Twitter lance la mode des introductions en Bourse "confidentielles"

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Sur l’ensemble des introductions en Bourse qui se sont déroulées aux Etats-Unis entre avril 2012 et avril 2013, 83% ont été le fait d’emerging growth companies, d’après une étude du cabinet Ernst & Young. REUTERS.
Sur l’ensemble des introductions en Bourse qui se sont déroulées aux Etats-Unis entre avril 2012 et avril 2013, 83% ont été le fait "d’emerging growth companies", d’après une étude du cabinet Ernst & Young. REUTERS. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Dans le cadre du Jobs Act américain d’avril 2012, les start-up réalisant moins d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires bénéficient d’une procédure d’introduction en Bourse allégée. Leurs informations sensibles demeurent ainsi confidentielles jusqu’à 21 jours avant le début des "road-shows" auprès des investisseurs.

Cela ne saute pas aux yeux, mais Twitter s'introduit en Bourse sur un mode confidentiel. Certes, le réseau social américain - qui a précisé le 4 octobre certaines modalités de son « IPO » (initial public offering) - n'avait pu résister à l'envie d'annoncer ce projet dès le 12 septembre, qui plus est sur Twitter, où se pressent quelque 218 millions d'utilisateurs actifs.

Pourtant, malgré ces apparences trompeuses, le groupe poursuit bel et bien une démarche d'introduction en Bourse confidentielle.

Ce nouveau type d'IPO existe aux Etats-Unis depuis le 5 avril 2012, date à laquelle avait été adopté le Jumsptart Our Business Startups Act. Cette loi, plus connue sous le nom de "Jobs Act", a pour but de faciliter les levées de capitaux des jeunes sociétés de croissance, afin que ces dernières puissent plus aisément financer leur développement et, partant, embaucher.

 Le prospectus d'IPO est publié 3 semaines avant la tournée des investisseurs

 Dans le cadre du Jobs Act, donc, un nouveau statut d'émetteur de titres boursiers a été créé, celui « d'entreprise de croissance émergente » (emerging growth company, EGC). Ces jeunes pousses, pour peu qu'elles réalisent moins d'un milliard de dollars de chiffres d'affaires par an, sont soumises à des contraintes réglementaires allégées lorsqu'elles souhaitent entrer en Bourse.

Primo, le prospectus d'IPO qu'elles adressent à la SEC (Securities and Exchange Commission, le gendarme des marchés financiers américains) demeure confidentiel jusqu'à 21 jours avant le début des "road-shows" destinés à convaincre les investisseurs institutionnels de souscrire à l'opération. Et tous les échanges entre la société et la SEC sont eux aussi tenus secrets.

 Les obligations d'information en matière de rémunération sont assouplies

 L'objectif : faire en sorte que les start-up ne soient plus rebutées par la perspective de voir des informations très sensibles étalées durant des mois au vu et au su de tous, en particulier de leurs concurrents et des investisseurs.

De fait, l'an dernier, le prospectus d'introduction en Bourse de Facebook, en révélant les difficultés du groupe dans la publicité sur le mobile, n'avait guère facilité les premiers pas du réseau social sur les marchés.

Cette nouvelle procédure d'introduction en Bourse confidentielle permet également aux start-up de différer - ou d'annuler purement et simplement - leur projet de cotation, sans redouter que leur réputation auprès des investisseurs en souffre.

Secundo, le Jobs Act assouplit les obligations d'information en matière de rémunération des patrons : les jeunes pousses sont tenues de révéler les émoluments de trois de leurs dirigeants seulement, alors que les autres entreprises doivent communiquer les salaires et bonus de leurs cinq plus hauts collaborateurs.

Tertio, les start-up ne sont plus contraintes de fournir à la SEC que deux années de comptes de résultats et de bilans, au plus, contre trois auparavant.

 Le seuil de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires fait polémique

Cette procédure d'IPO confidentielle semble rencontrer un certain succès. Sur l'ensemble des introductions en Bourse qui se sont déroulées aux Etats-Unis entre avril 2012 et avril 2013, 83% ont été le fait "d'emerging growth companies", d'après une étude du cabinet Ernst & Young.

Reste que les introductions en Bourse confidentielles font débat en matière de protection des investisseurs, car, 21 jours, c'est bien court pour analyser dans le détail les états financiers d'une entreprise.

 Et le seuil de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires annuel, en dessous duquel une entreprise peut prétendre à une IPO confidentielle, fait lui aussi polémique. Car il a par exemple permis au club de football de Manchester United de s'introduire aisément à la Bourse de New York, après des tentatives vaines à Hong Kong, Singapour et au Royaume-Uni.

Or, comme le souligne Michael Oxley, à l'origine de la loi Sarbanes-Oxley de protection des investisseurs, "cela fait 120 ans que Manchester United est une entreprise émergente." De plus, difficile d'imaginer que le club britannique de foot ait des velléités de création d'emplois sur le sol américain.

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