Empreinte carbone des banques : Soc Gen se rebiffe

Par Delphine Cuny  |   |  1025  mots
(Crédits : Reuters)
Une étude des ONG Oxfam France et Les Amis de la Terre juge "colossale" l'empreinte carbone des grands groupes bancaires français, en ajoutant toutes les opérations de financement auxquelles elles ont participé. Une méthodologie critiquée par la Société Générale et son patron, Frédéric Oudéa, qui dirige la Fédération bancaire française. D'autres études classent plutôt les françaises parmi les moins mauvais élèves en matière de climat.

A la veille du Climate Finance Day, qui se tient ce vendredi 29 novembre au Palais Brongniart, les ONG Oxfam France et Les Amis de la Terre sont venues éreinter leur cible favorite, les grands groupes bancaires français, qui continuent de financer majoritairement les énergies fossiles. Dans une étude intitulée "la colossale empreinte carbone des banques françaises", publiée ce jeudi 28 novembre, elles évaluent l'empreinte carbone de ces groupes (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE) en y ajoutant les émissions de gaz à effet de serre issues de leurs leurs activités de financement et d'investissement pour aboutir à un total de plus de 2 milliards de tonnes de CO2 en 2018.

"L'empreinte carbone des banques françaises représente au total 4,5 fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière. À elles seules, BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale émettent chacune plus que le territoire français, compromettant l'objectif de contenir le réchauffement global sous la barre de 1,5 °C", affirment les deux ONG.

Le 25 novembre, la Fédération bancaire française (FBF) avait publié un "manifeste climat" dans lequel les banques françaises se disaient "au service d'une économie bas carbone, écologique et inclusive."

Interviewé sur Europe 1 ce jeudi matin, Frédéric Oudéa, le patron du groupe Société générale et de la FBF, a vivement contesté les conclusions de cette étude.

"C'est totalement faux. Ces sujets graves, qui nous concernent comme chef d'entreprise, comme banquier, comme parent, méritent un débat sérieux et des méthodes sérieuses", a-t-il déclaré.

"Amalgame" et surestimation

Sur son site web, la banque a détaillé son argumentaire. "L'étude amalgame des activités qui ne contribuent pas de la même façon au soutien des énergies fossiles. Il n'est pas légitime à notre sens de considérer sur le même plan des activités de natures différentes comme le financement (octroi de crédit), l'investissement pour compte de tiers, et certains services comme les émissions obligataires. Ces dernières activités impliquent notamment d'autres acteurs financiers que notre établissement, et lui attribuer les émissions associées conduit à surestimer son empreinte carbone", fait valoir Soc Gen.

Autre point critiqué par la banque au carré rouge et noir : "l'étude n'intègre que les secteurs les plus émissifs. Une vision plus complète devrait également prendre en compte le soutien de la banque aux énergies renouvelables sur une base similaire (financements, émission d'obligations vertes...)." Or dans ce domaine, Société Générale a été classé "n°2 sur le financement de projets renouvelables en tant que chef de file sur 20 transactions d'un montant total de 2,05 milliards de dollars US équivalents" d'après les données du cabinet Dealogic portant sur 2018.

Il aurait aussi été intéressant de comparer l'empreinte carbone des banques avec leurs concurrentes en Europe et dans le monde, ou avec celles des grands groupes du CAC 40.

Piqué au vif, Frédéric Oudéa a fait valoir sur Europe 1 que "les banques françaises sont les premières au monde à accompagner la transition. Parmi les dix premières banques dans le financement du renouvelable, quatre sont des banques françaises", avec un total de plus de 37 milliards d'euros en 2018, en hausse de 41% en deux ans. "Très concrètement, on arrête de financer Air France, Renault et Peugeot ? Ou est-ce qu'on les accompagne en finançant des voitures et des avions électriques ?", a-t-il objecté, prolongeant le débat sur la transition et son accompagnement.

"Nous finançons les EDF allemand, africain, américain et aujourd'hui l'électricité est encore largement produite à partir de gaz ou de charbon. Les entreprises qui financent leur électricité avec le charbon, en Allemagne, en Afrique ou aux Etats-Unis, on ne va pas leur dire "les gars, terminé" !", s'est emporté le directeur général de Société Générale. "Nous sommes la première banque en Côte d'Ivoire et au Sénégal. On va leur dire désolé, on arrête de financer leur électricité ? Sérieusement, non. En revanche, nous leur disons de nous montrer comment ils vont faire évoluer leur mix d'énergie."

Parmi les moins mal notées dans le monde

Si les ONG jouent leur rôle d'aiguillon et d'animation du débat public, les banques françaises sont plutôt parmi les moins mauvais élèves en matière de financement des énergies fossiles. Dans l'étude "Banking on Climate Change" publiée en mars par l'ONG BankTrack, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et BPCE/Natixis figurent dans les moins mal notées (en général C- quand les pires, les Américaines, récoltent un F) et se classent entre le 18ème et le 28ème rang mondial, sauf en matière de soutien au gaz naturel liquéfié, énergie qui fait débat, où Soc Gen est deuxième.

Une autre étude, il y a deux ans, de l'ONG ShareAction, avait classé les banques françaises en tête en Europe en matière de lutte contre le réchauffement climatique, en analysant leur stratégie, leur reporting, l'évaluation des risques climat, les produits et services, etc.

Si elles se déclarent "en pointe dans le développement de la finance verte par rapport à leurs concurrentes internationales", Crédit Agricole et BNP Paribas étant dans le top 3 mondial des arrangeurs de green bonds, elles reconnaissent dans leur manifeste : "nous avons conscience du chemin qu'il reste à parcourir".

En fin de journée, Société Générale a publié un communiqué dans lequel elle dit "accélérer les engagements en faveur d'une transition écologique responsable". Elle reprend pour l'essentiel des annonces de mai dernier sur la poursuite de son désengagement du charbon. Le groupe précise qu'il "réduira progressivement à zéro son exposition au secteur du charbon thermique, au plus tard en 2030 pour les entreprises ayant des actifs dans les pays de l'UE et d'ici 2040 pour le reste du monde", soit le calendrier défendu par les ONG.