"C'est un avantage compétitif d'être un banquier mutualiste, plus encore qu'avant la crise"

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Dominique Lefebvre dresse un un premier bilan, un an après son élection comme président de la Fédération Nationale du Crédit Agricole. Il réaffirme les valeurs mutualistes du groupe bancaire, son ancrage dans l'économie réelle et sa volonté de rester à l'écart de la spéculation.

La Tribune : Quel bilan dressez vous de votre mandat presque un an jour pour jour après votre élection à la présidence de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA) ?

Dominique Lefebvre : J'ai été surpris par le contenu du travail. Je l'imaginais de manière complètement différente. C'est un travail de représentation et de lobbying très intéressant. Mon arrivée en 2010 a coïncidé avec la mise en place de nouvelles équipes et du projet de groupe dont nous sommes aujourd'hui en train d'écrire les phases opérationnelles. L'une de mes missions est de veiller à la construction d'une vision commune au Groupe.

Mesurerez-vous la réussite de ce plan à l'aune de la satisfaction des clients ?

Nous mesurions déjà la satisfaction des clients. Ce qui est novateur c'est notre volonté de mettre en place un baromètre standardisé doté de multiples critères plus qualitatifs sur la satisfaction mais aussi sur l'insatisfaction des clients. Piloté par la Fédération et Crédit Agricole SA, ce baromètre sera présenté en septembre aux caisses régionales pour une mise en ?uvre prévue en 2012. Notre objectif est d'obtenir du tangible, pas de la poudre aux yeux.

L'un de vos objectifs est d'augmenter la part des sociétaires parmi vos clients. Quelle est cette part actuellement ?

Près de 30% de nos clients sont sociétaires. Nous ne pourrons pas doubler cette proportion en deux ans. Mais nous progressons. La situation est bien sûr différente selon les caisses régionales. Celle que je préside par exemple, le Crédit Agricole Val de France, compte 400 000 clients. Parmi eux les sociétaires étaient 100 000, ils sont passés en deux ans à 113 000. Pour être sociétaire, il faut au moins une part sociale qui coûte entre 1,5 euro et 20 euros selon les caisses. Et pour inciter les clients fidèles à devenir sociétaires, nous avons développé depuis 10 ans une offre spécifique qui leur est destinée. Nous voulons un vrai sociétariat engagé. Et nous l'avons puisque 500 000 sociétaires sont physiquement présents chaque année aux assemblées générales de caisses locales, soit 8% de l'ensemble des sociétaires, ce qui est considérable.

Vos sociétaires ne sont-ils pas inquiets de votre présence en Grèce avec votre filiale Emporiki ?

Il est normal que nos sociétaires nous interrogent car il s'agit d'une situation inédite en Grèce. Pour ce qui concerne notre filiale Emporiki, nous avons annoncé son retour à l'équilibre en 2012... en l'absence d'évènement majeur. Il faut regarder les choses de façon pragmatique : personne n'a intérêt à l'effondrement de la Grèce, ou même de l'euro.

Les évènements politiques récents dans les pays arabes remettent-ils en question vos projets d'expansion dans la zone Méditerranée?

Non, ces événements ne remettent pas en cause nos ambitions internationales, ni notre stratégie, mais cela remet en cause leur mise en ?uvre dans le temps. Il y a pour l'instant une instabilité politique dans certains pays mais il reste des éléments structurants. Il faut faire la part des choses entre les besoins futurs des populations et ce qui est conjoncturel.
 

Cette identité mutualiste et coopérative constitue-t-elle un avantage compétitif dans le contexte de l'après-crise financière ?

Oui, c'est un avantage compétitif d'être mutualiste, plus encore qu'avant la crise. Nous sommes différents de nos concurrents. Nous associons des élus et des professionnels à tous les niveaux de la gouvernance, avec la préoccupation d'être utile à l'économie régionale. Mon rôle n'est d'ailleurs pas d'être banquier mais de vérifier, en tant qu'élu, que nous partageons avec les banquiers la même vision de l'utilité des métiers que nous exerçons. En outre, les sociétaires font le choix de transformer les résultats en fonds propres, pour renforcer l'entreprise.

La crise a-t-elle modifié vos priorités ?

Nous avons toujours fait ainsi. Mais nous tirons aussi les leçons de la crise dans notre projet de groupe pour les dix prochaines années, en mettant l'accent sur des services qui ne sont pas seulement les plus lucratifs. C'est une vraie différence. Notre priorité est davantage l'efficacité que la croissance de la rentabilité des fonds propres (ROE, return of equity). Nous essayons de nous éloigner le plus possible de la spéculation pour compte propre et des métiers dont la seule vocation est d'être lucratifs. Nos bons résultats seront d'abord le reflet de l'utilité de nos services. La philosophie générale du groupe est de se développer d'abord avec des métiers en rapport avec l'économie réelle et les besoins des clients.

En tirez-vous des conséquences dans la rémunération des conseillers ?

Oui, le mode de rémunération a changé. Un conseiller n'est pas payé plus cher pour proposer tel produit plutôt que tel autre.

Pourtant, avec l'arrivée des nouveaux ratios de liquidités, les banques sont tentées d'orienter leurs clients vers des produits d'épargne qui renforcent leur bilan...

Les banques auront effectivement besoins de liquidités dans leurs bilans. Mais j'ai la conviction qu'au global, ce sera plus favorable pour l'épargnant qui bénéficiera de rendements attractifs.

Quel regard général portez-vous sur les évolutions de la réglementation ?

Notre métier restera tourné vers l'intermédiation par opposition au modèle anglo-saxon qui privilégie l'appel aux marchés financiers. Mais nous devrons le faire différemment à cause des nouveaux ratios que nous impose la réglementation. Ces ratios vont avoir pour conséquence de rendre le crédit plus rare et plus cher. C'est la France rurale qui paiera le plus lourd tribut, les PME, les collectivités locales...qui ne pourront pas aller se financer directement sur les marchés contrairement aux grandes entreprises. Si bien que le remède, qui visait à limiter les risques, pourrait bien être pire que le mal.

Dans l'actualité, il y a aussi la sécheresse, le Crédit Agricole est-il spécialement mobilisé sur ce sujet ?

Nous avons annoncé qu'un montant de 700 millions de prêts à courts terme était débloqué pour les éleveurs afin de les aider en attendant les aides européennes. Il est probable qu'il y aura des mesures complémentaires. Dans les deux mois qui viennent nous allons recenser les besoins. Le bon dispositif serait de concentrer les efforts sur ceux qui en ont le plus besoin. Si, à l'absence de foin en juin, s'ajoute une absence de maïs en octobre, la situation des éleveurs sera très grave. Déjà 10% des bêtes ont pris le chemin de l'abattoir. La situation des céréaliers est plus hétérogène.

Quelle est la proportion d'agriculteurs dans votre clientèle ?

Les agriculteurs et coopératives représentent environ 10% de l'activité en moyenne dans les caisses régionales. Au total, nous avons 80% du marché des agriculteurs français.

 

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a écrit le 18/06/2011 à 8:11 :
Je suis d'accord,le CA n'est plus une banque mutualiste,si elle veut le redevenir,il faut qu'elle se retire de la bourse.Depuis que le CA est coté en bourse par l'intermédiaire d'un véhicule boursier,le CA s'est mis à matraquer la clientèle comme les banques commerciales privées.Avant la privatisation,le CA faisait attention à la clientèle,en l'invitant à des concerts de temps en temps.La rotation des conseillers dans les agences était moins rapide,ce qui permettait d'établir des meilleures relations avec les clients.Les rendements de l'assurance vie sont devenus les mêmes que les autres banques bien en dessous de ceux des mutuelles d'assurance de l'économie sociale.Non ,le CA n'est plus vraiment mutualiste et j'envisage de le quitter dans les mois qui viennent.
a écrit le 18/06/2011 à 7:50 :
"Avantage COMPETITIF"... pour qui ? pour la banque. Comment? en terme d' image. Pourquoi? parce que les clients sont écoeurés de leur banque, car que l'on aille chez l'un ou l'autre, on est est plumé différemment mais à même hauteur , sauf sur les banques internet. Et qu' il y a loin des déclarations d'intention à la réalité : un petit directeur d'agence fait du parti pris, menace , refuse un découvert, flirte avec l' illégalité en désolidarisant des comptes-joints etc etc ...
a écrit le 17/06/2011 à 19:07 :
Il faudra bien un jour revoir la définition du mot "mutuel". Il devient de plus en plus galvodé et perd de son essence.... Notamment pour ce qui concerne les banques.
Les clients voient chaque jour l'écart qui se creuse entre le discour et la réalité.
Qui vivra verra.... Je crains fort que beaucoup d'agriculteurs pourra voir!
a écrit le 17/06/2011 à 18:26 :
Vous avez parfaitement raison. Je ne suis pas du milieu agricole mais commerçant et j'ai pu mesurer leur comportement fin 2008-début 2009. Courage, fuyions....et ils se disent Mutualiste! Si le Mutualisme c'est spoiler les clients effectivement nous ne sommes pas sur la m^me longueur d'ondes.
a écrit le 17/06/2011 à 18:01 :
Monsieur le Président,
Ne trouvez-vous pas inéquitable le fait de rémunérer nettement moins l'épargne des contrats d'assurance vie anciens ? Le mutualisme coopératif n'impliquerait-il pas que vos clients soient traités de la même manière ? En effet, il est paradoxal à mon sens de discriminér vos clients en fonction de l'ancienneté de leurs contrats ! Ce qui a pour conséquence de rémunérer davantage l'euro que le franc investi ! Une sanction imméritée pour les clients fidèles...
Cordialement
Donat Nobilé
Associé-Gérant de Transvers Consulting
Société de conseil en Stratégie et Communication
Réponse de le 02/08/2011 à 6:24 :
Predica n'est pas une société mutualiste, seules les Caisses Régionales le sont.
a écrit le 17/06/2011 à 14:02 :
Cher Monsieur, on va voir ce que va faire le Crédit Agricole si par malheur le groupe doit provisionner ses engagements grecs, on va voir comment cette banque qui se dit mutualiste va faire pour renforcer ses fonds propres, ce que vont devenir tous les petits porteurs d'obligations néo subordonnées qui n'en sont pas d'ailleurs (car très très mal payées). On attend de voir M. Dominique Lefebvre mais soyez tranquille on veille au grain comme les petits éleveurs, les petits exploitants ...dont je ne suis pas sûr que le Crédit Agricole défende bien les intérêts mais plutôt les siens, donc un peu de modestie Cher Monsieur, car on pourrait s'étendre davantage encore, votre banque n'est pas une banque mutualiste ou en tout cas ne l'est plus depuis un certain temps malgré ce que certains veulent bien affirmer ou dire.

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