Comment les financiers français tentent de retenir les belles start-up

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En Europe, 40% à 60% des tours de table de plus de 10 millions d'euros sont financés par des fonds américains.
En Europe, 40% à 60% des tours de table de plus de 10 millions d'euros sont financés par des fonds américains. (Crédits : Reuters)
La société de capital-risque Partech Ventures vient de lancer un fonds destiné à investir des tickets de 10 millions à 45 millions d’euros dans des start-up high-tech. L’objectif : aider à combler le déficit de financement qui existe en Europe sur le segment du capital-croissance, et qui impose aux jeunes pousses parvenues à une certaine maturité de se tourner vers des investisseurs anglo-saxons.

La problématique du financement des start-up françaises s'est déplacée. Il n'y a pas si longtemps, leur principale difficulté en la matière résidait dans la traversée de « la vallée de la mort », qui correspond à des besoins de financement compris entre 500.000 et 2 millions d'euros, lorsque les jeunes pousses sont déjà trop importantes pour se contenter du « love money » de leurs proches mais pas encore assez grandes pour intéresser les fonds de capital-risque.

Mais, avec la multiplication des fonds d'investissement créés par des « serial entrepreneurs » - comme Kima Ventures, le fonds de Xavier Niel, patron de Free -, le lancement d'initiatives publiques telles que l'avènement de Bpifrance (la Banque publique d'investissement) et l'assouplissement de la réglementation du crowdfunding, les start-up trouvent plus aisément qu'autrefois des capitaux pour financer les premières étapes de leur développement.

Les fonds américains trustent les tours de table

En revanche, « pour l'étage suivant de la chaîne de financement, à savoir les grosses levées de fonds, il est difficile d'imaginer des financeurs autres que des investisseurs étrangers, ce qui constitue un vrai sujet », avait déclaré Jean-David Chamboredon, président exécutif du fonds d'entrepreneur Isai, lors de la conférence annuelle du marché boursier organisée par Euronext, le 3 décembre. Si les fonds français de capital-risque boudent les financements compris entre 5 millions et 30 millions d'euros, c'est d'abord parce que cette catégorie d'investissement est particulièrement risquée, du fait de l'ampleur des capitaux nécessaires à l'internationalisation d'une start-up, à l'industrialisation de sa technologie ou encore à son déploiement sur de nouveaux segments de clientèle.

Et ensuite, parce que cela fait plusieurs années que le capital-risque n'a plus les moyens d'accompagner les jeunes pousses à ce stade de leur développement, ses ressources se raréfiant en raison de la désaffection des banques, des assureurs et des particuliers. Conséquence, les start-up françaises parvenues à un certain degré de maturité n'ont d'autre solution que de se tourner vers des investisseurs étrangers pour tenter de devenir des champions mondiaux dans leur secteur d'activité. « En Europe, 40% à 60% des tours de table supérieurs à 10 millions d'euros sont financés par des fonds américains », a confirmé Bruno Crémel, « general partner » de Partech Growth, à l'occasion du lancement de ce fonds dit de capital-croissance par la société de capital-risque Partech Ventures, le 26 janvier.

L'Europe a 10 à 15 ans de retard sur les Etats-Unis dans le capital-croissance

Doté de 200 millions d'euros à l'issue d'un premier « closing » souscrit par Bpifrance, les assureurs AG2R La Mondiale et CNP Assurances, mais également par les groupes Renault, Carrefour et Ingenico, Partech Growth investira chaque année des tickets de 10 millions à 45 millions d'euros dans trois à cinq start-up du secteur high-tech, essentiellement en Europe. A condition que celles-ci « réalisent déjà quelques dizaines de millions d'euros de chiffre d'affaires », précise Omri Benayoun, general partner chez Partech Growth. Le fonds a en effet pour objectif d'aider des start-up particulièrement prometteuses à accélérer leur développement, à devenir des leaders mondiaux dans leur activité, en leur apportant par exemple l'argent nécessaire au financement d'acquisitions à l'étranger.

Pour Bruno Crémel, il s'agit ainsi de remédier au « décalage qui existe en Europe entre la maturité de l'écosystème des entreprises high-tech et la maturité de l'écosystème financier. » Autrement dit, l'offre de financements n'a pas suivi l'accélération du développement des start-up high-tech européennes, un développement caractérisé ces dernières années par l'apparition de numéros un mondiaux en puissance comme Criteo, le spécialiste du ciblage publicitaire sur Internet, parti se faire coter sur le Nasdaq américain. « L'Europe a 10 ou 15 ans de retard sur les Etats-Unis sur cette thématique [du capital-croissance ; Ndlr]. Or il existe en Europe toute une génération de serial entrepreneurs dont les start-up arrivent aujourd'hui à une certaine maturité », renchérit Omri Benayoun.

Une prise de conscience générale

La prise de conscience de ce problème s'élargit, en France. Dès novembre 2013, Bpifrance avait lancé "Large Venture", un fonds de 500 millions d'euros destiné à investir des tickets de 10 millions à 50 millions dans des start-up innovantes issues des secteurs du numérique, de l'environnement et de la santé. « Large Venture », qui a par exemple investi dans Pixium Vision et Fermentalg, est aujourd'hui au capital de 70% des entreprises qui ont procédé à une introduction en Bourse de plus de 20 millions d'euros.
Quant à la profession du capital-risque (ou capital-innovation), elle s'organise pour être davantage en mesure d'accompagner des entreprises innovantes qui ont besoin de capitaux importants lors de derniers tours de table.

Résultat, sur le total de 378 millions d'euros investis par le capital-risque français dans des start-up au premier semestre 2014, 141 millions l'ont été sous forme de tickets de 5 millions à 15 millions, soit un montant plus de deux fois supérieur à celui du premier semestre 2013, d'après l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic). Quant aux tickets compris entre 15 millions et 30 millions, ils ont généré un total de 44 millions d'euros d'investissements, contre... zéro un an auparavant.

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Commentaires
a écrit le 30/01/2015 à 11:50 :
on peut créer une société en 2 heures à Londres .... 2 mois en France !
Réponse de le 30/01/2015 à 14:30 :
Il y a beaucoup de problèmes en France, inutile d'en inventer de nouveaux pour pouvoir faire votre intéressant.
Réponse de le 30/01/2015 à 19:08 :
j'ai plusieurs sociétés je sais ce qu'il en est !!!!!!!!!!!!! Jusqu'en 1998 les choses progressais.... mais après, c'est l'inverse qui est venu ! (constat rien de plus)
a écrit le 30/01/2015 à 11:46 :
un pays de start-down !
a écrit le 30/01/2015 à 11:40 :
Nous prenons le chemin de la Grèce ... on dirait !
a écrit le 30/01/2015 à 11:24 :
Valls, Macron, Mmes Pellerin et Lemaire à l'aideeeeeeee !
a écrit le 30/01/2015 à 9:48 :
Un proverbe allemand dit : "la dernière chemise n'a pas de poches".

A ceux qui critiquent la fiscalité et le droit du travail : votre vie doit être bien triste si l'argent est votre seule motivation, car en quittant ce monde, vous n'emporterez pas votre compte en banque.

Entreprendre, c'est aussi participer à une aventure collective, donner le meilleur de soi-même dans de multiples dimensions, etc, et ça, ça n'a pas de prix. Le plaisir que vous aurez trouvé à vivre ne s'achète pas.
Réponse de le 30/01/2015 à 10:18 :
@Proverbe : +1. Merci pour ce commentaire qui change un peu de la sinistrose démago de toutes ces pleureuses. A croire que la majorité des lecteurs de La Tribune ne sont bon qu'à se plaindre.
Réponse de le 30/01/2015 à 11:17 :
Gardez votre discours pour l'Etat car celui-ci n'a rien d'un bisounours comme vous, tout ce qu'il veut c'est du pognon, toujours plus de pognon... jusqu'au point de tuer ceux qui vont lui permettre d'en avoir.
Réponse de le 30/01/2015 à 17:36 :
N'importe quoi. On ne bosse pas 70 heures par semaine, on ne travaille pas 360 jours par an lors d'une création d'entreprise **juste** pour faire le beau. L'argent récompense le travail et le risque. Et avant d'aller dans la tombe, il y a plein de moyens d'en profiter. Déjà la communauté en profite gra^ce aux impôts payés, et ensuite plein d'idée: voyager en first, habiter dans une très belle maison, partir en vacances à Maurice en fin d'année, payer des écoles privés (sans propagande de gauche de la part des profs) à ses enfants, avoir une piscine chauffée, faire des fêtes avec ses amis, offrir de beaux cadeaux à toute sa famille, même lointaine, à Noel, offrir une croisière à ses vieux oncles et tantes, faire une grosse donation à une association qui scolarise les filles dans des pays musulmans, acheter un appartement à sa mère, offrir un ordinateur à son filleul, chauffer sa piscine, etc... L'argent est un excellent moyen d'avoir une vie plus agréable...
a écrit le 30/01/2015 à 9:40 :
entièrement d'accord avec ces deux commentaires , trop de papiers tue le papier et les arbres !!!! moins de technocrates formatés comme des robots ,et super rémunérés , s' ils étaient sur le terrain et non au chaud derrière leurs bureaux ,ils vivraient la réalité des gens qui ce "décarcassent" pour eux !!!!!!!
a écrit le 30/01/2015 à 8:13 :
Pourquoi la France a tant de retard ? Il suffit de regarder du côté de la fiscalité. Les socialistes ont décidé d'aligner les impôts du travail sur ceux des investissements risqués, niant (comme des benêts) le coût de la prise de risque. Ils ont depuis pris une ou 2 claques qui leur ont rappelé les réalités de l'entreprise (une grande inconnue pour eux...), mais dans tous les cas, l'impôt et les charges TUENT les véléités de ceux qui prennent les risquent. Au lieu de donner la légion d'honneur à des grattes-papier, des préfet et autres intermittents du spectacle, c'est aux chefs d'entreprise et aux investisseurs qu'elle devrait revenir en PRIORITE. En France on peut rêver !!! C'est l'ISF que tu gagnes quand par miracle les risques que tu as pris rapportent. Les investisseurs sont la chair à canon du fisc, c'est tout...
Réponse de le 30/01/2015 à 9:11 :
Analyse complètement erronée sur les responsabilités, en effet avec 15 ans de retard , ce sont tous les gouvernements précédents de droite . Qui n'ont rien fait et rien compris et c'est grâce à ce gouvernement qu'enfin tout cela bouge, Bravo au gouvernement VALLS.
Réponse de le 30/01/2015 à 17:30 :
C'est une blague j'espère... Avec un taux d'imposition à 45+4% = 49% + une CSG RDS à 15.5%, on atteint 64.5% d'imposition... Sur un aller/retour dans une strat up, c'est ça qu'on doit payer... Il n'y a pas de rémunération du risque. Les socialistes, après avoir insulté et mépriser les entrepreneurs se rendent aujourd'hui compte qu'ils ont besoin de ... leur argent, de leurs impôts et de leurs emplois. Mais les socialistes ne comprennent RIEN à l'entreprise, quasiment aucun n'a jamais bossé, ils vivent au crochet de l'état... Quand on prend des RISQUES, on doit en être financièrement récompensé.
Réponse de le 31/01/2015 à 18:06 :
"Quand on prend des RISQUES, on doit en être financièrement récompensé. " : Quand on travaille aussi... Ils sont combien à prendre des risques sur l'argent hérité de papa et maman? S'investir dans une boite n'est d'ailleurs pas sans risque : Elle peut être refourgué à un fiston idiot qui la coule en quelques années.
a écrit le 30/01/2015 à 8:09 :
en dehors des problemes de financement
la france n est pas adapté pour des entreprises qui se devellopent rapidement
notre usine a gaz du code du travail , toutes les lourdeurs bureaucratique prennent trop d énergie et il est preferable d aller ailleurs
kafka
Réponse de le 30/01/2015 à 17:31 :
Oui. Tout dirigeant de start up est un délinquant en sursis: pas plus de 48 heures de travail par semaine, pas plus de 12 heures d'affilée, pas de travail le dimanche... C'est ça le code du travail. Ceux qui ont travaillé dans des starts up apprécieront...

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