L'usine de l'avenir se construit maintenant

La révolution numérique bouleverse tous les secteurs, y compris l'industrie. L'usine de demain sera plus souple, plus agile et plus connectée. La France se prépare pour réussir ce rendez-vous stratégique.
Une chaîne de soudure de carrosseries robotisée de l'usine Kia, à Zilina, à 200 km au nord de Bratislava, capitale de la Slovaquie.
Une chaîne de soudure de carrosseries robotisée de l'usine Kia, à Zilina, à 200 km au nord de Bratislava, capitale de la Slovaquie. (Crédits : DR)

L'usine n'avait pas subi pareil bouleversement depuis la révolution industrielle du XIXe siècle. La récente irruption des outils numériques est en train de modifier considérablement la production industrielle. Fabrication additive (impression 3D), cobotique (interaction entre un opérateur humain et un système robotique), logiciels de réalité virtuelle, dialogue entre machines (MtoM), Internet des objets : la liste de ces technologies émergentes est longue comme un bras robot articulé.

Cette évolution dite de la fabrication intelligente (smart manufacturing) a été l'objet de la première conférence du même nom, organisée le 28 novembre 2014 au palais des congrès de Versailles par l'établissement public Paris Saclay et le pôle de compétitivité Systematic.

Objectif de ce colloque : faire le point sur l'apport des technologies numériques aux processus industriels, et, par ricochet, tenter de donner du « glamour » à une usine qui en a bien besoin. En effet, les emplois industriels n'attirent plus les jeunes diplômés. D'après le palmarès des employeurs 2013 de Regionjob, seule Airbus fait partie du Top 15 des entreprises les plus attractives. Parallèlement, l'industrie pèse de moins en moins dans l'activité économique : entre 1980 et 2011, son poids au sein du PIB est passé de 24 à 12%.

Enfin, la France est un des pays développés qui possède le moins de robots industriels : 31 600 en 2014 selon l'IFR (International Federation of Robotics), soit 125 pour 10.000 salariés, contre 150 aux États-Unis, 282 en Allemagne et 437 en Corée du Sud. C'est pourquoi l'usine de l'avenir fait partie des 34 plans de la reconquête industrielle impulsés à la fin de 2013 par Arnaud Montebourg, alors ministre de l'Économie et du Redressement productif. Dans le cadre du programme d'investissements d'avenir, Bpifrance a annoncé en juin dernier qu'elle allait accorder 1,2 milliard d'euros de prêts « usine du futur » (jusqu'à 12 millions d'euros par entreprise).

Paris-Saclay : 15% de la recherche française

Selon Benjamin Gallezot, directeur général adjoint à la direction générale des entreprises du ministère de l'Économie, ce plan comporte trois volets : la mise en oeuvre de sites pilotes, avec 19 projets en cours dans lesquels « les pouvoirs publics s'impliqueront si nécessaire », un programme ambitieux de recherche et développement (R & D) et une amélioration des capacités de production des PME.

« Ce mariage de l'industrie et du numérique a trouvé un territoire naturel à Paris Saclay », selon Benjamin Gallezot.

Il est vrai que l'établissement public, fort de ses deux universités, dix grandes écoles et sept établissements de recherche, représente 15% de la recherche française, a rappelé son président Pierre Veltz.

Dans ce domaine stratégique de l'innovation, la compétition entre les grands pôles mondiaux fait rage. De la Silicon Valley californienne à la région de Boston avec Harvard et le MIT, en passant par Bangalore en Inde et Tsukuba à Tokyo, il faut absolument être identifié comme faisant partie du « circuit international des talents », selon Pierre Veltz, qui espère bien que les programmes autour de l'usine connectée aideront à placer Paris Saclay sur la carte.

Cette Industrie 4.0 - un concept allemand - est aussi un enjeu européen. Jean-Claude Juncker, nouveau président de la Commission européenne, veut faire passer le poids de l'industrie dans le PIB européen de moins de 16 % aujourd'hui à 20% d'ici à 2020. Et compte consacrer 2 milliards d'euros sur dix ans à la recherche sur ce thème.

Zeljko Pazin, directeur exécutif de l'EEFRA (European Factories of The Future Research Association), association chargée de nouer des partenariats public-privé (PPP) entre les entreprises et l'Union européenne, estime que « c'est à la fois beaucoup et peu : 75% des investissements en R&D sont privés ».

Des appels à projets sur six axes technologiques sont ouverts à destination des PME innovantes sur le portail de l'EEFRA (effra.eu) jusqu'au 4 février 2015, pour un budget global de 143 millions d'euros.

Une aide aux PME pour leur premier robot

Exemple de cette coopération entre public et privé : le programme Robot Start PME, conduit par le Cetim (Centre technique des industries mécaniques), le Symop (syndicat des entreprises de technologies de production) et l'institut CEA List qui a pour but d'aider 250 petites et moyennes entreprises à installer leur premier robot.

Jean Tournoux, délégué général du Symop, cite ainsi Pernoud, une PME de 100 personnes qui fabrique des moules pour l'industrie automobile. Une machine-outil usine les 150 à 250 pièces du moule et un robot les assemble. Ce robot travaille 24 h/24 grâce à une maintenance à distance. En cas de problème, un opérateur reçoit un SMS, se connecte via Internet sur la machine-outil munie d'une webcam, prend la main si nécessaire et peut remplacer l'outil, ou, s'il n'est plus disponible, changer la pièce en cours d'usinage.

Au premier rang des industriels concernés par cette fabrication intelligente, on trouve Dassault Systèmes, qui conçoit les programmes de modélisation numérique et de PLM (Product Lifecycle Management, gestion du cycle de vie des produits), et Fives Group, qui construit des usines pour l'industrie lourde et manufacturière. Le groupe lillois a créé dès 2010 l'Observatoire Fives des usines du futur, un groupe de réflexion qui organise des événements, comme le 17 décembre au Collège des Bernardins à Paris sur le thème de la place de l'homme dans l'usine.

Pour Michel Dancette, directeur de l'innovation de Fives Group, le plan 34 n'est rien moins « qu'une réflexion stratégique sur la nouvelle France industrielle : Comment allons-nous produire l'avion et le train de demain ? »

Chez Dassault Systemes, François Bichet, responsable de la stratégie technologique, annonce toujours plus de numérisation :

« Comme l'a prédit Michael Schrage du MIT, nous entrons dans l'ère de l'hypersimulation. Le numérique va libérer l'homme des tâches répétitives et fatigantes, pour qu'il puisse mettre ses fonctions cognitives au service de la qualité et de l'innovation. »

Une usine du futur à la fois ultranumérisée et mieux adaptée à l'humain : voeu pieux ou avenir probable ? Réponse dans les prochaines années.

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 31
à écrit le 02/01/2015 à 14:22
Signaler
on vous donnera un salaire ^pour acheter une voiture , car ce ne serons que des robots qui construirons les voitures il ni aura plus personnes dans ce genre d usine qui va travailler

à écrit le 02/01/2015 à 11:33
Signaler
Il etait temps ,la France est tellement en retard sur beaucoup d' elements qui concernent l'economie ,la productivite et ...l'exportation .

le 02/01/2015 à 16:36
Signaler
Peut-être mais nous sommes champions de la natalité en Europe !

le 06/01/2015 à 15:04
Signaler
Malheureusement on est champion dans le negatif .

à écrit le 02/01/2015 à 10:29
Signaler
Le secteur Francais de la machine outil/robotique , qui a toujours ete dfaiblard , a depuis longtemps ete rayé de la carte. cas unique en europe, meme l'espagne fait mieux, sans parler des italiens. Le groupe Schneider porte une lourde responsabili...

à écrit le 02/01/2015 à 10:02
Signaler
Quel ingénieur sain d'esprit aurait envie de vivre à Paris Saclay ? Moi, on me propose la Silicon Valley. Devinez ce que je vais choisir ?

le 02/01/2015 à 12:07
Signaler
On sait depuis longtemps que l'herbe est plus verte ailleurs. Râle à tout bout de champ est la caractéristique néfaste des Français.Positivez un peu.

le 02/01/2015 à 16:37
Signaler
Ben ça dépend de votre attachement à la France je dirais !

à écrit le 01/01/2015 à 21:51
Signaler
Ce qui un drame français, c'est que les gouvernements piètres gouvernements et aussi piètres Parlementaires UMP Nouveau Centre et Socialistes ont abandonné les industries de construction des machines industrielles, abandonné la construction automobil...

le 02/01/2015 à 10:21
Signaler
entièrement d'accord avec Dramatique mais il faut pousser l'analyse, de quoi parle-t'on? de la robotisation de nos usines ou bien de la construction d'un pôle robotique français ?, les 2 sont liés et d'où viennent les robots aujourd'hui? d'Allemagne,...

le 02/01/2015 à 12:49
Signaler
L'on ne peut rien attendre des plans "enfantins" que nos piètres élites croient avoir "inventé" durant ces 12 dernières années UMP PS UDI confondus dans le même sac poubelle pour stimuler la robotisation ; Il faut aussi souligne le mépris et l'arrog...

à écrit le 01/01/2015 à 21:50
Signaler
La réalité est que la part du travail humain décroît rapidement dans la valeur ajoutée et contrairement à ce que certains pensent, ce ne sont plus les cols bleus les plus menacés. Il va donc falloir repenser notre société fondée sur le salaire. Celui...

à écrit le 01/01/2015 à 17:39
Signaler
Sauf cas très exceptionnel, les pays développés n'auront plus que de très faibles taux de croissance pendant des décennies (au moins…). Comme il faudrait près de 2% de croissance pour créer des emplois nets, il ne faut plus y compter. . Les faible...

à écrit le 01/01/2015 à 17:10
Signaler
Même avec la meilleur volonté, avec les meilleures mesures, le chômage ne peut descendre chez nous très en dessous de 10% ; sauf à prendre des mesures drastiques : "sauter" le SMIC... Mais pour la tendance à moyen-terme, voir mon article (non publi...

à écrit le 01/01/2015 à 16:54
Signaler
Si c'est ça l'avenir des usines, c'est logique que les entreprises ne recrute pas... Mais si on ne travail plus on aura plus de salaire alors qui achètera ce que ces industries construisent? Les autres pays dit "riches" sont comme nous et les pays di...

à écrit le 01/01/2015 à 16:22
Signaler
On peut toujours dire que les machines détruisent les emplois. C'est logique. Mais c'est peut-être complètement faux : il faut bien constater que les deux pays en Europe qui ont le plus fort secteur industriel, et la plus forte proportion d'emplois...

le 01/01/2015 à 16:58
Signaler
Là où il y avait une centaine d'ouvrier, aujourd'hui c'est une machine dont l'entretien est confié à une ou deux personnes. Souvent ce service est même sous traité... Alors oui les machine servait à aider l'ouvrier mais les prochaine le supprime lui ...

le 01/01/2015 à 19:28
Signaler
Mieux vaut garder sur notre sol des usines robotisées, plutôt que de voir toutes nos industries être délocalisées. La robotisation nous aidera à conserver le peu que l'on peut sauver. De toute façon, on a tout fait pour améliorer les conditions d...

le 02/01/2015 à 0:00
Signaler
Vous avez raison, le fait qu'une part de plus en plus faible de masse salariale compose le prix des objets est une aubaine extraordinaire pour reindustrialiser la France. Il y aura de toute façon toujours de la logistique et des emplois supports inco...

à écrit le 01/01/2015 à 15:51
Signaler
Les jeunes les mieux formés ne se destinent pas à l'industrie car ils se rendent compte que c'est la finance qui prend le pas sur tout et qui paie mieux.Le financier est mieux rétribué que l'ingénieur.

le 01/01/2015 à 21:43
Signaler
La finance qui restera sera l'ingénierie financière donc générant des emplois d'ingénieurs. Les autres métiers (sales, CG, traders...) seront automatisés...

le 03/01/2015 à 9:51
Signaler
En effet le point important est la formation. Nombre d'ingenieurs travaillent dans la finance mais la tendance n'est pas encore critique. Le plus important est de maintenir un flot croissant d'ingenieurs qui sont les moteurs de la vraie croissance pa...

à écrit le 01/01/2015 à 12:30
Signaler
d'après Les Echos Data, l'industrie est passée de 31 à 19% du PIB entre 1980 et 2013 (et le rythme de désindustrialisation n'est pas vraiment moins rapide en Allemagne). cela fait une grosse différence avec les chiffres de Patrick ?!?

à écrit le 01/01/2015 à 11:55
Signaler
Le seul problème de la robotisation des usines est le chômage induit. A moins de revoir profondément le mode de distribution des richesses ou de taxer le capital le système ne peut que diverger. Bonne Année ;-)

le 01/01/2015 à 14:04
Signaler
Des lors que vous achetez des objets issus d'une production fortement automatisée et (important) si cet objet est vendu dans un marché en saine concurrence, vous le payez moins cher donc ce capital vous est immédiatement redistribué, a cela s'ajoute ...

le 01/01/2015 à 15:39
Signaler
pour accroître la concurrence dans tous les domaines marchands et combattre les cartels et autres abus de position dominante.

le 01/01/2015 à 15:59
Signaler
Je suis ingénieur automaticien depuis plus de 30 ans et je ne peux que vous donner raison.L'embauche industrielle se raréfie depuis longtemps au rythme de l'automatisation des processus, et l'embauche liée directement au secteur automatisation ne com...

le 01/01/2015 à 17:06
Signaler
Et la marmotte met le chocolat dans le papier.... Vieille théorie lénifiante qui est malheureusement mise en dafaut par la réalité quotidienne. La question résiduelle étant qui achète quand il n'y a plus de salaire? Voir commentaire de Tototiti....

le 01/01/2015 à 23:42
Signaler
Votre agressivité vous trahit, autrefois une majorité de gens vivaient de l'agriculture en France, aujourd'hui la part d'agriculteur dans les actifs est insignifiante. A t'on un chômage de plus de la moitié de la population pour autant ? que je sache...

le 02/01/2015 à 13:26
Signaler
Et qu'elle entreprise dans le futur allons nous voir se développer? Les cyber en Afrique, Chine... En France je ne vois pas...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.