Encore une startup rachetée par une banque, Pumpkin par Arkéa

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« Le remboursement entre amis simple et gratuit » : c'est le slogan de Pumpkin, l'appli de transfert d'argent rachetée par le Crédit Mutuel Arkéa qui veut en faire une offre de banque mobile plus complète, avec carte bancaire.
« Le remboursement entre amis simple et gratuit » : c'est le slogan de Pumpkin, l'appli de transfert d'argent rachetée par le Crédit Mutuel Arkéa qui veut en faire une offre de banque mobile plus complète, avec carte bancaire. (Crédits : Pumpkin)
Crédit Mutuel Arkéa reprend 80% du capital de l'application de paiement entre particuliers et va y injecter 15 millions d'euros sur trois ans pour en faire une néobanque. Dans le paysage très concurrentiel du paiement et de la Fintech, peu d'acteurs parviennent à survivre seuls.

Les banques vont-elles racheter toutes les Fintech ? En France, les acquisitions se multiplient depuis le début de l'année. Au lendemain de la finalisation du plus gros rachat du secteur, la success-story Compte Nickel par BNP Paribas, le Crédit Mutuel Arkéa annonce ce jeudi qu'il reprend 80% du capital de Pumpkin, une application de paiement entre particuliers, comparable à Lydia ou à l'Américaine Circle pour sa dimension de messagerie sociale. Le groupe bancaire, particulièrement innovant et bien introduit auprès des startups (il a investi dans Fluo, Grisbee, Yomoni, Linxo, et a racheté la cagnotte en ligne Leetchi), indique qu'il va investir 15 millions d'euros sur trois ans dans la jeune pousse lilloise fondée en 2014.

L'objectif est de lancer dès fin 2017 une "néobanque", ces nouvelles offres 100% numériques de compte avec carte de paiement, en ciblant les 16-28 ans.

« Avec Pumpkin, que nous connaissons bien, nous avons l'ambition de poursuivre la transformation de nos métiers, avec le lancement d'une néobanque mobile à destination des Millenials en Europe » précise Ronan Le Moal, le directeur général de Crédit Mutuel Arkéa.

Autant dire développer l'offre bien au-delà du positionnement actuel de Pumpkin axé sur « le remboursement entre amis simple et gratuit. » Et aussi permettre à Arkéa de sortir de son carcan territorial (Bretagne, Sud-Ouest, Masif Central), qui lui interdit de se déployer ailleurs, sauf par le numérique.

Marché ultra-concurrentiel

La startup lilloise, qui avait déjà pour partenaires techniques MangoPay et Monext, filiales d'Arkéa, indique que sa communauté d'utilisateurs double tous les six mois et dépasse les 250.000 utilisateurs. Soit bien loin du leader français, Lydia, qui s'approche du million (500.000 en septembre dernier). Pumpkin avait réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 180.000 euros et venait d'atteindre 5 millions d'euros de transaction par mois. Dans un marché ultra-concurrentiel face à des géants aux poches profondes comme l'Américain PayPal, et avec un modèle économique à trouver, il lui fallait des moyens après sa petite levée de fonds de 600.000 euros en mai 2015 auprès de business angels dont Damien Guermonprez (Lemon Way). En septembre dernier, Lydia avait levé 7 millions d'euros auprès du fonds NewAlpha et de la banque Oddo.

Les fondateurs de Pumpkin, Constantin Wolfrom, Hugo Sallé de Chou et Victor Lennel, qui voulaient « démocratiser le paiement entre particuliers », estiment avoir trouvé le bon partenaire :

« Dans cet écosystème, le Crédit Mutuel Arkéa et ses équipes nous sont apparus comme un vaisseau hybride. C'est la puissance d'un acteur traditionnel au service d'une vision novatrice et ambitieuse. Pour nous, ils ont tout compris et leur confiance nous donne les capacités de devenir le leader de ce nouveau marché.»

Fintech Pumpkin fondateurs

Difficile indépendance

Le marché est pourtant déjà terriblement encombré. Outre les applis de transfert d'argent entre particuliers comme Lydia, Circle et bien sûr Paypal, ces néobanques qui veulent draguer une cible jeune, connectée et pas du tout motivée à se déplacer en agence abondent. Carrefour Banque (codétenue par BNP Paribas) a lancé son compte C-Zam avec carte bancaire disponible en rayons. Il y a Morning, que la banque Edel du distributeur Leclerc a reprise et est en train de relancer.

« L'hécatombe continue. Sale temps pour l'indépendance des FinTech » a d'ailleurs réagi sur son compte Twitter Eric Charpentier, le fondateur de la néobanque Morning, débarqué de son entreprise fin janvier dernier au moment de sa prise de contrôle par la banque Edel.

Le groupe BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne) s'apprête à lancer en France avant la fin de l'année Fidor, la banque mobile communautaire allemande qu'il a rachetée l'an dernier.

« La concentration va se poursuivre car le marché est en cours de structuration et les barrières à l'entrée de plus en plus élevées », pronostique Cyril Chiche, le cofondateur et directeur général de Lydia, qui se verrait plutôt en acquéreur. « Nous ne travaillons pas dans la perspective de vendre l'entreprise mais de devenir le leader européen des comptes de paiement nouvelle génération » nous confie-t-il.

Cette concurrence est de plus en plus multiforme. Il y a par exemple la nouvelle appli de paiement mobile Lyf Pay lancée par des banques et commerçants (BNP, Crédit Mutuel, Auchan, Carrefour, Total), issue de la fusion des porte-monnaies virtuels Fivory et Wa!. Et elle n'est pas que française : il y a toute une flopée de Fintech européennes comme l'allemande N26, à la croissance rapide, qui s'est lancée en France, les britanniques Atom Bank et Starling Bank, ainsi que la suédoise Klarna, qui a décroché sa licence bancaire et a l'ambition de devenir le "Ryanair de la banque". Resteront-elles toutes indépendantes ? Leur force est d'avoir levé des sommes très significatives (plus d'une centaine de millions d'euros en cumulé pour plusieurs d'entre elles), qui leur permettent de voir l'avenir plus sereinement.

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