Le check-up des banques par la BCE : une arme à double tranchant

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La BCE exigera des 128 banques qui seront sous sa supervision unique qu'elles affichent un ratio de solvabilité de 8%, au moins. REUTERS.
La BCE exigera des 128 banques qui seront sous sa supervision unique qu'elles affichent un ratio de solvabilité de 8%, au moins. REUTERS. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
La Banque centrale européenne (BCE) a dévoilé la méthodologie qu’elle emploiera pour évaluer la solidité des principales banques de la zone euro. Un exercice destiné à rassurer enfin les investisseurs, mais qui pourrait se révéler vain, en l’absence d’accord sur un mécanisme de résolution unique des crises bancaires.

Le bilan de santé du secteur bancaire européen, que la BCE (Banque centrale européenne) s'apprête à effectuer, "renforcera la confiance du secteur privé dans la solidité des banques de la zone euro", a affirmé Mario Draghi, le 23 octobre, à l'occasion de la présentation de la méthodologie de ce "check-up."

Le président de la BCE semble très sûr de son fait. Trop, peut-être. Il est vrai que la BCE a sorti l'artillerie lourde, pour mener à bien sa revue de la qualité des bilans des 128 banques qui se trouveront sous sa supervision unique à partir de novembre 2014, dans le cadre du projet d'union bancaire européenne.

 Dès le mois prochain, et jusqu'en octobre 2014, l'institution francfortoise passera au tamis l'actif et le passif de ces établissements, qui représentent 85% des actifs bancaires de la zone euro. Et parmi lesquels figurent treize banques françaises, dont BNP Paribas, la Société générale, le Crédit agricole, le groupe BPCE, la Banque Postale, le Crédit Mutuel, mais également Bpifrance - la Banque publique d'investissement -, ainsi que Banque PSA Finance et RCI Banque, les filiales de crédit des constructeurs automobiles PSA et Renault.

 Les prêts nantis d'arriérés de plus de 90 jours assimilés à des créances douteuses

 Liquidités, sources de financement, effet de levier (endettement)… La BCE va passer au peigne fin tous les risques susceptibles de peser sur les banques. Elle assure ne rien vouloir laisser au hasard non plus concernant leurs portefeuilles d'investissement - notamment leur exposition aux dettes souveraines - et leurs engagements auprès des ménages et des entreprises.

 Au sujet des crédits, justement, la BCE utilisera un critère particulièrement sévère, puisqu'elle considèrera les prêts nantis d'arriérés de plus de 90 jours comme des créances douteuses. Voilà qui pourrait faire mal aux banques espagnoles, italiennes et portugaises, qui font déjà face à un cumul de 250 milliards d'euros de pertes potentielles sur des prêts aux entreprises, selon le Fonds monétaire international (FMI). Et que dire des banques slovènes, dont les créances douteuses s'élèvent à près de 8 milliards d'euros, au total, soit 22,5% du produit intérieur brut du pays !

 Les banques devront afficher un ratio de solvabilité de 8%

 Stricte, la BCE l'est également au chapitre de la solvabilité, les 128 banques en question devant afficher un ratio de fonds propres durs de 8% au moins. Et cette exigence pourrait se durcir lorsque l'établissement de Francfort soumettra les banques à des « stress tests » en 2014, afin d'éprouver leur capacité de résistance à d'importants chocs économiques et financiers, a-t-il prévenu.

Certes, le ratio de solvabilité aurait pu être plus élevé encore, au niveau de la future règlementation internationale de Bâle III, par exemple, qui fixe un seuil de 9,5%. Mais, d'ores et déjà, cinq à dix banques risquent d'échouer à l'examen de santé mené par la BCE, et de devoir lever au total 50 milliards d'euros, préviennent les analystes de Morgan Stanley.

 La dernière chance de réconcilier les investisseurs avec les banques européennes

 Si la BCE promet d'être aussi pointilleuse dans son état des lieux des 128 banques bientôt sous son autorité, c'est parce qu'après la crise des dettes souveraines dans la zone euro, il s'agit là « de la troisième et de la dernière chance de restaurer la confiance (des investisseurs dans le secteur bancaire européen) », a récemment averti Jörg Asmussen, membre du directoire de l'institution de Francfort.

 La troisième et dernière chance, parce que les deux séries d'évaluation de la solidité des banques, menées ces dernières années par l'Autorité bancaire européenne (ABE), avaient très largement sous-estimé l'exposition des banques irlandaises et espagnoles, notamment, à un marché immobilier en chute libre, lequel les a entraînées, ainsi que leurs pays respectifs, dans une crise profonde.

 Toujours pas d'accord sur le mécanisme de résolution unique

 Le hic, c'est que le souci de la BCE de faire toute la lumière sur les bilans des banques européennes risque de se retourner contre ces dernières. Car à quoi sert de dévoiler des failles si l'on n'a pas les moyens de les combler, sinon à renforcer la défiance des investisseurs à l'égard du secteur bancaire européen ? Des investisseurs qui ont d'ailleurs sanctionné les cours de Bourse des banques de la zone euro par une baisse de 2%, en moyenne, mercredi, en séance.

 Il faut dire que la BCE ne dispose pas - en tout cas, pas encore - d'un traitement à administrer aux banques malades, les ministres des Finances de l'Union européenne n'étant toujours pas parvenus à s'entendre sur le second pilier de l'union bancaire européenne (après la supervision unique). A savoir la création d'un mécanisme de résolution unique, chargé de renflouer ou de liquider les établissements en difficulté.

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Commentaires
a écrit le 24/10/2013 à 10:22 :
Rappeler que Lehman Brothers était, à l'époque de sa mise en faillite, très largement au-dessus des normes requises de solvabilité.

En clair, la solvabilité ne mesure pas du tout la stabilité d'une banque, mais plutôt la capacité des créanciers à recouvrer (avec le temps) leurs prêts en cas de faillite.
a écrit le 24/10/2013 à 9:35 :
Personne n'aura accès aux résultats des audits qui seront classifiés,cela permettra de faire chanter les Etats récalcitrants une fois de plus.Enfin nous en France on craint rien ouf !
a écrit le 23/10/2013 à 19:40 :
Un ratio de solvabilité de HUIT %... J'ai failli m'évanouir. Faut arrêter de rêver, les gars. Une banque, son job, c'est de fournir du rêve de 20%.. 15% les bonnes années, 10%, c'est plus à la mode, 5 c'est déjà LE client "privilégié" qui bloque ses sous sur 30 ans, 2, c'est le péquin de base. Déjà. Là, on parle de FONDS PAS SALES. Soit, les dépôts des clients et, éventuellement, des oblig d'états qui ne sont pas sur-endettés. Soit, aucuns. Fallait pas les tuer, non plus. Une banque, mon gars, si elle a plus l'état qui l'alimente en la portant à bout de bras, elle... meurt. Car elle ne possède REELLEMENT rien. Les street-tests bancaires US ont d'ailleurs été pleins d'enseignements : aucune ne pouvait survivre. Et c'est normal : c'est uniquement de la dette recyclée. Du Madoff pur jus.
Réponse de le 23/10/2013 à 20:41 :
Abraham Lincoln : « On peut tromper une partie du monde tout le temps, et tout le monde une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps !». Pourquoi pas un changement de modèle ? Des réserves fractionnaires à la couverture intégrale des dépôts en 100 % monnaie. http://prosperite-et-partage.org/spip.php?article146
a écrit le 23/10/2013 à 18:41 :
''La régulation de la finance est actuellement le thème à la mode que journalistes, hommes politiques et économistes reprennent tous en coeur. Mais qu'en est-il réellement ? Pour le vérifier, une étude approfondie du cas américain s'impose et différents points sont à noter: La finance ne connait pas (en apparence) la crise. On le constate ici, les revenus de trading ont augmenté de 862,89% entre le 1er trimestre 2008 et le 1er trimestre 2009 grâce à la crise ! (réf.Chart's) Après une très légère décrue, ils reprennent leur courbe ascensionnelle au 1er trimestre 2013. Les fameux produits dérivés (les métastases du système) qui devaient être régulés continuent leur progression. Ils passent de 180 344 milliards de $ au 1er trimestre 2008 à 231 621 milliards de $ au 1er trimestre 2013, une progression de 28,43 %. Pire que tout, ils sont entre les mains de 4 banques. 4 banques US (page 18/40) concentrent donc 208 000 milliards de $ de produits dérivés alors que l?ensemble de ces produits représente 223 000 milliards de $. J.P Morgan par exemple totalise environ 70 287 milliards de $ de produits dérivés avec une exposition totale de 332,738 milliards de $ soit 218% de son capital. L'exposition aux risques n'a pas baissé de manière significative. Avec 1313 milliards de $ au 1er trimestre 2008 et 1040 milliards de $ au 1er trimestre 2013 la baisse est de 20,8% ce qui correspond exactement aux modifications comptables imposées après la crise, une information passée quasiment inaperçue et provenant pourtant de la Banque de France. L'europe s'alignait ainsi sur les règles comptables américaines. En effet, les organismes financiers fixent eux-mêmes la valeur comptable de leurs actifs, un bel exemple d'autorégulation. Quelle est la valeur de ce que mesurent les économistes ? Comme je l'ai déjà écrit, c'est Avinash D. Persaud, expert en finance, qui explique le mieux le problème de la régulation et désigne celui qui régulera in fine dans la Revue de la stabilité financière (N° 17. Avril 2013) de la Banque de France : Il n'est pas étonnant que certains d'entre eux prônent ou souscrivent à l'idée que tout devrait se dérouler sur un marché organisé, ou du moins que toutes les transactions devraient passer par des chambres de compensation dont, en général, les marchés organisés sont aussi les propriétaires.» La régulation de la finance nécessite en effet que l'on finance la régulation et la boucle est bouclée '' http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs/finance-u-s-quelle-regulation/










a écrit le 23/10/2013 à 18:24 :
Un vrai test ????? Avec un cabinet américain ?? Ça sent pas la transparence ce sera encore de la COM souvenez vous DEXIA
a écrit le 23/10/2013 à 17:44 :
Génial!

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