Les banques européennes font des réductions de coûts leur priorité

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Credit Suisse entend économiser la coquette somme de 4 milliards d'euros d'ici à 2018.
Credit Suisse entend économiser la coquette somme de 4 milliards d'euros d'ici à 2018. (Crédits : reuters.com)
Réglementation, transformation digitale, litiges… Face à l’inflation des coûts, et dans un contexte de revenus mis à mal par la faiblesse des taux d’intérêt et les incertitudes macro-économiques, les plans d’économies se taillent la part du lion dans les stratégies des banques européennes, pour les prochaines années.

Il est loin, le temps de l'expansion internationale à grand renfort d'acquisitions, dans le secteur bancaire européen. Aujourd'hui, ce sont avant tout les réductions de coûts qui figurent au menu des stratégies des banques européennes, pour les prochaines années, d'après la dixième édition de l'étude de KPMG sur la communication financière des 17 plus grands groupes bancaires du Vieux Continent, publiée jeudi 30 juin. Une tendance on ne peut mieux illustrée par Credit Suisse, qui entend économiser la coquette somme de 4 milliards d'euros d'ici à 2018.

La deuxième banque suisse est engagée depuis le mois d'octobre dans une vaste refonte de ses métiers. Celle-ci fera la part belle à la gestion de fortune, au détriment des activités de marché, au sein desquelles 3.500 suppressions de postes sont prévues. C'est également au sein de sa BFI (banque de financement et d'investissement) que BNP Paribas prévoit 1 milliard d'euros de réductions de coûts, d'ici à 2019. Et c'est encore sa BFI que la Société générale a récemment priée de trouver 220 millions d'euros d'économies supplémentaires, d'ici à 2017, en sus des 323 millions déjà prévus.

Un ratio de solvabilité en hausse de 650%

Il est vrai que ce sont les BFI qui supportent l'essentiel des surcoûts liés au renforcement de la réglementation bancaire. Survenu dans le sillage de la crise financière de 2008, ce renforcement n'a rien de cosmétique : entre 2013 et 2019, le ratio de solvabilité CET1 (core equity tier one, fonds propres de très grande qualité, rapportés aux actifs pondérés des risques) que les banques doivent respecter aura bondi de 650%, passant de 2% seulement en 2013 à 13% six ans plus tard. Et les exigences en la matière sont loin d'être terminées, le Comité de Bâle s'apprêtant à divulguer de nouvelles règles relatives au mode de calcul des risques des bilans bancaires.

Le renforcement de la réglementation du secteur, c'est également l'entrée en vigueur des premiers piliers de l'union bancaire européenne, avec, entre autres, la constitution du fonds de résolution unique des crises bancaires. Celui-ci devant être doté de 55 milliards d'euros à l'horizon 2024, les banques européennes se sont déjà acquittées d'une contribution totale de 4,3 milliards d'euros en 2015, et devront remettre au pot cette année, à hauteur de 6,4 milliards.

30 milliards, c'est le poids annuel des litiges

Mais si la lourdeur de la réglementation semble aujourd'hui excessive aux yeux des banques, les autorités peuvent leur retourner le compliment sur le front des litiges. Depuis 2013, les litiges commerciaux et réglementaires représentent en effet chaque année un poids très significatif, de l'ordre de 30 milliards d'euros au total, pour les banques européennes. BNP Paribas en sait quelque chose, qui avait dû s'acquitter d'une amende colossale de 8,97 milliards de dollars à l'été 2014 auprès de la justice américaine, pour avoir effectué des transactions en dollar avec des pays soumis à un embargo des États-Unis.

L'industrie bancaire européenne fait face à un autre type de coûts, ceux résultants de ses impératifs de transformation digitale. Face à des consommateurs toujours plus demandeurs de services bancaires à distance et à la concurrence croissante des fintech, la Société générale a par exemple choisi d'investir 1,5 milliard d'euros dans le numérique, d'ici à 2020. Les investissements des banques dans leur transformation digitale sont d'autant plus conséquents « qu'elles n'ont pas de stratégies claires, elles prennent des participations dans des fintech sans savoir à quoi cela va aboutir », souligne Marie-Christine Jolys, associée chez KPMG.

Un coefficient d'exploitation qui a grimpé de 3,3 points en un an

Il n'empêche, la transformation digitale peut être également, pour les banques, un moyen de réduire leurs coûts, en simplifiant par exemple leurs processus de distribution. Un atout de taille à l'heure où les taux très bas pèsent sur la marge d'intérêt des banques. Lesquelles ont par ailleurs eu à peine le temps de se réjouir d'une amorce de reprise de la croissance en Europe, que le vote en faveur du Brexit les contraint désormais à envisager sérieusement une récession au Royaume-Uni en 2017, avec des dommages collatéraux dans les autres pays européens.

Sans oublier, pour les banques britanniques, la menace de perdre leur passeport européen, qui leur permet aujourd'hui d'exercer aisément leurs activités dans tout pays membre de l'Union européenne. C'est dire si le coefficient d'exploitation (charges d'exploitation, rapportées au produit net bancaire) des banques européennes, passé de 71,9% en 2014 à 75,2% en 2015, ne semble pas près de s'améliorer.

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L'Italie pourrait devoir recapitaliser ses banques directement

Le gouvernement italien pourrait devoir injecter de l'argent public directement dans les banques les plus fragiles du pays, pour renforcer leur bilan, a déclaré jeudi une source gouvernementale à l'agence Reuters. L'Allemagne et la Commission européenne avaient invité mercredi l'Italie à respecter les règles communautaires en matière de sauvetage des banques, en raison de l'intention prêtée au gouvernement de Matteo Renzi d'apporter une aide financière au secteur bancaire italien, pour faire face aux turbulences boursières provoquées par le vote de la Grande-Bretagne en faveur d'une sortie de l'Union européenne.

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Deutsche Bank, principal facteur de risque pour le système financier

Les liens de la Deutsche Bank avec les plus grandes banques mondiales en font le principal facteur de risque pour le système financier dans son ensemble, a dit jeudi le Fonds monétaire international (FMI). "Le poids relatif de Deutsche Bank souligne l'importance de la gestion des risques, de la supervision intensive des G-SIBs (global systemically important banks) et du suivi rapproché de leurs expositions transfrontalières", poursuit le FMI, qui estime nécessaire de mettre en place rapidement des mesures pour assurer la liquidation des banques en difficulté.

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a écrit le 04/07/2016 à 17:41 :
Fini les choux gras dans les banques européennes, malmenées par la réglementation, c'est vraiment triste ! " Un ratio de solvabilité passant de 2 % en 2013 à 13 % 6 ans plus tard ", soit en 2019 ? Nous en sommes très loin pour pleurer sur ces 650 % d'augmentation, d'autant qu'en vérité, les capitaux propres des banques européennes s'élèvent en moyenne à 5 % de leur bilan .
Le bilan des 5 grandes banques françaises représente 3 fois le PIB de la France, c'est dire la gravité du risque systémique de l'oligopole bancaire. D'autre part, amusant que l'Allemagne se permette de donner des leçons à l'Italie quand on sait la fragilité de la Deutsche Bank dont la filiale américaine vient de rater pour la 2 ème fois des tests de résistance de la FED . Il faut casser la rente bancaire .
a écrit le 04/07/2016 à 16:30 :
Amusant... Les financiers gagnent très bien leur vie dans le système actuel. Dans la banque de détail, 16 à 17 mois de salaires, 2 ans de congés maternité et si les banques se plantent, les contribuables paient l'addition. En revanche, au moment de nous liquider, on parle de "canards boiteux", de mauvaise spécialisation industrielles, etc... Quand on veut sortir de l'affacturage, ou des comptes courants dans le rouge, c'est très mal vu par les banques... Enfin, le Brexit en subséquent le comportement des acteurs financiers pour punir les Britanniques laisse songeur... L'évasion fiscale est bien vue et reste même le sport préféré des banques de "gestion d'actifs" qui ont actuellement une priorité, faire sortir des Mds d'€ de Suisse pour aller les faire reposer à Singapour ou dans d'autres paradis fiscaux... Donc bon... Que dire... A part: on est pas du même monde. Quand parlera-t-on de la scission des grandes banques? Je vous rassure... Jamais. L'essentiel est que les hommes politiques aient suffisamment à perdre et ils voterons le libre échange, l libre circulation des capitaux, etc...
a écrit le 04/07/2016 à 12:29 :
Oui beaucoup de pression sur les banques européennes; et pas d'économie forte sans système bancaire solide.. Il va falloir abandonner le bank bashing si on veut progresser (ne pas reculer)..
a écrit le 04/07/2016 à 8:47 :
Et ils nous parlent de reprise économique alors que chaque semaine des milliers d'emplois sont supprimés. Incompétents, serviles et menteurs.
Réponse de le 04/07/2016 à 10:59 :
Un système vertueux supprime chaque jour 10 000 emplois mais en crée 10 100. C'est la différence qui compte, des destructions, y en a toujours eu mais quand les gens ont un autre job de suite, c'est pas grave (d'où l'utilité aussi de pouvoir se former, maintenir à niveau, évoluer quand son métier devient obsolète).
Dans les chômeurs comptés vous avez aussi des gens en fin de mission d'intérim qui vont en commencer une autre le mois suivant, on ne pourra jamais avoir zéro chômeur.
Réponse de le 04/07/2016 à 11:34 :
Quel système vertueux? Celui de la croissance à 2% par an? Laissez moi rire
Vous décrivez un syastème de plein emploi, or en France le chômage est proche des 10%...
Réponse de le 04/07/2016 à 13:44 :
On ne pourra jamais avoir 0 chômeur ? Ah bon !?

Mais on en a déjà eu pourtant, ou pas loin, vous le saviez ?

En plus entre 0 chômeur et 5 millions ya quand même une marge énorme non ?

Alors oui je comprends cet amour du chômage pour les néolibéraux qui permet de faire une pression croissante par le bas sur les salaires et les conditions de travail mais ce n'est pas travailler plus pour gagner moins qui relancera la consommation et donc l'économie.

Lisez je vous prie, l'économie est une science non une religion, nous avons besoin de penseurs et non de prêcheurs, merci.

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