JPMorgan, plombée par la "baleine de Londres" ?

La première banque américaine va subir d'importantes pertes, pouvant atteindre 3 milliards de dollars. En cause: la division à laquelle appartient Bruno Iksil, un trader français qui aurait pris des positions considérables sur des dérivés de crédit
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"Nous avons été stupides". Jamie Dimon, le patron de JPMorgan Chase, n'a pas pris de pincettes ce jeudi soir alors que la première banque américaine fait face à de lourdes pertes au sein de l'une de ses divisions, le "Chief Investment Office" (CIO), l'unité chargée de couvrir ses risques au niveau mondial. "Il s'agissait d'une mauvaise stratégie, très mal exécutée et pauvrement supervisée", a-t-il poursuivi au cours d'une conférence téléphonique organisée à la hâte, parlant d'erreurs "flagrantes" ne relevant pas de la "façon dont nous voulons faire notre métier".

Concrètement, la banque a annoncé que ces mauvais investissements - "plus risquées et moins efficaces que prévu", selon Jamie Dimon - avaient débouché sur une perte estimée à environ 2 milliards de dollars. Cette perte pourrait être encore plus importante, a-t-elle prévenu, indiquant qu'elle pourrait atteindre 3 milliards si les conditions de marché étaient défavorables ou si les actions entreprises pour contenir les pertes ne portaient pas entièrement leurs fruits. "Le risque va perdurer pendant plusieurs trimestres", a expliqué Jamie Dimon.

"Baleine de Londres"

La banque assure que ces pertes seront en partie compensées par "un milliard de dollars de gain sur les ventes de produits de couverture face à la dette". Elle attend ainsi un déficit de 800 millions de dollars pour sa branche "corporate", contre un gain de 200 millions jusqu'à présent attendu. A Wall Street, ces annonces ont été particulièrement mal accueillies: l'action de la firme chutant de près de 7% dans les échanges d'après Bourse. Les autres banques ne sont également pas épargnées.

Début avril, le "Wall Street Journal" et l'agence Bloomberg avaient révélé qu'un trader français de JPMorgan, basé à Londres au sein du CIO, avait pris des positions considérables sur un indice répliquant l'évolution des credit default swaps (CDS ou dérivés de crédit) de 121 entreprises américaines. Des positions telles qu'elles influenceraient à elles seules le prix de l'indice en question, avaient alors déploré plusieurs intervenants de marché. La banque avait alors assuré que "beaucoup de détails" étaient faux.

Prise de risques

Peu d'informations, pas même une photo, n'avaient filtré sur ce trader, Bruno Iksil, surnommé la "Baleine de Londres" ou encore "Voldemort", en référence au sorcier de la saga Harry Potter. Il était alors bien difficile de savoir si les révélations de la presse américaine relevaient du fantasme, de la manipulation ou de la réalité. Sans jamais citer son nom, Jamie Dimon a indiqué ce jeudi que la banque avait commencé à se pencher sur les investissements de son CIO peu après la publication de ces articles, reconnaissant que ses dirigeants auraient dû réagir plus tôt.

Les pertes annoncées aujourd'hui sont "quelque peu" reliées aux révélations de la presse, a indiqué Jamie Dimon, laissant sous-entendre que le problème était en fait plus large. Selon d'anciens salairés, le "Chief Investment Office" s'est en effet dirigé ces dernières années vers des paris plus risqués et plus spéculatifs. Au 31 décembre, cette division avait accumulé une position de 350 milliards de dollars, soit 15% des actifs de la banque, contre 77 milliards en 2007. Personne n'a encore été licencié, en attendant les conclusions de l'audit récemment lancé.

Volcker Rule

Cette nouvelle affaire arrive en tout cas au mauvais moment pour les banques américaines. Car le Congrès américain examine en ce moment les modalités d'application de la "Volcker Rule", dont l'entrée en vigueur prévue le 21 juillet prochain va être repoussée. Cette mesure phare de la réforme Dodd-Frank prévoit de limiter le trading pour compte des banques pour éviter des prises de risques excessives de leur part. Les établissements concernés assurent que cela se fera au détriment de leur rentabilité et de leur compétitivité. Et ainsi qu'ils auront plus de mal à remplir leur fonction de financement de l'économie.

"Ces investissements n'ont pas violé les principes de Volcker Rule, a de nouveau répété ce jeudi Jamie Dimon. Mais ils ont violé nos propres principes". Reste que la question demeure. Certes, JPMorgan, qui détient quelque 2 300 milliards de dollars d'actifs, dont près de 1 000 milliards de crédits bancaires ou obligataires aux entreprises, a des besoins de couverture considérables. Mais, à de tels niveaux, peut-il encore s'agir de simples opérations de couverture ? Ou faut-il parler de trading, voire de spéculation, pour compte propre ? Les tenants d'une régulation plus stricte pencheront pour la deuxième hypothèse.

Patron hors-pair

Jusqu'à présent, JPMorgan avait réussi à rester relativement à l'écart des polémiques. Tout le contraire de Goldman Sachs, de Bank of America ou encore de Citigroup ! Moins exposée que ses consoeurs aux subprimes, ces prêts immobiliers accordés sans discernement aux ménages américains les plus fragiles, elle était sortie relativement indemne de la crise de 2008. Devenu première banque américaine en termes d'actifs au cours du troisième trimestre 2011, elle est également considérée comme l'une des plus solides. L'année dernière, elle a réalisé un bénéfice record de 19 milliards de dollars.

L'établissement new-yorkais fait d'autant plus figure de premier de la classe, qu'il est dirigé par un professionnel hors pair, l'influent Jamie Dimon. Consacré meilleur PDG américain par la revue Institutional Investor ces deux dernières années, il dirige l'établissement d'une main de fer depuis 2007. Banquier le plus en vue de Wall Street, il devient vite le porte-parole officieux de tous ceux qui, à Wall Street, s'inquiètent de l'avalanche réglementaire. Début avril, dans sa lettre annuelle adressée à ses actionnaires, il dénonçait encore le principe de la Volcker Rule. Mais le discours de "l'irréprochable" JP Morgan manque aujourd'hui de crédibilité.

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Commentaires 8
à écrit le 11/05/2012 à 22:31
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Il faudra quand même qu'on m'explique comment un seul opérateur peut prendre une position aussi énorme et potentiellement risquée tout seul et sans que personne ne s'en aperçoive ou se pose de questions. Je croyais qu'il existait des limites, des co...

à écrit le 11/05/2012 à 17:45
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Ce trader, qui a parait-il touché des bonus énormes pour les gains "réalisés" auparavant, devra t'il rembourser ces bonus, qui sont maintenant totalement injustifiés au vu de la perte totale abyssale de ses activités ? Il serait totalement inconcevab...

à écrit le 11/05/2012 à 14:55
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Les TRADERS "FOUS" une spécialité bien Française...après KERVIEL, IKSIL, et pour respecter le vieux dicton jamais 2 sans 3... nous attendons avec impatience quel sera l'heureux élu susceptible de grimper sur la troisième marche du podium.....que voul...

le 11/05/2012 à 15:38
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Maddoff est quand mme le plus fort 65 milliards 40 ans de tradding sans acheter la moindre action

le 11/05/2012 à 16:45
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ça fait deja trois avec tourre.s'ils prennent tant de risques c'est que les français sont encore une fois les meilleurs

à écrit le 11/05/2012 à 12:01
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deux ou trois fausses opérations comptables pour ne pas que le bilan soit trop dégueulasse et la JPMorgan s'en sortira comme il est d'usage d ele faire chez les banques...

à écrit le 11/05/2012 à 11:06
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Jamie Dimon meilleur quoi? Il va falloir que les journalistes français lisent les bouquins qui sortent régulièrement sur les banques et banquiers US. JP Morgan fait partie des inventeurs des CDS (sans contrôle, sans suivi extérieurs, sans chambre de ...

à écrit le 11/05/2012 à 11:04
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La Norvege a commence la saison de la chasse a la baleine le mois dernier

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