Yanis Varoufakis, le trublion hellénique

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Yanis Varoufakis, économiste de formation devenu ministre des Finances grec du gouvernement de Syriza, cristallise les critiques. Si le oui au référendum l'emporte dimanche soir, il a annoncé qu'il quittera son poste.
Yanis Varoufakis, économiste de formation devenu ministre des Finances grec du gouvernement de Syriza, cristallise les critiques. Si le "oui" au référendum l'emporte dimanche soir, il a annoncé qu'il quittera son poste. (Crédits : Reuters)
Interrogé sur Bloomberg TV, début juillet, sur une éventuelle acceptation de l'accord de l'Eurogroupe sans renégociation de la dette, celui qui était alors ministre grec des Finances avait répondu qu'il "préférait se couper le bras". Après la victoire du "non" au référendum, il a annoncé sur son blog sa démission. Depuis quelques mois, Yanis Varoufakis avait imposé son style, quitte à agacer.

| Article publié le 3 juillet, actualité le 6 juillet après la démission de Yanis Varoufakis de son poste de ministre grec des Finances.

Cet ancien professeur d'économie détonne dans le paysage politique européen. Docteur en économie de l'Université d'Essex (Royaume-Uni), Yanis Varoufakis, spécialiste de la théorie des jeux, théorise une économie politique "hétérodoxe", autrement dit non alignée sur les principes libéraux dominants. Et donc aux antipodes de ses homologues européens. Avant de devenir ministre en janvier 2015, il a enseigné en Angleterre, en Australie puis à Athènes. Entre 2004 et 2006, il conseille Georges Papandréou, alors président du Pasok. En 2010, il est l'un des premiers à alerter ses compatriotes du risque imminent de défaut sur la dette de son pays, ce qui lui vaut le surnom de Dr Doom grec ou Mr Catastrophe. Une référence à Nouriel Roubini, l'économiste américain qui avait pronostiqué - avant tout le monde et dans l'indifférence générale - la crise financière de 2008 aux Etats-Unis.

Mais ce que la presse retient de lui, c'est surtout son style, sa moto, et son franc-parler qui agace tant Bruxelles.

     | Lire aussi : Pourquoi Yanis Varoufakis est-il insupportable aux Européens ?

Car, à l'évidence, les ministres des Finances de la zone euro ne lui ressemblent pas. En moto, en jean, et avec un sac à dos rouge, l'économiste de formation tranche dans le paysage. Peu friand de communication politique lisse, Yanis Varoufakis parle souvent vite, quitte, parfois, à mettre son propre gouvernement dans l'embarras. Le dernier événement en date a eu lieu jeudi.

Alexis Tsipras n'a en effet pas dû apprécié la dernière déclaration de son ministre qui assure qu'il démissionnera en cas de "oui" au référendum dimanche. D'autant que, de son côté, le Premier ministre martèle que l'unité nationale doit être assurée, même en cas de victoire du "oui". Lundi 29 juin, dans un entretien accordé à la télévision grecque ERT, Tsipras avait pourtant mis sa démission dans la balance en cas de victoire du "oui". Depuis, il laisse planer le doute.

Les petites phrases de Varoufakis

Jeudi matin, alors qu'il est interrogé sur Bloomberg TV sur une éventuelle acceptation de l'accord de l'Eurogroupe sans renégociation de la dette, Varoufakis répond à la journaliste : "je préfère me couper le bras". Il refuse de pratiquer la langue de bois. Un peu à la manière du philosophe Diogène le Cynique, il semble vivre comme il pense, ne se laissant intimider ou déstabiliser sous aucun prétexte.

Mardi après-midi, quelques heures seulement avant l'échéance du remboursement de 1,5 milliard d'euros au FMI, des dizaines de journalistes l'attendent à l'entrée du ministère. A la question, la Grèce sera-t-elle en mesure de rembourser, il se contente d'un laconique "non", en guise de réponse.

Et lorsque, vendredi soir, son Premier ministre prend tout le monde de court en annonçant un référendum prévu le 5 juillet pour que le peuple grec dise si, oui ou non, il accepte les propositions des créanciers, c'est encore sur son compte Twitter, qu'il salue l'initiative, avec une pique directement adressée aux technocrates bruxellois :

"La démocratie avait besoin d'un coup de fouet sur les questions relatives à l'euro. Nous l'avons fait. Laissons le peuple décider. (Drôle comme ce concept semble radical)

Democracy deserved a boost in euro-related matters. We just delivered it. Let the people decide. (Funny how radical this concept sounds!)

— Yanis Varoufakis (@yanisvaroufakis) 26 Juin 2015

Quand des rumeurs circulent sur son éventuel départ du ministère des Finances, il laisse un message sur Twitter pour démentir :

Rumours of my impending resignation are (for the umpteenth time) grossly premature...

— Yanis Varoufakis (@yanisvaroufakis) 31 Mai 2015

Il n'hésite pas à user du réseau social pour régler ses comptes avec les journalistes en quête de scandale :

Dedicated to muck raking journalists... pic.twitter.com/YySV8Qz14l

— Yanis Varoufakis (@yanisvaroufakis) 1 Mars 2015

Cette fois-ci, il se défend dans son tweet d'être antisémite. En réalité, il fait référence à une histoire qui date de 2005, qui resurgit au moment de sa nomination au poste de ministre en janvier. A l'époque, Yanis Varoufakis, alors professeur d'économie à Athènes, avait été suspendu d'une émission de radio australienne pour « stéréotypes négatifs sur les Juifs »  et accusé d'exprimer de l'empathie pour les kamikazes palestiniens, comme le rapporte en février 2015 le journal The Times of Israël.

 Le ministre qui casse les codes

S'il s'exprime régulièrement sur Twitter, le blog du ministre des Finances est aussi son meilleur allié en communication. Ainsi, il n'hésite pas à y dévoiler les coulisses de la réunion de l'Eurogroupe à Riga le 24 avril, reprochant aux médias leurs "mensonges et insinuations", qui rapportent alors une altercation entre le ministre grec et ses homologues européens. Dans un post, il reconnaît avoir enregistré les conversations de la réunion." En l'absence de compte-rendu, j'enregistre souvent mes interventions et mes réponses sur mon téléphone portable. Le but en est, naturellement, de pouvoir retrouver mes phrases exactes et, dans la même mesure, de rapporter à mon Premier ministre, au cabinet et au Parlement ce que j'ai dit précisément".

Ses déclarations dans les médias sont certes souvent laconiques, mais sur son blog il publie régulièrement ses états d'âme et ses réflexions. La dernière en date, la défense du "Oxi"  au référendum en 6 points. Il rappelle, encore une fois, son souhait de rester dans l'euro, de renégocier la dette et son désir de justice sociale afin de redistribuer "le fardeau entre les possédants et les non-possédants».

Lire aussi : "La Grèce peut forcer l'Europe à changer"

En 2013, dans un discours prononcé au Sixième Festival Subversif de Zagreb, et publié par le Guardian en février 2015, il déplore la politique dogmatique des élites appliquée en Europe :

"Les élites européennes se comportent aujourd'hui comme si elles ne comprenaient, ni la nature de la crise à laquelle elles président, ni ses implications pour l'avenir de la civilisation européenne. Elles obéissent à leur atavisme, qui les pousse à piller les réserves, en voie d'épuisement, des faibles, des déshérités, afin de combler les trous béants du secteur financier, et refusent d'admettre que l'accomplissement de cette tâche ne peut perdurer".

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Commentaires
a écrit le 06/07/2015 à 14:59 :
Il est difficile de penser autrement dans ce monde pourtant a la derive. Dans le meme temps, ce poste n'etait surement pas la function ideale pour le profil de Varoufakis.
a écrit le 06/07/2015 à 9:27 :
On dit hellène et non pas hellènique
a écrit le 04/07/2015 à 12:30 :
La scène va lui manquer dès lundi :-) Certains auront remarqué que faute de compétences, Varoufakis aimait être constamment présent dans les medias. Il est fait pour le "catwalk" plus que pour la gestion d'un pays :-)
a écrit le 04/07/2015 à 8:48 :
Yanis Varoufakis est une "belle personne", intègre, compétent, un véritable homme d'Etat, Tsipras aussi.

Ce sont ces personnalités intègres qui manquent cruellement à la France dont la classe politique est digne de ceux de Vichy,

l'Europe n'est plus qu'un ramassis de profiteurs cupides à la solde des voyoucratie et des bandits de la finance.
a écrit le 03/07/2015 à 16:45 :
c'est un spécialiste des jeux, mais on n'est pas obligé de jouer avec lui au poker menteur.
Sa place est dans un cirque ou une attraction foraine.
Réponse de le 04/07/2015 à 9:42 :
Et pourquoi cela ? Il ne cadre pas avec votre vision du politique européen étriqué dans sa cravate ? Se mec la s'y connaît plus en économie que nos serviles de la finance et se bat pour les gens, pour son peuple, il n'a que lui a servir.
Réponse de le 05/07/2015 à 17:19 :
merci Clem , pas mieux !!! :-)
Réponse de le 06/07/2015 à 13:04 :
Dans une vision où les méchants c'est les autres et pas nous (les Grecques) peut-être que son discours est acceptable mais quand on vit en copropriété sur un continent avec d'autres pays et que l'on refuse de payer l'électricité du couloir, le loyer et que dans le même temps on met le nom de sa BMW sur celui de sa mère qui habite en allemagne (fuite de 80 Md d'euros de capitaux en quelques jours en Grèce) cela laisse perplexe... Il est joueur mais pour jouer il faut être au moins deux et utiliser à mauvais escient le referendum pour forcer l'autre c'est pour moi tout bonnement criminel...
Réponse de le 07/07/2015 à 9:18 :
@Clem: tout à fait, il faut que les Grecs servent leur pays ...mais sans se servir de l'argent du contribuable européen :-)
a écrit le 03/07/2015 à 16:32 :
Dommage qu'il n'est pas délivrés des cours de calcul et d'économie aux Grecques. Il est facile de donne la leçon suivantes aux créanciers : (gros train de vie + open barre) x ( pas de taxes + pas d'impôts) = gros déficits. Gros déficit es + ( toujours pas de taxes x toujours pas d'impôts€) = faite moi cadeau de ma dette. Facile d'être économiste et de dire que ce sont les autres les méchants !!!!
Réponse de le 03/07/2015 à 17:28 :
il a fait. C'est la raison pour laquelle il avait abandonné Papandreou en 2010. Simplement, il n'était pas décideur.
a écrit le 03/07/2015 à 15:37 :
Quand il disait il y a 5 mois que la dette grecque n etait pas remboursable et que donc tout accord devait NECESSAIREMENT comporter une restructuration, on lui riait au nez. Maintenant que meme DSK et Attali le disent, ca rigole moins chez les "creanciers".
Réponse de le 03/07/2015 à 16:20 :
De toute les façons ils ne la remboursent pas en ce moment

Les premiers remboursements c'est pour 2023
Qu'ils mettent enfin de l'ordre dans leur pays et on verra
Tous le monde sait bien qu'il faudra faire une décote mais ce n'est pas facile de le faire admettre aux européens

Le reste c'est de la provocation
Réponse de le 03/07/2015 à 17:01 :
Exact, ils ne remboursent que les intérêts de la dette et on leur proposent de continuer encore durant de très nombreuses années. Perspectives enthousiasmantes pour les jeunes générations qui sont autant responsables de cette dette ( qui était privée à l'origine) que les générations allemandes d'après guerre étaient responsables de la folie meurtrière de leurs ascendants.
Réponse de le 03/07/2015 à 17:11 :
@Lionel Gilles: une restructuration en leur donnant 50 milliards de plus ? Je me répète, mais à mon avis, soit ils réforment le pays en profondeur, soit on les vire au lieu d'alimenter le tonneau des danaides !!!
Réponse de le 03/07/2015 à 22:01 :
Francis.
C'est l'inverse, pour l'instant ils ne remboursent que le capital, les créanciers prennent les intérêts en charge jusqu'en 2020.
Je ne vais pas relever la comparaison entre un génocide et une dette.
Le problème grec à toujours été publique. L'état grec empruntaient aux banques et n'a put faire face à ses échéances, les banques se sont donc retrouvées elles aussi en défaut et plutôt que de volatiliser l'épargne des grecques en liquidant les banques certains ont préférés transféré cette dette.
a écrit le 03/07/2015 à 15:26 :
Dans le cas où le non le remporte ce dimanche, est qu'on fait un referendum dans les 18 autres pays de l’UE pour savoir si on doit continuer à subventionner la Grèce ?

Cela ne me dérange pas que la Grèce reste dans l’UE mais à condition que s'ils ne suivrent pas les règles, ben qu'ils ne bénéficient pas non plus des bons coté .......
Réponse de le 03/07/2015 à 16:10 :
excellente idee!
et en cas de refus democratique des peuples de payer pour les grecs, on serait bien curieux de voir s'ils nous ressortent le mot ' democratie' ( sans payer donc) aussi souvent qu'ils le font actuellement
je ne doute de rien, dans une interview FaZ un grec expliquait sans rire que les 18 pays europeens devaient respecter les choix de la grece
quand le journaliste lui demande ' et les 18 pays, s'ils ne sont pas d'accord', le gars repond que c'est pas democratique quand 18 pays imposent une solution au 19eme, surtout si ce dernier a un gouvernement elu democratiquement ( ce qui sous entend que c'est pas le cas chez les autres!!!)
Réponse de le 03/07/2015 à 22:30 :
"pas non plus des bons coté " Lesquels ..??!!
a écrit le 03/07/2015 à 14:36 :
C'est lui le prochain Président et la Grèce en a besoin , il a la pointure pour sortir le pays de cette ornière car il a compris les tenants et l'aboutissement de ceux-ci .
Réponse de le 03/07/2015 à 15:24 :
Pour rejoindre le tiers monde oui
Réponse de le 06/07/2015 à 12:31 :
reponse a rires nous sommes les prochains pour le tiers monde dans quelques mois nous serons comme la grece alors ne vous moquer pas .
a écrit le 03/07/2015 à 14:29 :
Cet homme doit être écouté car il a une analyse parfaitement calibrée de la situation explosive de la finance mondiale. La seule réponse possible au référendum est NON. D'autres économistes influents partage cette opinion. Si le OUI l'emporte il en sera fini de la démocratie occidentale et le chemin sera ouvert aux mouvements nationalistes bellicistes qui rejette l'Europe. Les dirigeants européens jouent avec les allumettes assis sur un tonneau de poudre.
a écrit le 03/07/2015 à 14:26 :
A part être encore de la propagande pour Syrisa, qu'apporte cet article ?
a écrit le 03/07/2015 à 14:10 :
On fait toujours l'erreur de penser que les professeurs d'économie pourraient être des économistes. Par défaut, ils sont là et on ne cherche pas beaucoup. Les professeurs de littérature sont-ils de grands écrivains ?
Réponse de le 04/07/2015 à 9:44 :
Les écrivains font ils de bons ministres de la culture ? :p
a écrit le 03/07/2015 à 14:09 :
Bravo !

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