Zone euro : la croissance toujours sans vraie dynamique

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La croissance de la zone euro demeure trop faible
La croissance de la zone euro demeure trop faible (Crédits : JEAN-PAUL PELISSIER)
Les données disponibles laissent présager d'un ralentissement de la croissance de la zone euro au deuxième trimestre. Globalement, la reprise semble toujours sans réel entrain.

Jeudi 2 mai, le président de la BCE, Mario Draghi avait prévenu que la croissance de la zone euro devrait ralentir au deuxième trimestre. La vigueur constatée au premier trimestre (0,5 %) de la croissance du PIB des 19 avait pourtant fait croire - enfin ! - à la réalité de l'accélération de la reprise. Jamais en effet depuis sa sortie de récession au deuxième trimestre 2013, la croissance trimestrielle de la région ne s'était montrée si forte. Mais ce ne pourrait être qu'une poussée exceptionnelle.

Humeur moins bonne des agents économiques

Certes, l'indice composite PMI de Markit, qui mesure le climat des affaires en zone euro et dont le chiffre définitif a été publié ce vendredi 3 mai, s'est établi à 53,1 en mai, soit un dixième de point au-dessus du niveau d'avril. Certes, ce chiffre se situe toujours en territoire expansionniste, au-dessus de 50. Mais il est nettement en deçà du niveau de la fin de l'année 2015 où, en décembre, il est monté jusqu'à 54,3. En réalité, ce niveau de 53 dans lequel le climat des affaires de la zone euro est englué depuis février n'avait pas été vu depuis janvier 2015. Autrement dit, la croissance reste d'actualité, mais il y a de grandes chances que son rythme ralentisse.

Les raisons ne manquent pas à cela. L'économie de la zone euro continue à ne marcher que sur un pied, celui de la demande intérieure principalement tirée par la consommation des ménages. Le moteur externe demeure à l'arrêt et seuls les Etats spécialisés dans les produits de consommation et centrés sur les marchés de la zone euro, comme l'Espagne, peuvent compter sur un soutien des exportations. Quant à l'investissement, il se redresse mais s'agit-il d'un autre phénomène qu'un simple rattrapage lié au renouvellement nécessaire des équipements devenu nécessaire ? Y a-t-il un vrai effort de modernisation de l'appareil productif ? La faiblesse de la croissance de l'investissement au regard de son recul précédent ne le laisse pas penser.

Faible dynamique

Comme le souligne Clemente de Lucia, économiste chez BNP Paribas dans une note de ce vendredi, « l'effet de la baisse du prix du pétrole et des conditions financières favorables commencent à ne plus jouer aussi favorablement ». Du cours, la vigueur de la croissance au premier trimestre pourrait se traduire par un affaissement au deuxième trimestre. BNP Paribas ne table ainsi que sur une croissance de 0,2 % entre avril et juin. Les chiffres des ventes au détail en avril dans la zone euro, publiée aussi ce vendredi par Eurostat, affichait une stabilité par rapport à un triste mois de mars (en recul sur un mois de 0,6 %). Les ventes au détail en zone euro repassent ainsi sous le niveau qui était le leur en décembre dernier. L'effet lié au transfert de pouvoir d'achat des gains réalisés sur les prix de l'essence et de l'énergie s'estompe et les salaires ne prennent pas le relais. Là où ils le prennent, comme en Allemagne, l'effet est diminué par un fort taux d'épargne.

L'Allemagne avec une croissance sans entrain

Au final, le potentiel de croissance de la zone euro continue à être très limité à moins de 2 % par an. Même en Allemagne, considérée par beaucoup comme un modèle et une référence, la croissance reste réduite. La Bundesbank dans son bulletin de juin a beau vanter la « forte dynamique de la croissance » allemande, elle vient de réviser sa prévision pour 2016 et 2017. Selon elle, le PIB allemand progressera de 1,7 % cette année et de 1,4 % l'an prochain. C'est une révision à la baisse de 0,1 et 0,3 point. Il y a donc là aussi une perte de dynamisme. On notera, du reste, qu'avec une situation de plein emploi, un excédent budgétaire et des salaires progressant à plus de 2 %, la croissance allemande est à peine plus forte que celle de la France, souvent caricaturée comme un contre-exemple absolue. La Banque de France prévoit en effet 1,4 % de croissance pour la France (ce qui semble, du reste, là aussi assez faible) en 2016 et 1,5 % en 2017.

Faiblesse de l'inflation

Mario Draghi a donc toutes les raisons de ne pas baisser la garde. Dans un contexte international qui reste délicat et, alors que la situation aux Etats-Unis suscite de l'inquiétude, le moteur du commerce extérieur ne semble pas prêt de repartir. A l'inverse, le prix du pétrole risque de ne plus être un facteur favorable pour la croissance d'un trimestre sur l'autre et bientôt d'une année sur l'autre. Globalement, à moyen terme, la croissance européenne semble encore trop faible et sans vrai ressort. La question de la faiblesse structurelle de l'inflation se pose donc bel et bien. Cette année, les prix ne progresseront pas plus que de 0,2 % selon la BCE. La Bundesbank a même fortement révisé ses attentes d'inflation à la baisse. Sans perspective d'inflation, les entreprises manquent de perspectives sur leurs marges et de capacité à former leurs prix. Ils ont donc tendance à comprimer leurs dépenses et à se montrer prudentes. Les investissements en sont naturellement réduits, ce qui pèsent sur la productivité et donc sur la croissance à long terme.

La BCE et ses espoirs

La zone euro est donc sur la corde raide. Et la BCE doit toujours espérer un effet positif de sa politique monétaire, notamment de ces deux nouvelles mesures lancées en juin. Il s'agit, d'abord, des rachats de dettes d'entreprise sur le marché à partir du 8 juin qui pourraient conduire à une baisse du coût du financement des entreprises. La BCE attend aussi beaucoup de ses nouvelles opérations de refinancement à long terme des banques (TLTRO II) qui seront, cette fois, accompagnées d'une incitation concrète à la distribution de crédit. Si les banques atteignent certains niveaux dans ce domaine, elles pourront bénéficier d'un taux négatif sur les montants empruntés de 0,4 %. La BCE, pour la première fois, tente de peser davantage sur l'économie réelle.

Sortir de la logique défensive

Reste à savoir si cette politique permettra de sortir de la fonction défensive, la seule avérée de la politique actuelle de la BCE. L'assouplissement quantitatif a évité la spirale déflationniste au niveau de la zone euro, mais pas la croissance faible. Il n'est pas certain qu'elle le puisse. Comme, en Europe, aucune initiative de relance ou de plan ambitieux d'investissement n'est pris, cette situation risque donc de perdurer, avec une croissance faible et insuffisante pour la zone euro. Jusqu'à la prochaine crise financière, qui pourrait venir précisément d'un QE centré sur les banques et les marchés plus que sur l'économie réelle. Mais à ce moment, la zone euro sera alors logiquement plus vulnérable.

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a écrit le 04/06/2016 à 15:23 :
Voici un raisonnement certes simpliste, mais dans lequel il sera difficile de nier une part de vérité :

L'économie est un système visant à créer de la richesse, càd du pouvoir d'achat, càd des biens.

Et pour physiquement créer ces biens il faut plusieurs intrants :
- des matières premières
- de l'énergie, pour transformer ces matières premières
- du talent humain, pour concevoir, organiser et piloter cette transformation
- des capitaux et de la confiance, pour permettre la mise en place de ces processus de transformation.

N'hésitez pas à me dire si j'en oublie.

Donc s'il n'y a plus croissance de la richesse, ça veut dire qu'il y a un ou plusieurs goulets d'étranglement quelque part.

Or on peut écarter tout de suite l'humain comme goulet d'étranglement (il y a des tonnes de chômeurs compétents dans le monde et de salariés à temps partiel), et l'argent (il coule à flots, et les taux d'emprunts sont bas).

Les matières premières ne me semblent pas encore trop en tension (peut-être à tort), reste donc la confiance et l'énergie.

Or cela fait depuis les années 80 que la croissance est limitée, la confiance ne peut pas expliquer nos problèmes de croissance pendant aussi longtemps.

Reste donc l'énergie, et plus particulièrement le pétrole, qui semble en gros le principal facteur limitant de la croissance.

Pétrole dont la croissance de la production en volume semble d'ailleurs très bien corrélée avec celle du PIB.

Conclusion : Pour conserver la croissance de notre économie, notre priorité doit être de réduire sa dépendance au pétrole (et aux fossiles en général) par des transferts d'usages sur d'autres énergies moins contraintes.
Réponse de le 06/06/2016 à 11:48 :
Je pense que vous oubliez le plus important: dans la production d'un produit, il faut une demande potentielle ou réelle. et c'est surtout ici que le problème se trouve, les marchés sont non seulement proches de la saturation mais se compriment peu à peu avec la progression de la pauvreté.

Tant que l'on ne mettra pas en place des mesures compensatoire par rapports aux pays a faible coûts stagnants (il faut tout de même laisser une chances aux pays pauvre de se développer), la pression sur la main d’œuvre des pays développés ne cessera d'augmenter et par ricochet, continuera a alimenter le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons (produire moins cher pour vendre à des gens plus pauvres, appauvris par une production qui les précarises).

L'autre facteur que vous n'avez pas pris en compte, c'est le poids de l'état dans le coût de production (impôts / subventions).
Réponse de le 06/06/2016 à 13:04 :
Vous avez raison de citer l'énergie. En fait, l'énergie remplace le travail. Les charges sociales doivent être réparties sur le travail et sur l'énergie, progressivement et jusqu'à un certain seuil qui dépend de la démographie et du progrès technique. II faudrait en discuter. Merci.
Réponse de le 06/06/2016 à 20:13 :
@ MrGreed :

Sur les facteurs permettant la production d'un bien :

- Fabriquer un bien sans demande n'est pas optimal économiquement, mais physiquement c'est parfaitement possible. Ça s'appelle du gâchis et c'est parait-il assez courant.

- Je range les impôts et subventions dans la case "capitaux" (de manière sans doute simpliste). Je pense que c'est de la tripaille interne au mécanisme économique, qui permet de plus ou moins huiler les rouages. Mais je ne pense pas que ce soit ça qui bloque à l'échelle macro-économique dans un monde où l'argent est aussi peu cher. Eventuellement ça aura des effets de report de l'activité économique d'une partie du monde à l'autre, en fonction de la compétitivité fiscale de chaque Etat. Mais ça me semble être au final un jeu à somme nulle.
a écrit le 04/06/2016 à 9:23 :
Vous avez vraiment lu l'article ? Je ne pense pas.
a écrit le 04/06/2016 à 7:13 :
Force est de constater que si l'Europe va mal ! elle le doit à la nuisance de l'idéologie socialo-marxiste ! Des : Zapatéro, Socratés , Papandréou , qui ont fait plonger l’Europe dans la récession ; suite aux subprimes , cadeaux des Américains; à l’exception de L’Allemagne et de La France grâce à la Chancelière Mme Merkel et au Président Sarkozy , et Alors que la reprise est partout ! Qui plombe encore L’Europe ? comme par hasard, les socialos Tsipras et Holland ! Quand allons nous éradiquer cette nuisance que la chute du mur a réalisé pour de nombreux peuples épris de Liberté !!
Réponse de le 04/06/2016 à 11:43 :
Pas besoin de citer les noms de socialo-je ne sais quoi, qui ne sont plus au pouvoir, pour dénoncer l'apathie de l'Europe. Les vrais responsables, ce sont cette Commission européenne néo-libérale et ce groupe Euro, sans existence légale.

S'agissant de la France, les fortes hausses de salaires de MM. Goshn, Tavarès et de Juniac me paraissent témoigner d'une croissance particulièrement dynamique.

Quant à Madame Merkel, la jeunesse allemande a inventé le verbe "merkeln", tiré du nom de la chandelière, qui signifie "ne pas prendre de décision, ne rien faire".; Bien sûr, pour vous, ces jeunes ne seront sans doute que des Bolcheviques..

Force est de constater, à l'échelle de la planète et tout particulièrement de l'Europe, que le néolibéralisme est en situation d'échec et que seuls 0,1 % d'individus en profitent. Il n'est pas besoin d'être visionnaire pour se dire que ce monde s'effondrera.

Cette mondialisation, qui n'est pas une fatalité, n'apporte que pauvreté et précarité.
a écrit le 04/06/2016 à 6:49 :
Avec mon petit cerveau basique (de base), il me semble que la croissance infinie dans un monde fini, cela ne va pas le faire.
D'ailleurs dans une émission récente de qualité, un scientifique disait que l'homme aura disparu de cette bonne vieille terre d'ici 3 générations ...!
Qu'en pensez vous ?
a écrit le 03/06/2016 à 22:07 :
Il n' y a rien détonnant à cela. L'imbécile que je suis n' à qu'une seule réflexion que tout les technocrates ne peuvent résoudre car il va à l'encontre de leur idéologie visionaristocratique: à savoir : comme on diminue mes revenu salariaux comme on me précarise pour satisfaire les libéraux et bien le marchand peut toujours pleurer pour me vendre une quelque chose il peut attendre longtemps ouais ! je n'est pas de sous pour acheter. Vous voulez vendre alors diminuez vos prix. Sinon donnez nous des sous. Alors les technocrates vous comprendrez que plus que tout autre la CGT défend au travers les grèves le maintien de l'économie alors que le patronat Français les anglais et autre libéraux ne font que la détruire

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