Le "shadow banking" au secours des PME françaises

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Au-delà de la Bourse et du capital-investissement, il existe une catégorie d’acteurs susceptibles de prendre le relais des banques, dans le financement du développement des PME. Des acteurs regroupés au sein de l’appellation shadow banking. REUTERS.
Au-delà de la Bourse et du capital-investissement, il existe une catégorie d’acteurs susceptibles de prendre le relais des banques, dans le financement du développement des PME. Des acteurs regroupés au sein de l’appellation "shadow banking". REUTERS. (Crédits : Reuters)
Profitant du mouvement de désintermédiation du financement de l’économie, les sociétés de gestion multiplient les créations de fonds de dette d’entreprise. Dernier exemple en date : Avenir PME Obligations, lancé par Twenty First Capital.

Le problème du financement des PME françaises est bien réel. Alors que 70% des dirigeants d'entreprises petites et moyennes éprouvent des besoins de financement, les trois quarts d'entre eux constatent un durcissement de leurs relations avec leurs banques, selon le dernier baromètre KPMG/CGPME, publié le 10 octobre.

 Des banques qui représentaient jusqu'à présent 92% des ressources financières des PME et des ETI (entreprises de taille intermédiaire), mais qui, du fait notamment de la future réglementation de Bâle III relative au renforcement de leurs fonds propres, pourront plus difficilement assumer leur rôle de financeur de l'économie réelle, dans les prochaines années.

 "Les banques ne sortent pas massivement du crédit bancaire, elles sont toujours là pour les problèmes de trésorerie des PME, mais elles financent beaucoup moins qu'avant le développement de ces dernières, leurs opérations de croissance externe notamment",

précise Camille Barbier, directeur des gestions au sein du fonds d'investissement Twenty First Capital.

 Les besoins de financement des PME et des ETI s'élèvent à 11 milliards par an

Qui, alors, pour prendre la relève des banques, dans le cadre de ce mouvement de désintermédiation du financement de l'économie ? Le capital-investissement, qui pèse 7% dans le financement des PME ? Certainement pas, il est à sec : au premier semestre, les fonds français de private equity ont levé 3,6 milliards d'euros seulement, alors que les besoins des PME et des ETI flirtent avec les 11 milliards, bon an, mal an.

 La Bourse, qui représente 1% dans le financement des PME françaises ? Certes, le gouvernement ne ménage pas ses efforts à ce sujet, avec la création de la Bourse des PME et du PEA PME. Mais encore faut-il que les épargnants se laissent convaincre. Ce qui n'est pas gagné, à en juger par le sondage publié le 22 octobre par Opinionway : 78% des personnes interrogées estiment qu'un placement en actions est d'abord risqué, avant d'être lucratif (44%) ou citoyen (18%).

 L'encours de l'assurance-vie est investi à hauteur de 1,5% seulement dans le non-coté

 Heureusement, il existe une autre catégorie d'acteurs susceptibles de prendre le relais des banques, dans le financement du développement des PME. Des acteurs regroupés au sein de l'appellation "shadow banking" ou "finance de l'ombre." Pas nécessairement parce qu'ils évoluent en dehors de toute règlementation,  mais parce qu'ils s'aventurent sur le terrain du prêt aux PME sans être soumis aux règles des banques pour la simple raison qu'ils ne sont pas des établissements de crédit

 C'est le cas, en particulier, des assureurs, que la modification du Code des assurances, intervenue le 7 août dernier, autorise désormais à investir en direct dans de la dette d'entreprise. Une évolution réglementaire d'autant plus appréciable que, dans le contexte actuel de taux très bas, les assureurs recherchent désespérément du rendement pour les milliards d'euros qu'ils brassent, à commencer par ceux de l'assurance-vie, dont l'encours dépasse les 1.400 milliards d'euros. Une somme pour l'heure investie à hauteur de 1,5% seulement dans le non coté, regrette Camille Barbier.

 A la frontière du capital-investissement et du crédit bancaire 

 Faire se rejoindre les intérêts des PME et ceux des assureurs et autres mutuelles, l'opportunité n'a pas échappé aux sociétés de gestion. Dans le sillage de ses concurrents Tikehau et Acofi, Twenty First Capital vient de lancer Avenir PME Obligations, un fonds de dette de 67 millions d'euros, qui permet aux assureurs et autres investisseurs institutionnels ayant souscrit à ce véhicule d'investir dans des obligations de PME non cotées, afin de les aider à financer leurs projets de croissance.

"Nous sommes à la frontière du capital-investissement et du crédit bancaire", estime Stanislas Bernard, président de Twenty First Capital. Un modèle qui n'est pas sans rappeler celui de Novo, le premier fonds de prêts à l'économie lancé par le gouvernement, l'été dernier. Quelque 17 assureurs participent à ce fonds obligataire, qui investira 1 milliard d'euros au total dans 30 à 40 PME de croissance et entreprises familiales non cotées.

 Un fonds qui cible les PME réalisant moins de 50 millions de chiffre d'affaires

 "Le projet Novo constitue une initiative intéressante mais il s'adresse surtout aux ETI", nuance Sébastien Grasset, directeur général de Twenty First Capital. Et d'insister : "Avenir PME Obligations cible les véritables PME, celles qui font moins de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires."

 Et qui sont rentables, à l'image d'Acebi, dont l'émission d'obligataire de 864.000 euros, destinée à financer la transmission de cette PME nantaise spécialisée dans la construction navale à l'un de ses cadres, a constitué la toute première opération d'Avenir PME Obligations, en avril dernier. Le fonds s'est fixé pour objectif une quarantaine d'émissions obligataires. Avis aux amateurs.

 

 

 

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