BNP Paribas sauve ses finances. Quant à sa réputation...

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L'agence de notation Moody's a abaissé sa perspective sur la note de solvabilité de BNP Paribas, risque de réputation oblige. REUTERS.
L'agence de notation Moody's a abaissé sa perspective sur la note de solvabilité de BNP Paribas, risque de réputation oblige. REUTERS. (Crédits : reuters.com)
La banque affirme être suffisamment solide pour encaisser le choc d’une amende record de 8,9 milliards de dollars. Mais son plaider-coupable aux Etats-Unis lui fait courir un risque de réputation.

Opération déminage chez BNP Paribas. Ce mardi 1er juillet, à 8 heures, soit pile une heure avant l'ouverture de la Bourse de Paris, Jean-Laurent Bonnafé - directeur général de la première banque française - a tenu une conférence téléphonique, afin d'expliquer aux analystes financiers que les sanctions prononcées la veille au soir par la justice américaine à l'encontre de BNP Paribas ne mettaient nullement en péril les finances du groupe.

Pourtant, le ministère américain de la Justice n'y est pas allé avec le dos de la cuillère, en infligeant à BNP Paribas une amende de 8,9 milliards de dollars (6,6 milliards d'euros), au titre de transactions en dollar réalisées avec des pays soumis à un embargo économique des Etats-Unis, à savoir l'Iran, Cuba et le Soudan.

Un ratio de solvabilité qui demeure supérieur aux exigences de Bâle III

 Non seulement ce montant de 8,9 milliards de dollars représente 16 mois de bénéfices pour BNP Paribas, sur la base des résultats de l'exercice 2013, mais il s'agit également de l'amende la plus lourde jamais infligée par les Etats-Unis à une banque étrangère. Reste que, compte tenu de la solidité financière de BNP Paribas, qui a engrangé près de 42 milliards d'euros de bénéfices au cours des sept dernières années, l'amende aura peu d'impact sur le ratio de solvabilité de la banque.

Très regardé par les analystes, ce ratio, qui rapporte les fonds propres dits "durs" aux crédits consentis, sera ramené à 10% au 30 juin 2014, contre 10,6% au 31 mars. Un seuil qui demeure en outre supérieur au minimum de 9% exigé par la nouvelle réglementation de Bâle III. Résultat, le directeur financier, Lars Machenil, exclut toute augmentation de capital dans l'immédiat.

 Les activités interdites un an représentent 1% des revenus de BNP Paribas

 Aussi, contrairement aux craintes des investisseurs, la banque pourra verser un dividende à ses actionnaires cette année, non pas de 2 euros par action comme attendu, mais de 1,5 euro tout de même, comme l'an dernier. Quant aux collaborateurs de BNP Paribas, ils n'ont pas à redouter de conséquences de l'amende sur leurs emplois ni même sur leurs rémunérations, a assuré Jean-Laurent Bonnafé. Qui a également a affirmé que les clients, de leur côté, ne subiraient pas de hausses des tarifs.

La banque a également indiqué que l'interdiction qui lui sera faite durant toute l'année 2015 de réaliser certaines opérations en dollar - portant principalement sur le financement du négoce de gaz et de pétrole - aura une portée limitée sur son activité. D'une part parce qu'elle ne représente que 1% du total de ses revenus, d'autre part parce que BNP Paribas fera appel à une banque tierce pour la suppléer auprès de ses clients, dans le cadre de ces opérations.

Le cours de Bourse a grimpé de plus de 4%, en séance

 Dès lundi soir, l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution - le gendarme du secteur bancaire français - avait publié un communiqué affirmant que BNP Paribas avait les reins suffisamment solides pour encaisser le choc des sanctions américaines. Une opinion partagée par les agences de notation financière Moody's et Fitch, qui ont toutes deux maintenu la note de solvabilité de BNP Paribas, à A1 pour la première et à A+ pour la seconde.

Rassurés, les investisseurs ont gratifié la banque d'une hausse de plus de 4% de son cours de Bourse, en séance. Il faut dire que l'action revient de loin : le titre avait perdu 19% depuis la mi-février, date à laquelle BNP Paribas avait rendu publics ses démêlés avec la justice des Etats-Unis.

 Un plaider-coupable "s'apparente à un casier judiciaire"

 Même pas mal ? Circulez, il n'y a rien à voir ? Pas si vite. Que les sanctions américaines ne mettent pas en danger la situation financière de BNP Paribas, c'est une chose. Que la banque sorte totalement indemne du cauchemar américain qui la hantait depuis des mois, c'est autre chose. En effet, pour éviter un procès à l'issue incertaine, BNP Paribas a plaidé coupable. De falsification de documents commerciaux et de collusion de long terme. Or, exception faite de Credit Suisse le mois dernier, BNP Paribas est la première banque à plaider coupable aux Etats-Unis depuis Drexel Burnham Lambert en...1989.

 Et pour cause : un plaider-coupable peut conduire le régulateur américain à retirer sa licence à une banque, signant du même coup son arrêt de mort, les Etats-Unis n'étant autres que le premier marché financier au monde. Certes, BNP Paribas gardera sa licence outre-Atlantique, mais la banque est désormais comme marquée au fer rouge : "cela s'apparente à un casier judiciaire, il peut donc y avoir un risque de réputation, notamment pour les clients qui ne connaîtraient pas bien la banque", souligne Eric Delannoy, vice-président du cabinet Weave, cité par l'AFP.

 Moody's abaisse sa perspective, risque de réputation oblige

 Ce risque de réputation est tout sauf anodin. La preuve avec Moody's qui, tout en maintenant la note de BNP Paribas pour le moment, a abaissé sa perspective sur la solidité financière du groupe, de stable à négative, jugeant que le plaider-coupable pouvait avoir un impact négatif sur la réputation de la banque et, partant, lui faire perdre des clients. De fait, certains fonds de pension et autres investisseurs institutionnels ne pourront plus traiter avec BNP Paribas, tout simplement parce que leurs chartes internes leur interdisent d'entretenir des relations commerciales avec des entreprises reconnues coupables de faits graves.

 Ce qui, selon le ministre américain de la justice Eric Holder, est le cas de BNP Paribas : la banque "s'est donné beaucoup de mal pour dissimuler des transactions prohibées, en effacer les traces et tromper les autorités américaines", des actes qui "représentent une violation grave de la loi américaine." Et puis, au-delà du risque de réputation, un plaider-coupable est la porte ouverte à de possibles demandes de dédommagements de la part de tiers. BNP Paribas n'a peut-être pas fini de tourner la page de ses déboires américains.

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Commentaires
a écrit le 02/07/2014 à 21:42 :
On ne peut plus considéré ce pays comme un ami, il faut sortir de l'OTAN , comme avait fait De Gaulle, on sera peut être plus respecté.Et un bon contrôle fiscal à toutes les multinationales américaines qui fraudent le fisc, on devrait en récupérer au moins le double...
a écrit le 02/07/2014 à 12:07 :
Et, bien entendu, aucune sanction pour les dirigeants : au dessus d'un certain niveau hiérarchique, on jouit d'une impunité totale, apparemment. Ah! la banque française, c'est bien la plus belle !
a écrit le 02/07/2014 à 8:56 :
C'est plutot la reputation des USA qui est en cause ETAT VOYOU.
a écrit le 02/07/2014 à 8:29 :
Il faut arrêter de frayer avec les us
a écrit le 02/07/2014 à 6:47 :
Tous ces groupes bancaires sont toujours a la limite car ils ne risquent rien. 7 milliards d'euros d'amende... Pas grave, pas de bénéfice pendant un an, on récupère de l'IS, le tour est joué, c'est le contribuable qui participe à cette gabegie.
Le seul vrai risque pour une banque c'est la NATIONALIATION et/ou la cission des activités dépôts/ investissement. Quand nos politiques auront du courage, peut être remettra t on ces boîtes au pas...
Réponse de le 02/07/2014 à 9:48 :
N'importe quoi! Nationaliser avec quel argent? Et pour quel résultat? On a vu les dégats avec le Crédit Lyonnais. Ce n'est pas le role de l'état de s'occuper de l'économie.
Réponse de le 02/07/2014 à 12:01 :
Le Crédit Lyonnais a été nationalisé par une bande de filous.
On aurait utilisé l'argent soit disant prêté par Sarkozy et Lagarde aux banques en 2008/2010 pour les racheter, il n'y aurait pas ce type de problèmes.
Et si l'état ne s'occupe pas de l'économie, c'est le laisser faire laisser aller, et ça amène à la situation américaine : un tiers de la population avec des bons alimentaire.
Bel exemple !!!
a écrit le 02/07/2014 à 6:09 :
On se demandera quand même à quoi servent les services de déontologie et de l'inspection générale de BNPPARIBAS ????
Réponse de le 02/07/2014 à 11:27 :
Tout à fait d'accord avec cette remarque mais quand on est issue de l'X et des Mines on est au dessus de ces considérations car le pouvoir leur appartient
Réponse de le 02/07/2014 à 21:44 :
Un commentaire de Bisounours, tu prends les américains pour des saints, ce sont des tueurs
a écrit le 01/07/2014 à 22:07 :
C'est sûr que la réputation de BNP sera plus affectée que celle de Goldman & Sachs et cie et leurs agences de notation qui ont escroqué le monde avec leurs sub primes super sûr (AAA) tout en construisant des logements bien réels aux US .... Cette affaire fait partie de la tentative de déstabilisation de l'europe par les US .... Ils se foutent de la gueule du monde comme avec leur guerre Irak où ils ont récupéré tous les juteux contrats pétroliers.
Tant qu'on aura pas une attitude comparable vis à vis de leurs intérêts (guerre économique), ils n'arrêteront pas et vont continuer à pratiquer l'extorsion sur les intérêts européens sous couvert d'une justice irréprochable ... L'état devrait le savoir ,il est très facile de piéger le contribuable en pondant des lois changeante et incompréhensibles ....
a écrit le 01/07/2014 à 22:00 :
Voilà un bon moyen de rétablir l'équilibre budgétaire, Messieurs et Mesdames les ministres... On vous attend ! Oserez-vous adopter pareille attitude à l'égard de nos chers amis américains ? Ou manquez-vous décidément d'imagination ?
a écrit le 01/07/2014 à 21:46 :
Je vois dans cette sanction plus un manque de charisme de notre politique internationale, c est une pratique que toutes les banques de places européennes ont certainement utilisées.
Difficile de croire qu une banque britannique ou allemande sera condamnée à quelle chose.
a écrit le 01/07/2014 à 20:52 :
Le plus beau dans l'histoire c'est que BNP Paribas aurait consulté plusieurs des cabinets d'avocat US pour vérifier qu'ils seraint bien dans la légalité. J'ai lu cette information sur internet, est-elle vraie ? N'oublions pas que si le traité transatlatique est réalisé, les affaires du style de la BNP Pribas se multiplierons pour le plus grand bénéfice des USA et à notre détriment.
a écrit le 01/07/2014 à 20:46 :
Il est vrai que d'avoir fait des transactions financières avec Cuba, l'Iran ou le Soudan sous embargo US est bien plus grave pour la réputation d'une banque que de falsifier les comptes budgétaires d'un pays comme l'a fait Goldman Sachs. Ah, le légalisme US, cela fait rêver tous les banquiers et avocats !
Si les dirigeants européens n'étaient pas les laquets de américains, ils auraient infliger une amende de 10-20 G€ à Goldman Sachs, cela aurait remboursé une partie des crénaciers européens de la Grèce.
a écrit le 01/07/2014 à 20:40 :
Pourquoi le CEO n'est pas forcé a démissionné?
a écrit le 01/07/2014 à 19:30 :
Qui est le prochain BANKSTER........
a écrit le 01/07/2014 à 19:20 :
on s'en tape de sa virginité !! de toutes façons elle sait très bien comment les récupérer , et plus si besoin ..
a écrit le 01/07/2014 à 17:47 :
Et depuis quand en France la réputation entachée d'une entreprise ou d'une personnalité dure-t-elle entachée plus longtemps que six mois ?
a écrit le 01/07/2014 à 17:37 :
Funniest title ever... GG

Sérieusement, les amis, sérieusement....
a écrit le 01/07/2014 à 17:34 :
Dans le monde de la finance et par extension dans la classe possédante qui s émeut d une mauvaise réputation . Même cela pourrait avoir l effet contraire.

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