en effet un Etat tiers. Cela implique qu'il ne fera plus partie ni du marché unique, imposant une harmonisation ou du moins une reconnaissance mutuelle des règles nationales, ni de l'Union douanière, exigeant des tarifs communs et abolissant tout contrôle, a souligné le négociateur, rappelant que le gouvernement britannique a explicitement affirmé vouloir quitter ces deux dispositifs avec l'UE. Or, seulement lorsqu'ils opèrent ensemble, le marché unique et l'Union douanière permettent une circulation des biens véritablement libre, a expliqué Michel Barnier, citant divers exemples de relations fondées sur l'un seul de ces dispositifs, où persistent des contrôles et des procédures.

Et même si après mars 2019 il y aura sans doute une phase transitoire - dont "le contenu et la durée dépendront du modèle de relations dessiné pour la suite", "la première période de transition a déjà commencé, avec la lettre de Theresa May du 29 mars 2017 déclenchant le Brexit", a mis en garde le négociateur, appelant les représentant de la société civile à ne pas "perdre de temps" dans leur travail sur le terrain.

"Il n'y aura pas de 'cherry picking'"

Pour l'UE, l'objectif est maintenant d'atteindre, dès octobre 2018, et "sans dramatiser", un accord sur les principes régissant trois "sujets prioritaires" dans le cadre d'un "retrait ordonné" : les droits des ressortissants européens installés au Royaume-Uni et des Britanniques vivant sur le territoire des 27 (4,5 millions de personnes) ; la situation des bénéficiaires des politiques européennes ; les frontières. Les négociations ne seront d'ailleurs pas que "techniques", mais aussi "humaines", a souligné l'ancien commissaire, qui a notamment assuré chercher des solutions avec les autorités britanniques et irlandaises pour "ne rien faire qui fragiliserait l'accord de paix pour l'Irlande du Nord" de 1998.

> Lire aussi : Brexit: Britanniques et Européens se ruent sur les passeports

A plus long terme, les divers modèles de partenariats conclus par l'UE avec des pays tiers, "chacun avec son équilibre de droits et d'obligations", "sont disponibles", a garanti Michel Barnier. "Mais il n'y aura pas de 'cherry picking'", permettant aux autorités britanniques de choisir seulement ce qui leur convient, a-t-il rappelé. Et l'avenir des services financiers sera notamment étudié avec un souci principal : la stabilité financière de l'UE, a-t-il assuré.

> Lire aussi : Les banques britanniques n'ont pas assez de fonds propres en cas de choc

Le scénario d'un no-deal doit être envisagé

Il faudra néanmoins tenir compte des inquiétudes que suscite dans les Etats membres la situation paradoxale du Brexit: alors que la trentaine d'accords de libre-échange jusqu'à maintenant conclus par l'UE avec une soixantaine de pays tiers ont été déclenchés dans le cadre d'une "convergence réglementaire", là on abandonne une intégration existant depuis 43 ans pour diverger. "Comment sera maîtrisée cette divergence ?", et notamment "Comment s'assurer qu'elle ne sera pas utilisée à des fins de dumping ?", a questionné Michel Barnier.

Le scénario d'un no-deal doit d'ailleurs être envisagé, a-t-il reconnu.

"Mais alors que dans une négociation classique, une absence d'accord implique le maintient du statu quo, en l'espèce, cela impliquerait le retour à un passé lointain : celui d'une relation fondée sur le régime de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui aggraverait la situation perdant-perdant qui résulte déjà du Brexit", a déclaré Michel Barnier.

"Aucune justification raisonnable n'expliquerait donc un tel choix. Un accord équitable est bien mieux que pas d'accord", a-t-il jugé.

Une chance pour l'Europe?

Quant à la possibilité d'un retour en arrière, suggérée par plusieurs membres du Cese, Michel Barnier a souligné son obligation de s'en tenir à la réalité de la position britannique à ce jour : "Je ne peux pas réécrire l'histoire", et "je n'aime pas les spéculations", a-t-il affirmé.

> Lire aussi : Le Brexit, en marche arrière ?

Mais tout en regrettant le choix britannique, l'ancien commissaire a souligné le potentiel pédagogique de cette négociation dans les Etats membres face aux populismes, en invitant les gouvernements nationaux à s'en saisir pour insister sur les progrès apportés par l'UE. "L'avenir de l'Europe est plus important que le Brexit", a conclu le négociateur, se disant engagé dans une démarche de transparence et de dialogue avec les représentants de la société civile.

Giulietta Gamberini

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 26
à écrit le 07/07/2017 à 9:57
Signaler
Avec 23 000 euros mensuels, pépé Barnier aurait mauvaise grâce de nous avoiner le contraire ! Ca fait cher pour être un des gardiens de la prison moderne.

le 07/07/2017 à 10:23
Signaler
Allez en prison, vous verrez

à écrit le 07/07/2017 à 7:39
Signaler
Toujours a confondre cette zone administrative qu'est l'UE de Bruxelles avec l'Europe!!

le 07/07/2017 à 16:51
Signaler
Vous nous polluez avec votre mantra sur le fait que l'UE est une zone administrative. Les cantons, les départements, les régions, les villes, les villages aussi. Le monde aussi, c'est une grande zone administrative. UK aussi,

à écrit le 06/07/2017 à 19:48
Signaler
Sortie de l'UE avec UPR

le 07/07/2017 à 0:12
Signaler
L'UPR n'a même pas fait 1% aux dernières élections. C'était il y a deux mois, souvenez vous.

le 07/07/2017 à 12:44
Signaler
@@Tom Parce que les médias aux ordres de Bruxelles puisque subventionnés par l' Ue vous l' ont bien caché, factuellement 0,9 % du temps médiatique de Macron ...

à écrit le 06/07/2017 à 17:09
Signaler
"en invitant les gouvernements nationaux à s'en saisir pour insister sur les progrès apportés par l'UE". Comme la loi travail ?

le 07/07/2017 à 16:58
Signaler
UE ou pas, toute réglementation doit être revue et s'adapter au monde qui bouge. Le code du travail n'est plus adapté, ce n'est pas l'UE qui a inventé Amazon, Uber etc...

à écrit le 06/07/2017 à 17:02
Signaler
c'est l'histoire qui jugera les conséquences (bonnes ou mauvaises ?) du BREXIT ; il faut également rappeler que les français avaient massivement votés NON au traité de Lisbonne en 2005 et que les politiques avaient fait fi de ce vote

le 07/07/2017 à 0:10
Signaler
C'était il y a plus de 10 ans. Aujourd'hui, même le FN est obligé de revoir son programme anti-européen.

le 07/07/2017 à 0:21
Signaler
Depuis le début, les français ont toujours été une majorité à élire des dirigeants pro-européens, alors que pourtant ce n'était pas les candidats euroseptiques qui manquaient. Ça n'est pas un hasard. Et en 2005, les dirigeants ont tenu compte du réf...

le 07/07/2017 à 10:27
Signaler
Et les français avaient voté oui à Maastricht et à l'Euro. Lisbonne était un enjeu d'organisation interne de l'UE et du parlement, le Non était un non hors sujet. Il fallait faire évoluer les traités compte tneu de l'élargissement, le traité de Li...

à écrit le 06/07/2017 à 17:00
Signaler
"L'avenir de l'Europe est plus important que le Brexit", personnellement, je me fous totalement de l'avenir de cette Europe, celle qu'on m'impose de plus en plus. Je me fous de cette commission qui n'a été élue pour personne. L'URSS était critiquable...

le 07/07/2017 à 0:15
Signaler
L'Europe ne fait pas la guerre en Ukraine, vous confondez avec la Russie...

le 07/07/2017 à 10:28
Signaler
Comparez l'UE à l'URSS, c'est d'un niveau qui illustre d'une culture historique et politique crasse.

le 07/07/2017 à 14:05
Signaler
Si vous aviez une idée vraiment claire de ce qu'est le goulag, seulement "critiquable" selon vous, vous n'écririez pas pareille énormité. Vous avez perdu le sens de la mesure. Et le problème avec les gens de votre espèce est qu'ils font le lit de ge...

le 08/07/2017 à 6:34
Signaler
@N'importe Alors pourquoi ne peut-on quitter cette EU qui vous tient tellement à cœur sans que cela soit dramatique. C'est la même organisation la preuve tout le pataquès fait sur le Brexit. La différence, c'est qu'on n'envoie pas aux britanniques, ...

à écrit le 06/07/2017 à 16:59
Signaler
La politique et surtout l'idéologie font perdre tout discernement voire même rendent imbéciles. Face au brexit des politiciens normaux s'interrogeraient sur les raisons qui ont conduit à ce résultat et, en tirant les conclusions, prendraient les mesu...

le 07/07/2017 à 10:32
Signaler
La raison principale du brexit est l'existence outre manche d'une presse démago et d'un personnel politique irresponsable. pas la peine de mettre sur l'UE la bétise britannique

à écrit le 06/07/2017 à 15:52
Signaler
Cherry pickin"!! Qu'es aco? probablement l'auteur est serbo-croate et le maitrise pas le français. Pour l'aider à parfaire sa langue, il pourrait parler d'écrémage!

à écrit le 06/07/2017 à 13:47
Signaler
Et ben dites donc il aura fallu en attendre des mois et des mois pour que enfin, un politicien, entre les lignes, nous affirme que le brexit est une véritable catastrophe pour l'europe. Mais chuuut faut pas le dire ça ferait peur aux "investisseu...

le 07/07/2017 à 10:30
Signaler
Vous racontez n'importe quoi, les responsables européens ont tous été conscient que c'était une mauvaise chose pour l'Europe. mais c'est une chose encore pire pour les britanniques

le 07/07/2017 à 13:37
Signaler
Bonjour démago, je ne nie pas que les responsables étaient au courant, vous devriez bien lire un commentaire avant d'intervenir cela vous permettrait de poser des questions sur ce que vous ne comprenez pas évitant ainsi de démontrer à tous que vous n...

le 07/07/2017 à 16:49
Signaler
Les médias l'ont parfaitement indiqué, toute la presse (en tout cas française) ont bien indiqué le lendemain du vote que c'était une catastrophe pour l'Europe aussi. Vous voyez un grand complot partout, stop. Rien de nouveau sous le soleil,

le 17/07/2017 à 9:59
Signaler
@ Démago + Parano Tiens je vous ai répondu deux fois mais ma réponse n'a toujours pas été validée. "Les médias l'ont parfaitement indiqué, toute la presse (en tout cas française) ont bien indiqué le lendemain du vote que c'était une catastrop...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.