L'Onu aimerait bien faire rimer éthique et finance

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Le rapport Cohen-Rocque s'efforce de proposer des solutions concrètes et facilement applicables, afin de prévenir les dysfonctionnements éthiques dans le secteur financier. REUTERS.
Le rapport Cohen-Rocque s'efforce de proposer des solutions concrètes et facilement applicables, afin de prévenir les dysfonctionnements éthiques dans le secteur financier. REUTERS. (Crédits : Reuters)
Un rapport sur l’éthique et la finance sera remis par deux Français aux Nations unies, en juin. L’objectif : faire en sorte que les Objectifs du millénaire pour le développement, fixés en 2000 par l’Onu, ne soient plus freinés par les dérives de la finance.

L'éthique dans la finance - vaste sujet s'il en est - sera au menu des réflexions des Nations unies, le mois prochain. C'est en effet en juin que le philosophe Arthur Cohen - spécialisé dans l'étude des liens entre méthode et morale, en particulier dans le secteur financier - et le fonctionnaire Emmanuel Rocque remettront à l'Onu un rapport intitulé "Ethique et Finance-Recherches de solutions pratiques pour l'assainissement des comportements financiers et la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement."

Cet ouvrage est le fruit de trois années de travail menées en collaboration avec nombre d'universitaires, de chercheurs, d'historiens, de sociologues, d'économistes. Et, bien sûr, de professionnels de la finance comme Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean Peyrelevade, ex-patron du Crédit Lyonnais, ou encore Jacques de Larosière, qui fut gouverneur de la Banque de France et directeur général du Fonds monétaire international (FMI).

 Des dérives financières qui compromettent les Objectifs du millénaire

Pourquoi ce rapport, et pourquoi le destiner spécifiquement aux Nations unies ? La réponse se trouve dans son titre. En 2000, sept ans avant l'éclatement de la crise des "subprimes" (crédits hypothécaires américains risqués) et huit ans avant la faillite de la banque Lehman Brothers - deux événements qui avaient plongé le monde dans la plus grave crise financière et économique depuis la Grande Dépression -, les Etats membres des Nations Unies avaient adopté les Objectifs du millénaire pour le développement. Au nombre de huit, ces derniers visent notamment à réduire la pauvreté extrême et la faim dans le monde, à délivrer à tous un minimum d'éducation, à promouvoir l'égalité des sexes, le développement durable pour préserver l'environnement, etc.

Mais la crise financière de 2007/2008 est passée par là et, en juin 2012, la Banque mondiale alertait sur le risque de voir la réalisation des Objectifs du millénaire compromise par les perturbations observées sur les marchés financiers. La même année, Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, ne disait pas autre chose, en soulignant que "la crise économique mondiale qui se prolonge a commencé à faire sentir ses effets sur la coopération internationale pour le développement." En écho à Ban Ki-moon, d'autres dignitaires onusiens avaient ensuite appelé la société civile à se joindre aux Nations Unies pour tenter de mener à bien ces fameux Objectifs du millénaire, malgré les obstacles liés aux dérives de la finance.

 La finance éthique, un terme galvaudé

 "Le présent rapport n'a pas d'autre objectif que de répondre à cet appel aux forces de la société civile internationale", expliquent Arthur Cohen et Emmanuel Rocque. Et ce, en s'efforçant d'abord de donner une définition précise de l'éthique financière, à l'heure où tant de fonds d'investissement, de banques et autres acteurs de la finance se targuent d'être éthiques "qu'on ne sait même plus ce que ce mot revêt de contenu, tant il est galvaudé", dénonce Danielle Cohen-Levinas, philosophe et professeur à La Sorbonne.

Dans un second temps, les auteurs tentent de proposer des solutions concrètes et facilement applicables, afin de prévenir les dysfonctionnements éthiques dans le secteur financier et, partant, réduire les risques opérationnels et systémiques qui pourraient en découler. L'objectif final étant de restaurer la confiance de l'opinion publique dans la finance, mais également la confiance entre les différents acteurs financiers, afin que le système puisse jouer efficacement son rôle de financement de l'économie.

 Le respect et la responsabilité, fondements de l'éthique

L'éthique dans la finance, qu'est-ce donc, selon Cohen et Rocque ? Certainement pas de la morale, celle-ci correspondant à un ensemble de "normes idéologiques reconnues par une communauté donnée", alors que "l'éthique puise son fondement dans la rationalité (et) a une vocation universelle." Pour les deux auteurs du rapport, l'éthique n'est pas non plus synonyme de déontologie professionnelle car elle ne saurait se réduire "à quelques consignes spécifiques." Enfin, l'éthique ne se résume pas non plus aux nombreuses règlementations mises en place dans le secteur financier depuis la crise de 2007/2008, car aucune n'est véritablement internationale, estime le rapport.

 A cet égard, de par son caractère universel, l'éthique est complémentaire de la règlementation, estiment Arthur Cohen et Emmanuel Rocque. Qui définissent donc la finance éthique "comme l'ensemble des pratiques financières accomplies par un ou plusieurs acteurs qui s'astreignent à se conformer à des principes et à des procédures garantissant que tous les autres acteurs concernés soient traités équitablement, avec respect et responsabilité."

 Un accès égal de tous les traders à une même information

 Ainsi, le rapport préconise par exemple d'instaurer dans les salles de marché des procédures assurant que tous les traders ont un accès égal à une information donnée. En effet, "il arrive fréquemment que les traders travaillant pour les clients de la banque ne reçoivent une information qu'après ceux opérant pour le compte de la banque", soulignent les auteurs. Ce qui crée une distorsion de concurrence entre l'institution financière et ses clients, au détriment de ces derniers.

 "Pire, parfois, l'information fournie au trader maison n'est pas la même que celle donnée au trader travaillant pour des clients, l'institution bancaire cherchant alors à inciter ses clients à acheter un produit dont elle-même souhaite se défaire",

insistent Arthur Cohen et Emmanuel Rocque.

 Une meilleure éducation financière des clients par les banquiers

 Toujours dans le domaine des salles de marché, les deux hommes déplorent "un individualisme exacerbé des traders, en rivalité constante" les uns avec les autres, chacun travaillant avant tout pour son propre compte d'exploitation. Ce qui, estiment-ils, n'est bon ni pour le client, ni pour la banque ou le marché. Ils plaident donc pour la mise en place d'un management d'équipe, lequel pourrait passer par la mutualisation d'une partie des comptes d'exploitation de l'ensemble des traders d'une même équipe. Ainsi que pour l'instauration d'un système de tutorat permettant à chaque trader d'être placé sous l'égide d'un confrère plus expérimenté, lequel lui inculquerait les valeurs de la maison.

 Les activités de marché ne sont pas les seules concernées par la problématique de l'éthique. Ainsi, dans le secteur de la banque de détail, le rapport Cohen-Rocque recommande, entre autres, que soit bien précisé au client le type d'emprunt qu'il contracte, afin que celui-ci ne s'engage pas aveuglément dans la spirale du surendettement. Les auteurs prônent également une meilleure éducation financière des consommateurs par les banquiers eux-mêmes, via des séminaires d'information ou dans le cadre d'entretiens entre conseillers bancaires et clients. Autant de vœux pieux ?

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Commentaires
a écrit le 10/05/2014 à 10:34 :
Où pourrais je lire le rapport? Comment savoir si une banque adhère à ce code éthique?
a écrit le 06/05/2014 à 0:25 :
Le banquier reçoit un client pour lui vendre un produit maison qui rapporte au banquier, plus rarement au client. Ce n'est pas un éducateur bénévole.
a écrit le 05/05/2014 à 0:01 :
Et pourquoi pas? Si des nombreux domaines, comme par exemple la médecine ou le droit, doivent répondre a des normes éthiques, pourquoi pas la finance?!
a écrit le 04/05/2014 à 18:26 :
Ils avaient vraiment envie de nous faire rire. Raté.
a écrit le 04/05/2014 à 10:13 :
Ce ne sont pas des vœux pieux. Pour preuve la fédération bancaire française lance de nombreux projets qui suivent le rapport (cf sites de la fbf)
Réponse de le 05/05/2014 à 12:36 :
Bonjour,

Votre commentaire m'intrigue. Verriez-vous un inconvénient à m'en dire plus ? Merci beaucoup.
a écrit le 04/05/2014 à 2:56 :
C'est un peu comme vouloir éradiquer le plus vieux métier du monde :-) Bon, tout le monde va être d'accord sur le papier pour sauver la veuve et l'orphelin je suppose, mais comme pour la paquebot coréen, ce sera sauve qui peut le jour de l'accident :-) Vouloir changer la nature humaine relève de la gageure :-)
a écrit le 03/05/2014 à 18:12 :
Tiens ils se réveillent , ca doit aller plus mal , que ce que nous croyons .....
a écrit le 03/05/2014 à 13:53 :
INCOMPATIBLES ! point!!!
a écrit le 03/05/2014 à 11:14 :
La gauche envoie une cinquième colonne ... chez le machin Onusien ...avec comme stratégie de culpabiliser l'autre.....! pour mieux le soumettre à l'impôts et lui vider les poches pour son bien ...?
a écrit le 02/05/2014 à 19:31 :
Elucubrations farfelues ou enfumage cynique à la solde de quels comédiens ?
a écrit le 02/05/2014 à 17:54 :
Doux rêve ... Dans le monde dans lequel on vit !!!
Réponse de le 03/05/2014 à 13:54 :
ah!ah! l'ONU se fout carrément de nous !

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