Pourquoi Angela Merkel n'est pas prête au Grexit

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Angela Merkel est-elle prête au Grexit ?
Angela Merkel est-elle prête au Grexit ? (Crédits : © Fabrizio Bensch / Reuters)
Une grande partie de la solution à la crise grecque demeure dans les mains de la chancelière. Et Angela Merkel semble devoir éviter un Grexit.

Alors que les négociations semblent plus que jamais bloquées entre la Grèce et ses créanciers et que l'on cherche désormais des moyens de repousser des échéances (la Grèce pourrait payer l'ensemble des dettes dues au FMI fin juin), l'issue de la crise repose sans doute dans le choix que fera Angela Merkel. Mardi 26 mai, le quotidien allemand Die Welt, indiquait, comme le suggérait La Tribune depuis quelques semaines, que la chancelière et son ministre des Finances Wolfgang Schäuble sont en désaccord sur la question de la sortie de la Grèce de la zone euro.

Le fond de l'opposition Schäuble-Merkel

Cette opposition n'est pas une nouveauté. Les deux responsables allemands veulent conserver l'union monétaire, non seulement pour des raisons politiques, mais aussi pour des raisons d'intérêts économiques. L'euro est essentiel pour l'industrie exportatrice allemande en lui accordant une monnaie faible et en la protégeant des dévaluations compétitives de ses fournisseurs. La question est alors de savoir si une sortie de la Grèce de la zone euro est un danger pour cet édifice. Wolfgang Schäuble ne le pense pas. Sa vision est qu'une zone euro capable d'exclure les « mauvais élèves » est une zone euro plus cohérente, donc renforcée. Un message serait ainsi envoyé aux Etats membres tentés de « sortir des clous. » Les effets du Grexit ayant, par ailleurs, un effet dissuasif pour les candidats à la sortie de l'euro.

En face, Angela Merkel reste attachée à l'intégrité de la zone euro. Elle estime qu'il est dangereux de créer un précédent, que ce serait ouvrir une boîte de Pandore qui peut se rouvrir en permanence. Un Grexit signerait la fin de l'irréversibilité de l'euro. De plus, si, grâce à la BCE, il n'y a plus de risque direct comme en 2012 d'une réaction en chaîne, les investisseurs seraient contraints de revoir l'évaluation des risques des Etats membres. Et les partis eurosceptiques pourraient y voir la confirmation qu'il est possible de sortir de l'euro. Ce serait donc prendre un risque difficile à évaluer.

Le risque géopolitique

Ce mercredi 27 mai, le site britannique Business Insider souligne également combien Angela Merkel peut être sensible au risque géopolitique que constituerait un Grexit. Le site estime que le risque de voir un membre de l'UE et de l'OTAN se jeter dans les bras de « l'ours russe » est une des préoccupations majeures de la chancelière. Or, en cas de crise financière, Athènes se tournera sans doute vers ceux qui veulent bien l'aider. L'aide de la Russie n'est certes pas acquise, mais il existe une possibilité qu'elle soit proposée. Dans ce cas, Moscou n'hésitera pas à dicter ses conditions. Là encore, ce serait un risque que Berlin aura du mal à prendre compte tenu de la situation régionale. Du reste, selon Die Welt, le ministère allemand des Affaires étrangères soutiendrait un refus catégorique du Grexit.

L'élément intérieur

Reste enfin l'élément interne du choix. Angela Merkel demeure en position forte en Allemagne. Elle est quasi-incontournable à droite. Aucun candidat à sa succession n'a réellement émergé. Wolfgang Schäuble ne dirige pas un groupe au sein de la CDU, même s'il traduit les vues de nombreux députés. La position de la chancelière n'est donc pas vraiment contestable au sein de la droite allemande, et elle n'est pas menacée par un concurrent qui pourrait capitaliser sur une opposition à sa prise de position. Elle est donc en position de force pour faire accepter des concessions sur le dossier grec. Elle peut aussi compter sur l'appui des Sociaux-démocrates, peu moteurs sur le sujet, mais plutôt opposés à un Grexit. Enfin, l'effondrement interne des Eurosceptiques d'Alternative für Deutschland, donnés dans le dernier sondage Forsa à moins de 5 % pour la première fois depuis fin 2013, et la renaissance des Libéraux de la FDP (donnés à 7 %) semble réduire le risque électoral lié à une position modérée sur la Grèce.

Besoin d'une victoire

Enfin, Angela Merkel a besoin d'une victoire sur le front grec pour redorer son blason passablement terni par l'affaire de la collaboration entre les services secrets allemands et leurs homologues américains. La popularité de la chancelière a reculé de 5 points dans le dernier baromètre et la presse n'est pas tendre avec elle sur ce sujet. La Süddeutsche Zeitung titrait ce mercredi 27 mai sur la « perte de crédibilité » de la chancelière. Parvenir à un accord « honnête » avec la Grèce lui permettrait de détourner l'attention et de se draper dans son rôle préféré, celui de sauveur de l'Europe. Certes, provoquer un Grexit ne serait sans doute pas dommageable dans l'immédiat pour sa popularité, les Allemands étant plutôt favorable à cette option, mais elle prendrait là encore un risque : si la situation se dégrade en Grèce, elle devra assumer la rupture, notamment devant son allié social-démocrate. Surtout, ce serait pour la chancelière nier l'ensemble des choix pris précédemment.

Au final, il semble qu'Angela Merkel penche clairement pour éviter un Grexit. C'est là une des principales forces de la partie grecque.

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Commentaires
a écrit le 28/05/2015 à 18:51 :
Extrait de l'article: "Enfin, Angela Merkel a besoin d'une victoire sur le front grec pour redorer son blason passablement terni par l'affaire de la collaboration entre les services secrets allemands et leurs homologues américains."
Mais où va-t-il chercher tout ça ? Ce n'est plus du journalisme, c'est de la psychanalyse.
a écrit le 28/05/2015 à 17:03 :
L'idéal serait que Syriza arrête ses chimères et accepte de revenir aux accords qui existaient avant son arrivée au pouvoir pour débloquer les nouveaux prêts, mais les tribuns actuels ne semblent pas y être disposés.
Sinon, la sortie de la Grèce n'affaiblirait pas, mais au contraire renforcerait l'euro, même si le prix à court terme serait élevé. Tout d'abord, cela mettrait fin à une succession de prêts à fonds perdus. Ensuite, cela ferait réfléchir ceux qui seraient tentés de remettre en cause les traités, comme Podemos ou Cameron. Il vaut mieux une petite Europe composée de membres fidèles qu'une grande Europe composée d''eurosceptiques.
a écrit le 28/05/2015 à 16:23 :
La Grèce va très probablement sortir de l'euro depuis le temps que ça couve, et d'autres pays aussi
a écrit le 28/05/2015 à 13:09 :
En quoi la sortie de la Grèce signifierait l"irréversibilité de l'Euro" autrement que sur le plan purement littéral : imaginons que l'Ecosse sorte du Royaume-Uni et adopte l'Euro comme monnaie ; dirait-on que la sortie de l'Ecosse signifie la fin de l'irréversibilité de la Livre Sterling ? De tous temps, des pays, des régions, ont changé de monnaie au gré des évènements. La "fin de l'irréversibilité de l'Euro" n'est pas en soi un problème, ce qui importe c'est d'identifier les conséquences réelles - inconvénients ou avantages - d'une sortie de la Grèce de l'Euro aujourd'hui, pour la Grèce comme pour les autres pays européens.
Réponse de le 28/05/2015 à 14:03 :
Je ne crois pas à une approche purement technique qui ne prend pas en compte la géo-politique, à savoir de "gros"blocs", Chine,Russie,Etats Unis..., expansionnistes qui marquent chaque jour des points de progression par rapport à une Europe en panne,petite et désunie guettée à l'orée du bois et dont les économies sont chaque jour rachetées un peu plus par ceux-ci. Il n'est as sûr que si l' Ecosse adoptait l'Euro la Livre Serling survivrait à moyen terme? L'Euro est le porte drapeau ou le symbole de l'existence de l'Europe pour le monde.
a écrit le 28/05/2015 à 11:30 :
Enfin une plus juste appréciation géo-politique du "cas" grec. Exclure la Grèce de l'Euro serait une erreur historique et marquerait la fin de l'Union Européenne aussi calamiteuse soit-elle, à quand les refondateurs? La Grèce hors de l'Europe c'est un coup probablement définitif à la construction européenne et une nouvelle crise économique qui plongerait notamment la France au" fond du trou" et précipiterait la Grèce dans les bras du premier "sauveur", probablement la Russie qui installerait sa base avancée pour annexer tout ce qui sera possible des états européens. La CEE à l'obligation d'être forte et in ne faut pas oublier que les déboires de la Grèce sont aussi de la responsabilité des instance européennes qui n'ont pas su ou pas voulu apprécier en leurs temps la véritable santé économique de ce pays.
a écrit le 28/05/2015 à 11:19 :
Bien sûr que le nœud coulant est autour de la Chancelière...et depuis longtemps; Tsipras doit bien rigolé à juste titre !
a écrit le 28/05/2015 à 9:10 :
La peur de l'inconnu atteint toute personne ayant des intérêts a sauvegarder!
a écrit le 28/05/2015 à 1:57 :
La Chancelière, c’est un joli mot chance en termes de résultats pour la population, on n’est pas dans le boulet français de croissance à 0 depuis 3 ans. Tenue impériale de rigueur comme leader de l’Europe, en maillot jaune pour la croissance. La France collabore aux déficits qui relancent l’import... Gânelong et Roland la population français aux affres sans offre. Voir les sondages en déclin ! On n’est pas dans les francisques en heures sombres.
a écrit le 28/05/2015 à 1:39 :
Miracle: Romaric sait lire dans les pensées d'Angela Merkel!
Mais comment peut on encore laisser ce dangereux trotskiste s'exprimer dans les colonnes de la Tribune?
Réponse de le 28/05/2015 à 8:04 :
Louis toi, tu es situé où? A l’extrême droite?
a écrit le 27/05/2015 à 18:55 :
elle a surtout peur que l'Euro disparaisse, l'Allemagne profite d'un euro faible pour exporter et son industrie ne pourrait pas se permettre à un retour au DM nettement plus fort. L'Allemagne ne protège que ses intérêts, elle n'a aucune vision européenne, elle n'en a d'ailleurs jamais eue.
a écrit le 27/05/2015 à 18:13 :
L'Allemagne ne veut pas porter seule la responsabilité d'un Grexit, pitoyable constat d'échec du tandem franco allemand, devenu depuis longtemps la mésentente cordiale.

Rien ne dit si le FMI est dans la même position, la partie n'est pas jouée, car le FMI fait partie des "institutions" et a son mot à dire.
Réponse de le 27/05/2015 à 18:35 :
C'est à peine croyable, j'avais écrit un commentaire qui était très semblable au votre, alors j'ai décidé de ne pas l'envoyer.

Oui, c'est tout à fait cela, en France veut faire porter le chapeau à Merkel mais la faute elle est autant allemande que française. Dans le cas d'un défaut grec les deux pays les plus touchés seront la France et l'Allemagne, voilà la raison pour qu'on voit bien plus le sujet Grexit dans les journaux français et allemands que chez les autres.
a écrit le 27/05/2015 à 18:13 :
L'Allemagne ne veut pas porter seule la responsabilité d'un Grexit, pitoyable constat d'échec du tandem franco allemand, devenu depuis longtemps la mésentente cordiale.

Rien ne dit si le FMI est dans la même position, la partie n'est pas jouée, car le FMI fait partie des "institutions" et a son mot à dire.
a écrit le 27/05/2015 à 17:56 :
Il convient de ne pas surevaluer l'autorite de Madame Merkel.
Il y a tout de même 19 Etats membres qui composent la zone euro.L'unanimite des Etats membres est loin d'être acquise pour le deblocage des 7.2 millard d'Euro ainsi que sur l'elaboration d'un troisieme plan d'aide. Je pense même qu'une majorite des Etats membres se reconnaissent dans le point de vue de Monsieur Schauble que dans celui de Madame Merkel.
A ce premier obstacle, il convient d'ajouter le Fonds Monetaire International dont le consentement est necessaire pour le deblocage des fonds. Or, le Fonds Monetaire International a des exigences qui sont des lignes rouges pour le gouvernment grec. Le troisieme obstacle est la Banque Centrale Europeenne.
Enfin, sur la question du Grexit, le dernier mot ne reviendra pas a Madame Merkel mais a la Banque Centrale Europeenne.
a écrit le 27/05/2015 à 17:13 :
Bof bof lencoe un article inintéressant Circulez il n'y a rien à voir
a écrit le 27/05/2015 à 17:01 :
rigolo : parler de force de la partie grecque quand il apparaît que toute décision concernant la Grèce est de fait entre les mains de la chancelière allemande, et donc que dans la réalité la Grèce n'a aucune carte en main... et plutôt un revolver sur la tempe : la seule latitude de Tsipras et Varoufakis étant de presser sur sa détente, en comptant sur le fait que les institutions de la Troïka ne veuillent pas voir ça....
Réponse de le 28/05/2015 à 1:04 :
Mon pauvre Bruno, vous ne savez pas de quoi vous parlez et vous ne connaissez pas la force et le pouvoir de Tsipras. La Grèce a beaucoup de carte en main!!!

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