"Notre réforme des retraites s'appuie sur des principes de gauche" (G. Katrougalos, ministre du Travail de la Grèce)

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Georgios Katrougalos, ministre grec du travail, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale.
Georgios Katrougalos, ministre grec du travail, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale. (Crédits : DR)
Le ministre grec du Travail, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, Georgios Katrougalos, explique pourquoi il pense que sa réforme des retraites reste de gauche et pourquoi il espère qu'elle satisfera les créanciers.

LA TRIBUNE - Quelle est l'ambition de la réforme des retraites que vous allez soumettre au parlement, puis aux créanciers ?

GEORGIOS KATROUGALOS - Notre projet est ambitieux. Il s'agit de rationnaliser un système très fragmenté en se fondant sur des éléments de justice sociale. Les précédentes réformes avaient engagé des fusions de caisses de retraites, mais en conservant les règles de calcul anciennes. La caisse principale, l'IKA, verse ainsi aujourd'hui des pensions fondées sur 930 modes de calcul différents. La fusion n'était donc que théorique et nous voulons harmoniser tout cela en créant une seule caisse avec les mêmes règles pour les cotisations et les prestations, que ce soit dans le public ou le privé. C'est un changement important pour la Grèce.

Il s'agit aussi de réduire les coûts...

Oui, cette réforme vise également à engager un effort de réduction des coûts. C'est une obligation qui nous a été imposée par le Mémorandum, mais qui s'impose aussi à tout gouvernement responsable. Notre objectif a été de réduire les coûts en protégeant les plus faibles. Nous allons ainsi créer une première pension, appelée « pension nationale », qui sera financée par l'impôt et qui sera versée à tous ceux qui ont droit à la retraite, donc ceux qui ont cotisé 15 ans à partir de 67 ans ou 40 ans à partir de 62 ans. Son montant sera fixé sur le seuil de pauvreté en Grèce, donc 384 euros par mois. Au-delà de cette base, les cotisations financeront une autre partie de la pension. Je pense que ce système s'appuie sur deux grandes valeurs de gauche : l'égalité et la justice sociale. C'est un exemple de notre stratégie après le compromis du mois de juillet avec les créanciers : respecter nos engagements, même lorsqu'ils sont contraire à nos idées, tout en neutralisant leurs effets en y incluant des réformes que nous portons.

Pourquoi avoir décidé de financer une partie de cette réforme par une hausse des cotisations ?

Le Mémorandum nous obligé à réaliser des économies à hauteur de 1 % du PIB, soit 1,7 milliard d'euros. Il nous manque actuellement 600 millions d'euros pour atteindre cet objectif. Nous demandons aux créanciers d'accepter de les financer par des hausses de cotisations salariales et patronales pour éviter une nouvelle baisse des pensions. Le patronat grec a accepté cette idée, parce qu'il a compris qu'une baisse des pensions aurait un effet récessif sur l'économie. 52 % des familles grecques reçoivent une aide de la part des retraités et la pension moyenne a déjà été réduite de 40 %. Il n'y a plus de marge de manœuvre pour de nouvelles coupes.

Néanmoins, certains créanciers pourraient estimer que cette hausse des recettes n'est pas une « vraie réforme »...

Je m'attends à des négociations difficiles, parce que quelques-uns de nos créanciers, en effet, demeurent dans une position quelquefois encore trop idéologique. Néanmoins, cette hausse des cotisations est temporaire, elle n'est prévue que sur trois ans, le temps d'améliorer le système de collection des cotisations, tâche à laquelle nous travaillons. L'accord du patronat montre aussi que cette hausse du coût salarial n'est pas considérée par les entreprises grecques comme un obstacle sérieux à la reprise. Notre projet est très élaboré et détaillé. Nous considérons nos créanciers comme des partenaires et je crois qu'ils finiront par reconnaître la qualité de ce projet. Dans tous les cas, il est hors de question pour le gouvernement grec de réduire encore le montant des pensions actuelles.

Certains ont estimé que les pensions futures pourraient perdre jusqu'à 30% de leur valeur par rapport au mode de calcul actuel. Pouvez-vous confirmer ?

Il n'est pas facile de faire une comparaison. Nous avons surtout placé les revenus des plus faibles et des classes moyennes dans nos priorités. Or, pour ces catégories, le nouveau mode de calcul n'introduit pas de changement important. Du reste, avec la relance de l'économie, les pensions seront augmentées car le niveau de la pension nationale dépendra de la croissance.

Alexis Tsipras a cherché à fonder cette réforme sur une unité des autres partis. Il semble qu'il n'y soit pas parvenu pour le moment, le regrettez-vous ?

Les partis politiques, c'est vrai, n'ont pas voulu participer au dialogue national. Mais je crois que cette réforme aura un large soutien, comme le montre le soutien du patronat, dans une affaire qui va, a priori, contre ses intérêts immédiats.

Les syndicats ne semblent pas non plus approuver votre projet et appellent à la grève...

En tant que ministre du travail, je ne peux pas critiquer les syndicats. Mais, en tant que Grec, je souhaiterais qu'il y ait dans mon pays une meilleure représentation des travailleurs.

Etes-vous inquiet concernant votre majorité parlementaire sur ce projet ?

Non, car, comme je vous l'ai indiqué, ce projet sert deux grandes valeurs de la gauche, la justice sociale et l'égalité.

Six mois après les événements de juillet, comment voyez-vous la « fonction » du gouvernement grec dans la politique européenne ?

Nous continuons de penser qu'il existe deux visions différentes de l'Europe : l'Europe sociale et l'Europe de l'austérité. Et nous voulons toujours présenter un paradigme alternatif à l'orthodoxie néolibérale. Nous constatons, au demeurant, que la dynamique change, comme le prouve le changement de majorité au Portugal. La social-démocratie européenne semble progressivement reconsidérer son alliance avec les forces conservatrices. Quant à nous, nous travaillons pour une Grèce plus prospère, mais notre lutte s'inscrit dans le cadre d'un combat pour une Europe plus sociale.

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Commentaires
a écrit le 16/01/2016 à 2:22 :
En Grèce les morts ont un versement des retraites pas mal ils n es pas déclaré ?
a écrit le 15/01/2016 à 15:49 :
On peut se moquer des grecs (on doit) mais il faut aussi regarder chez nous avec nous multiples caisse de retraite.
A quand une réforme a la grecque : même caisse de retraite pour tous ?

Par contre sur la manière de calculer le montant des retraites on peut faire plus simple : retraite proportionnelle aux montants versés + interet fictif sur ses capitaux. (On se moque du nombre d'années de cotisation)
=> Aujourdh'ui une année de cotisation en SMIC revient au même vs. une année de quotisation a 3X le SMIC. PAS NORMAL
(Seul les 25 dernieres années comptent ou les 6 derniers mois pour un fonctionnaire privilégier du système)
a écrit le 15/01/2016 à 15:01 :
Il ne déparerait pas dans le paysage français ce ministre grec!

Parce qu'une réforme est de gauche, alors elle est bien... On pourrait formuler la même critique pour l'autre côté.

On se fout qu'une réforme soit de gauche ou de droite. Ce qu'il faut c'est une réforme qui marche en donnant les résultats escomptés et annoncés pour les individus et pour le pays.

Tout le reste n'est que verbiage.
a écrit le 15/01/2016 à 13:12 :
La solution devrait s'orienter vers un financement des retraites par une taxe sur l'énergie, ce qui reviendrait à répartir les cotisations sur le travail et sur l'énergie, à niveau constant. Mais personne ne l'accepterait.
a écrit le 15/01/2016 à 12:07 :
La réforme des retraites ne devrait-elle pas être pointée du doigt alors qu’on annonce des baisses de pensions pour les jeunes et actifs ? L’Espagne sans gouvernement n’est-ce pas une bonne nouvelle puisque la politique c’est parfois des nuisances sonores. Ne devrait-on ouvrir un asile aux européistes béats de la demande sans offre ? La consommation et la croissance n’est-ce pas les biens manufacturés ? Ne devrait-on condamner l’Europe du pib vers le bas dans de nombreux pays ? Ne devrait-on demander la démission du Parlement qui finance des Etats via la BCE sans référendum euro ? Si l’euro est coupable d’inadéquation, ne devrait-on inculper l’Europe pour son impéritie après crise ? Par exemple le QE américain serait plus efficace que le QE japonais, mais la croissance européenne n’est-elle pas faible, on inculpe l’interventionnisme et on critique le système des subventions, supprimera-t-on la PAC en vertu des accords Doha, avec une diminution du taux d’emploi en violation des traités Maastricht et Lisbonne ? La dette via la dépense publique ne devrait-elle être condamnée comme étant inflationniste ? Entre 80 et 86 la France aurait fait beaucoup d’inflation, les Allemands moins, et avant 2000 nous faisions plus de croissance que d’inflation et depuis l’inverse. Dans les statuts de la BCE n’est-il pas écrit niveau d’emploi élevé, l’Europe n’est-elle pas un cas dans le monde et croissance non-inflationniste ? Sommes-nous, une fois, des lapins crétins économiques et léporistes ? Ne devrait-on remettre en cause la sous performance économique, on parle d’une baisse du PIB par tête dans de nombreux pays ? Existe-t-il un système parallèle de vampirisme des revenus ? L’Europe n’est-elle pas condamnable quand des Etats font cacher des agressions de masse ? N’avons-nous pas une faillite de l’Etat de droits alors qu’on entend parler d’une 3ème guerre mondiale, aura-t-on les boomers au front ? Des départements seraient en incapacité de payer des prestations sans maux social, alors qu’on parle suppression de strates, ne fait-on pas des vols d’allocations à indemniser ? On publie aussi que nombreux seraient les dépassements de plafonds dans les logements à tarif réduits, ne devrait-on corriger le système ? On remplacerait l’industrie par des ménages, n’est-ce pas un système économique de peu de valeur ajoutée ? On attaquerait les pompiers puis des enfants anglais dans le Nord, l’Europe barbare ne devrait-elle être mise en cause ? Ne devrait-on demander la démission du Parlement de Bruxelles pour impéritie, accuser la cherté des logements comme un dysfonctionnement de marché avec pour cause l’administration ? Les salaires seraient découplés de la production, le but est-il de plomber l’export ? Pourquoi ne pas proposer une pétition pour indemniser les emplois non rémunérés ou le vrai faux mérite, il y aurait des thèses à 4/20, ou l’emploi sous-qualifié, alors qu’on parle de retraites en baisse à venir, ne devrait-on finir au biscaïen un système qui produirait des investissements qualifiés d’improductifs ?
a écrit le 15/01/2016 à 11:51 :
Si ce qui est écrit est réellement réalisé à savoir une méthode de calcul unique pour tous les retraités, public, privés et autres régimes alors là oui c'est une vraie avancée dont la France devrait s'inspirer. Par contre je doute qu'ils ne reviennent en arrière sur les retraites en cours... L'idée d'un socle commun au niveau de pauvreté du pays pour tous financé par l'impôt puis un supplément proportionnel aux cotisations versées me semble une bonne idée. Ce qui est important dans un système de retraite c'est de pouvoir chaque année revoir le montant versé à la hausse ou à la baisse en fonction de la prospérité du pays. Le système actuel en France en temps de crise et de décroissance des salaires favorise très fortement les retraités par rapport aux salariés ce qui est un scandale. On se retrouve avec un revenu moyen des retraités plus important que pour les salariés ! La France politique de gauche ou de droite est un concentré d'incapacité à réformer de manière pragmatique.
a écrit le 15/01/2016 à 11:39 :
Une réforme basée sur des principes de gauche ? Il veut surement dire une réforme générant de l'endettement, démagogique et garantissant la pauvreté pour tous, y compris les forces vives, en distribuant de manière égale et non en fonction des efforts individuels. Bref, une réforme non équitable et profondement injuste.
a écrit le 15/01/2016 à 10:48 :
peu importe comment ils resolvent leurs pbs du moment qu'ils ne demandent pas a leurs partenaires de payer pour leur systeme social...........
et c'est vrai pour d'autres pays aussi ( en particulier ceux qui ont 900 milliards de hors bilan, si vous voyez a qui je pense)
a écrit le 15/01/2016 à 10:38 :
Encore une pirouette grecque pour essayer de tromper le monde :-) Quand l'église et tous les citoyens contribueront, la Grèce sera dans un meilleur état. Thomas Jefferson disait qu'on a jamais que le gouvernement qu'on mérite...et comme il avait raison :-)
Réponse de le 15/01/2016 à 11:06 :
1) ce qui est vrai pour la grece est aussi vrai pour nous: on merite Hollande et le retour de Sarko car une majorite d electeurs continuent a voter PS et LR

2) je suis pas un fan de syriza mais ce plan semble aller dans le bon sens en unifiant le systeme de retraite et ont baissant les retraites les plus hautes. on devrait faire pareil chez nous car on a le meme probleme : systeme de retraite non viable et balkanise et retraites ayant un niveau de vie superieur aux actifs

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