EXCLUSIF Baudouin Prot, patron de BNP Paribas, élu "stratège de l'année La Tribune"

Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas, a été désigné "stratège de l'année 2009" par les lecteurs de La Tribune. Ses réactions, sa vision, ses projets pour sa banque, son analyse sur la finance et l'économie.

7 mn

(Crédits : © 2009 Thomson Reuters)

La Tribune - Vous avez été désigné par les lecteurs de La Tribune stratège de l'année, notamment grâce au rachat de Fortis. Cette opération est-elle aussi gagnante que vous l'espériez ?

Baudouin Prot - Ce prix honore toutes les équipes de BNP Paribas, dont le professionnalisme et l'engagement sont exemplaires dans la mise en œuvre de notre stratégie. L'opération Fortis est très cohérente avec la politique menée depuis exactement dix ans par BNP Paribas : construire un grand acteur européen au service de tous nos clients. L'achat de Fortis n'a pas changé notre "business model", puisque nous réalisons toujours à peu près la moitié de nos revenus dans la banque de détail, un tiers dans la banque d'investissement et le solde dans tous les métiers de la gestion d'actifs. En revanche, nous n'avons pas cessé de nous européaniser, à travers notre développement organique et nos acquisitions. Désormais, nous avons la capacité de faire de la banque de détail sur quatre marchés domestiques en Europe (Italie, France, Belgique, Luxembourg). En dix ans, les effectifs du groupe ont plus que doublé et nous sommes passés de 36% à 69% de salariés hors de France.

 

- L'histoire n'est jamais finie... Quelle sera la prochaine étape ?

Dans la zone Europe-Méditerranée, en Turquie, dans les pays du Maghreb où nous venons de dépasser le chiffre de 5 millions de clients, nous avons l'ambition de nous développer fortement en banque de détail. Le groupe souhaite aussi accroître ses activités de banque de financement et d'investissement ainsi que de gestion d'actifs et de banque privée en Asie. Ceci dit, nous devons avant tout délivrer les synergies du plan d'intégration de Fortis, d'un montant de 900 millions d'euros. Cela concerne plus de mille projets et 4.000 personnes, il s'agit donc d'un travail intense. Il faut vraiment distinguer la réalisation juridique d'une acquisition et l'élaboration du projet industriel - c'était 2009 -, et la mise en oeuvre effective de l'intégration opérationnelle de Fortis.qui se fera en 2010 et 2011.

Enfin, après la crise financière, de nouvelles règles sont en cours d'élaboration à Bâle concernant les fonds propres et la liquidité des banques. Tant que nous n'en saurons pas plus, il serait clairement prématuré de nous lancer dans une quelconque opération. Or, ces règles seront connues fin 2010 pour une application fin 2012.

 

- Redoutez-vous un excès de zèle des régulateurs ?

- Je redoute en effet le risque d'une injonction contradictoire. D'un coté, on demande aux banques de financer l'économie, et nous y sommes déterminés. Mais de l'autre, les contraintes s'accumulent sur le système bancaire. Nous avons déjà largement tenu compte des enseignements de la crise : dans le cas de BNP Paribas, nous avons augmenté nos fonds propres en dix-huit mois de 40 à 60 milliards d'euros, et bien qu'ayant traversé la crise sans connaître aucun problème de liquidité, nous avons aussi fortement accru nos réserves dans ce domaine. Nous avons beaucoup réduit nos risques de marché et ramené notre ratio dépôt/crédits de 128% à 118%. Si le comité de Bâle place ses curseurs de liquidité et de solvabilité à des niveaux manifestement excessifs qui affectent fortement nos capacités opérationnelles, l'activité de crédit s'en ressentira dès l'an prochain. Or en Europe, les banques assurent 70% à 80% du financement des entreprises, contrairement aux Etats-Unis où ce rôle est dévolu aux marchés. Je comprends tout à fait la nécessité d'augmenter les exigences en capital sur les activités de marché, plus risquées. En revanche, un excès de zèle sur les activités de crédit classique aux entreprises et aux ménages serait très contre-productif pour l'économie. Ce qui est en cause, c'est vraiment le niveau de la croissance et de l'emploi en Europe continentale dans les prochaines années. Nous serons par ailleurs attentifs à ce que les règles s'appliquent pour tous, Européens et Américains, ce qui n'est pas acquis.

 

- Que répondez-vous à ceux qui reprochent aux banques françaises de ne pas bien jouer leur rôle dans leur financement ?

- Je crois pouvoir dire que malgré un contexte économique difficile, les banques françaises ont pleinement joué le jeu l'an dernier, et BNP Paribas notamment. Globalement, les crédits à l'économie française ont progressé de 1,8%. Ailleurs, c'est un recul : - 1,8% en Allemagne, - 4,2% en Espagne et - 7,3% au Royaume-Uni. Les encours en France ont progressé de 4,1% pour les ménages, avec un repli de -0,9% pour les entreprises, dû au fait que les grandes entreprises ont levé 64 milliards d'euros sur les marchés obligataires, contre 15 milliards seulement en 2008. Les financements accordés aux seules PME ont progressé de 2,5% l'an dernier. Chez BNP Paribas, nous avons accrû de 3,7% nos prêts à l'économie.

 

- Pourtant, l'image des banques est très dégradée...

- Les événements liés à la crise ont évidemment affecté de façon négative l'image institutionnelle des banques dans le monde entier. La restauration de cette image prendra du temps. Mais les banques françaises n'ont rien coûté au contribuable et lui ont même rapporté, à la différence des banques anglaises ou américaines qui doivent toujours des sommes colossales à leurs Etats. Ensuite, nous n'avons pas subi chez nous de véritable crise immobilière. Le système du crédit à l'habitat à taux fixe et l'attention portée au taux d'endettement des ménages font qu'il n'y a pas eu en France d'augmentation très forte du nombre d'emprunteurs ne pouvant rembourser leurs prêts. Tout ceci explique que le traumatisme soit probablement moins profond en France que dans d'autres pays. L'image individuelle de chaque banque auprès de ses clients à beaucoup mieux résisté que l'image collective. Avez-vous remarqué que, d'après la dernière étude commandée par la CGPME, neuf PME sur dix sont satisfaites de leur relation avec leur banque ? En plein cœur de la crise financière, il est compréhensible que l'opinion ait fait des amalgames. Mais aujourd'hui, les chiffres et les faits plaident pour nous : je n'aurai de cesse de répéter que la façon dont les banques françaises se sont comportées avant, pendant et après la crise les distingue très favorablement de ce qui s'est produit dans la plupart des autres pays, car derrière cette différence, il y a le travail et le mérite des 400.000 salariés de notre profession.

 

- Comment expliquez vous cela ?

- 66% des dirigeants de PME voient leur chargé d'affaires au moins une fois par mois et 27% au minimum une fois par semaine. En fait, les 40.000 agences bancaires et les 400.000 salariés du monde bancaire français entretiennent des relations denses et étroites avec l'ensemble du tissu économique et c'est cette relation là qui a bien résisté. Même si l'image médiatique et institutionnelle est dégradée, les banquiers continuent à faire du crédit et à servir leurs clients au quotidien.

 

- Les Etats ont volé au secours des banques. Ne pensez vous pas que les banques devraient maintenant renvoyer l'ascenseur ?

- En France, le plan de soutien a consisté en des aides temporaires qui ont été consenties à des conditions de marché et qui ont rapporté en 2009, 2,3 milliards d'euros d'intérêts à l'Etat. La réforme de la taxe professionnelle va leur coûter 150 millions d'euros supplémentaires chaque année et la taxe créée à l'occasion de l'installation de la nouvelle autorité prudentielle coûtera entre 100 et 150 millions d'euros par an. Or, les bénéfices des banques servent en premier lieu à renforcer leurs fonds propres et conditionnent donc leur aptitude à faire du crédit, qui est le fondement de leur utilité sociale. Amputer leurs résultats risque de restreindre leur capacité matérielle à financer l'économie : c'est pourquoi toute taxe supplémentaire pose un problème y compris en termes d'intérêt général.

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Commentaires 18
à écrit le 15/02/2010 à 20:16
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Cet homme a une réflexion "humaniste" sur son métier doublée d'une compétence indéniable et d'une grande lucidité. Qu'il soit distingué et reconnu au sein de la finance est une bonne chose en ces temps troublés et inconstants.

à écrit le 15/02/2010 à 2:02
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@ everglade65 : Si j etais ton responsable d agence, je t attaquerais sur le champ pour difamation (au moins cette fois tu saurais pourquoi les flics t embarquent).quel manque de tacte!

à écrit le 12/02/2010 à 9:13
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Cette décision es ne bonne chose mais car il ya un mais, n'arrive t elle pas trop tard pour des milliers d'entreprises deja au TC et qui ne pourront pas bénéfier de ces crédit par manque de trésorerie. Maintenant il faut voir dans les faits, soyons p...

à écrit le 12/02/2010 à 7:24
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Merci à fiolou de ce pertinent commentaire, certaines personnes se trompent de débat et pertubent l'espace public de leur commentaires remplis de venin inutile.

à écrit le 11/02/2010 à 20:11
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Ce qui est regrettable c'est l'étroitesse d'esprit et d'analyse de certains bloggers et surtout de méchanceté. Jeter à vindicte populaire le nom d'une responsable d'agence est grave, car elle ne peut se défendre et peut-être a-t-elle aussi l'agress...

à écrit le 11/02/2010 à 16:53
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Ce monsieur Baudouin Prot ne doit pas s'avoir lire , en particulier le rapport de la cour des comptes, le surendettement ne vient il pas des banques et de leurs filiales avec leurs credits revolving ??????? 200000 foyers touchés cette année par ces...

à écrit le 11/02/2010 à 16:44
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Il faut remettre les banques et banquiers à leur place : des fournisseurs de services banquaires. seulement ça ! La stratégie n'est pas de leur ressort mais de celui des entreprise et de leurs dirigeants. Donc nommer un simple banquier "grand s...

à écrit le 11/02/2010 à 15:56
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Félicitations et remerciements à Mr. Prot, que j'ai eu le privilège de rencontrer, en Belgique notamment, pour la franchise de ses propos et la finesse de ses analyses. "Franchise, clarté et vérité " devraient toujours être le moteur éthique du mond...

à écrit le 11/02/2010 à 14:39
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la réalité c'est que les banques n'ont pas compris la leçon... et donner l'illusion qu'elles peuvent s'auto contrôler c'est irresponsable . Le probleme de fond est le suivant, lorsque les financiers, les hedge funds font des profits, et bien ils les ...

à écrit le 11/02/2010 à 14:01
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et les actionnaires de bnp paribas, que diront-ils le jour ou ils seront spoliés de la même manière que ceux de Fortis, Monsieur Prout

à écrit le 11/02/2010 à 13:59
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Séparer la banque de dépçot de la banque casino voilà la première des choses à faire . Ensuite interdire aux banques d'acheter des banques étrangères fumeuses comme vient de le faire le CA en Grèce où il s'est fait plumer alors que son président se ...

à écrit le 11/02/2010 à 13:05
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BRAVO à BNPParibas et à ses Managers. Enfin une banque sérieuse qui annonce ce qu'elle dit et dit ce qu'elle fait! La transparence complète. Et tant mieux qu'elle réalise des profits mérités.

à écrit le 11/02/2010 à 11:49
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c'est un vrai problème, il y a trop d'agences bancaires, TROP DE PETITS VRAIS FAUX CHEFS d'AGENCES, des INCULTES, des MAL EDUQéS, des MAUVAISES FOI, des TRICHEURS, des CARIERISTES, de VRAIS FAUX CONSEILLERS FINANCIERS qui nesont in finé quedes VENDEU...

à écrit le 11/02/2010 à 10:51
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BNP, La Banque d'un Monde qui ne change pas...

à écrit le 11/02/2010 à 9:04
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Bonjour, Monsieur Prot parle de professionnalisme des équipes BNP, je crois qu'il devrait se pencher un peu plus sur la manière dont certaines chefs d'Agence (Mme Chevalier Agence Monceau, rue de Chazelle dans le 17è à Paris pour ne pas la citer) tr...

à écrit le 11/02/2010 à 8:20
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Bravo!

à écrit le 11/02/2010 à 8:02
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C'est clair, net et sans ambages. Le banquier "du coin de la rue" notre voisin a continué à faire de la Banque et la Finance incarnée par les traders et les spéculateurs ne sont pas sur cette planête là ...

à écrit le 11/02/2010 à 7:46
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Ce grand stratège s'auto-supprime ses stock-options en 2010 ? Mais c'est une honte, quelle récompense se donne-t-il pour faire mieux en 2010 qu'en 2009 ?

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