WikiLeaks dévoile les dessous des agences privées du renseignement

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La décision de WikiLeaks de publier cinq millions de courriels de la société américaine Stratfor permet de lever en partie le voile sur le monde opaque et rentable des agences privées du renseignement, et l'image qui s'en dégage est peu flatteuse.

Des grands centres financiers aux zones de guerre en passant par les régions minières, les agents de ces sociétés ont le nez fourré partout, toujours en quête d'informations utiles à leurs clients, de grandes entreprises et des gouvernements. Très peu de ces sociétés de renseignement et d'analyse, même les plus grosses --Aegis, Control Risks, Diligence, Kroll-- sont connues du grand public, mais leur clients, eux, le sont. Selon les courriels révélés par WekiLeaks ces derniers jours, elles font de grosses affaires. Selon Tim Shorrock, auteur du livre "Spies for Hire" (Espions à embaucher), le gouvernement américain à lui seul leur accorde quelque 45 milliards de dollars de contrats de sous-traitance par an.

Des sources au sein de l'industrie soulignent la croissance exponentielle qu'elle connaît depuis quelques années et, selon la CIA, ces entreprises sont devenues indispensables dans le domaine du renseignement. Aujourd'hui, les agences privées aident à négocier la libération d'otages au Nigeria, enquêtent sur d'éventuels partenaires commerciaux en Equateur ou collectent des informations sur l'opposition armée en Syrie au profit des gouvernements occidentaux.

Renseignements stratégiques

Les documents obtenus par WikiLeaks montrent que les clients de Stratfor vont de l'Agence du renseignement de la Défense américaine, à Coca-Cola ou d'autres multinationales, comme Lockheed Martin ou Dow Chemical. Officiellement, Stratfor propose à ces clients "des renseignements stratégiques sur le commerce mondial, l'économie, la sécurité et les affaires géopolitiques". Dans les faits, la société a surveillé les militants du groupe de défense des animaux Peta pour Coca-Cola, qui craignait des manifestations hostiles lors des jeux Olympiques de Vancouver en 2010, et courtisé des sources du renseignement pakistanais pour obtenir des informations sur les allées et venues d'Oussama Ben Laden dans les derniers jours de sa vie.

Des méthodes de travail contestées

Si la correspondance de Stratfor illustre bien l'étendue de ses domaines d'intérêt, elle braque aussi les projecteurs sur ses méthodes de travail, qui s'apparentent parfois davantage à une bonne recherche fouillée sur Google qu'à celles employées en son temps par Mata Hari. Alors que des sociétés comme la britannique GPW se targuent d'embaucher d'anciens chefs du MI6 pour fournir des renseignements de premier ordre, certains agents de Stratfor semblent bien moins qualifiés. A un client qui lui demandait des renseignements sur Peta, un membre de Stratfor aurait répondu: "J'aimerais bien mettre un stagiaire fort en recherche sur cette affaire".

Des sources au sein de l'industrie insistent sur le fait que la société n'est pas tenue en haute estime par ses pairs. La question de la qualité du renseignement privé se pose depuis longtemps, selon un ancien responsable gouvernemental qui a été client de ces sociétés. "Vous pourriez souvent dire que ces gens font des choses que des employés du gouvernement ou de l'armée font, mais en gagnant beaucoup plus d'argent", a déclaré Richard Bloom, un psychologue qui a travaillé pendant vingt ans dans le monde du renseignement auprès d'agences gouvernementales américaines. Il estime que les gouvernements ont souvent raison de vouloir obtenir les conseils de ces sociétés. Mais, il y a aussi des fois où ces agences "vous fournissent des analyses bien écrites de ce que vous savez déjà", dit-il.

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