Procès Kerviel : suivez en direct le quatrième jour d'audience

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Copyright AFP (Crédits : Kerviel)
La quatrième journée du procès en appel de Jérôme Kerviel a commencé ce lundi 11 juin. La présidente de la Cour, qui n'a jusque là pas ménagé l'ancien trader, condamné le 5 octobre 2010 à cinq ans de prison, dont trois fermes, ainsi qu'à 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, revient aujourd'hui sur les événements de l'année 2007.

Jérome Kerviel est sous le coup de trois chefs d'accusation : abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système de traitement automatisé, faux et usage de faux. Son procès en appel a commencé lundi 4 juin. Suivez en direct la quatrième journée d'audience couverte par notre journaliste Laura Fort. Retrouvez le compte-rendu de la première journée d'audience, le compte-rendu de la deuxième journée d'audience et le compte-rendu de la troisième journée d'audience.

Lundi 11 juin

17h45: La présidente suspend l'audience.

Rendez-vous mercredi 13 juin pour la suite du procès et les premières auditions de témoins.

16h55. "La Cour dira dans son jugement si Jérôme Kerviel est ou non un génie !"

Me Reinhart s?avance et revient sur la tonalité des « chats » échangés avec Moussa Bakir. Il relit toute une discussion dans laquelle ressort par exemple : c?est « ma dernière journée ici », « jsuis viré dans 30 minutes je pense ». Vous étiez quand même stressé !
J. Kerviel : Vous trouverez plein, plein, plein de discussions comme celles-là. Evidemment que vous êtes stressé quand les marchés ne vont pas dans le bon sens.
Me Veil intervient : Est-ce que vous pensez que votre hiérarchie était au courant de l?évolution des marchés ce jour-là ?
J. Kerviel : J?imagine que oui.
- Est-ce que vous pensez que votre hiérarchie vous aurait laissé continuer, au vu de votre position et de l?évolution des marchés ?
- Oui.
Me Dami Le Coz, avocat de Jérôme Kerviel, se lève et présente une feuille à son client : Est-ce que Jérôme Kerviel peut nous dire de quoi il s?agit ?
J. Kerviel : C?est le détail des explications de la contrepartie Baader.
- J?ai du mal à comprendre comment peut-on tromper le destinataire avec des données aussi grossières ?
- Les volumes mentionnés sont astronomiques.
- Comment un soi-disant génie peut utiliser des données aussi grossières ? S?il est un génie, il utilise un procédé plus malicieux !
Me Martineau s?interpose : Nous ne savons pas si c?est un génie, mais le jugement en première instance a dit qu?il était un faussaire.
M. Filippini clôt le débat : La Cour dira dans son jugement s?il est ou non un génie !
Me Dami Le Coz passe à autre chose : J. Kerviel a été invité dans les locaux de la Société Générale, en vu d?être entendu, une sorte de garde à vue privée. Il a été enregistré à son insu. Mme Dumas, est-ce que vous reconnaissez que la Société Générale a commis une infraction pénale ?
C. Dumas : Lors du week-end du 19/20 janvier 2008, une task force avait pour objectif de comprendre ce qui se passait. Jusque-là on n?avait que des explications fumeuses de M. Kerviel. Dans le même temps, il a été demandé à M. Kerviel de revenir à la Tour pour nous aider à comprendre ce qui se passait. Il a été interrogé par plusieurs personnes qui se sont relayées. Et la task force travaillait en même temps. On était contraints par le temps car la direction devait organiser une annonce sur les pertes dues aux subprimes après le week-end. L?idée qui a été retenue, c?est de permettre à la task force de travailler en temps réel en écoutant ses réponses. Et on échangeait aussi entre nous par Blackberry. L?objectif était d?orienter nos recherches. Les conversations sont enregistrées, c?est comme ça.
La présidente demande : Est-ce que M. Kerviel en a été averti ?
- Je ne sais pas. Mais je serais très surprise qu?il n?ait pas vu le téléphone décroché.

16h25. "Vous avez rendu un service incroyable à la banque !"

Après une suspension, l?audience reprend sur des questions de l?avocat général, Dominique Gaillardot, auxquelles l?ancien trader sert invariablement la même réponse : C?est la même procédure, c?est la même raison, c?est la même histoire, que celles qu?il a déjà exposées auparavant.
Me Martineau, avocat de Société Générale, s?interroge : Au 31 décembre 2007, il a un résultat de 1,4 milliard. Pourquoi n?extériorisez-vous pas ce résultat auprès de votre hiérarchie ?
Là encore, J. Kerviel déclare : Même réponse que tout à l?heure.
Me Martineau : Le 2ème jour d?audience, on nous sert la théorie de la machination. Si on se place dans cette perspective, comment on va couvrir une perte liée aux subprimes, si ce n?est en faisant du profit ? Alors pourquoi masquer vos gains ?
La présidente de la Cour réagit : Oui, pourquoi la banque ne prend pas tout de suite votre 1,4 milliard de résultat si elle savait ? Elle serait tellement ravie d?améliorer son bilan ! Vous faites toutes ces opérations en 2008, si elle avait envie d?améliorer ses comptes 2007, c?était le moment ou jamais.
J. Kerviel : La crise des subprimes commençait, ces actifs étaient complètement illiquides. La seule solution, c?est de vendre des futures, qui venaient couvrir les actifs liés aux subprimes. C?est la raison pour laquelle ils m?ont laissé continuer.
Cynique, la présidente lance : C?est merveilleux ! Vous leur avez rendu un service incroyable !
Me Martineau reprend la main : Est-ce que vous pensez raisonnablement que c?est au niveau de M. Cordelle [N+1] et de M. Rouyère [N+2], de décider des problématiques qui avoisinent les 1,4 milliard d?euros ?
J. Kerviel : Mais c?est avec eux que je suis en contact et à qui je reporte.
- Ils auraient reçus des instructions de plus haut encore, alors ?
- Vous leur demanderez.
Me Koubbi interroge son client : On vient de dire que le 1,4 milliard était vu puisque prêté. Mais que fait ce 1,4 milliard chez vous ?
J. Kerviel : Ce chiffre était totalement en inadéquation avec mon activité. Une trésorerie à 1,4 milliard ne correspond pas à mon activité.
- Notre thèse est qualifiée de nouvelle et exotique. Que disaient les marchés à l?époque de la découverte de la fraude ?
- Que ça cachait les pertes des subprimes.
- Aucun ne croyait à la thèse de la fraude ?
- Non.
- Et qu?est-ce qui a fait basculé ça ?
- Le story-telling de la Société Générale.
 

15h25. Me Koubbi : « J'adore cette révolution sociale où en cas de faute grave, on part avec 7 ans de salaire fixe ! »

Me Dami Le Coz, avocat de Jérôme Kerviel, fait remarquer à la Cour que trois traders du desk, Thierry Rakotomalala, Ouachelfalah Meskine et Sébastien Gers ont été licenciés avec des indemnités confortables : Le prix du silence coûte 630 000 euros. Ils ont perçu 7 ans de salaire fixe.
La présidente relit alors les lettres et protocoles de licenciement.
Me Koubbi ajoute : J'adore cette révolution sociale où en cas de faute grave, on part avec 7 ans de salaire fixe !
M. Filippini demande alors à Claire Dumas, représentante de la banque : Pourquoi leur verse-t-on une somme significative ? Parce que c'est généreux quand même... C. Dumas : La raison de cette transaction, c'est qu'en cas de litige prud'hommal, il est difficile de confirmer un jugement de licenciement. Les montants, qui sont importants, sont imputables à la prise en compte des variables, des rémunérations différées, et de l'évaluation du préjudice qui pouvait leur être causé par la suite.
Me Koubbi insiste : Pourquoi 7 ans de salaire fixe, 700 000 euros, pour M. Meskine, alors trader junior, non intéressé aux résultats ?


14h50. Jérôme Kerviel : « J'étais un peu stressé »

La présidente revient sur la contrepartie Deustche Bank prise en décembre 2007.
M. Filippini : Si tout le monde était d'accord, pourquoi vont-ils téléphoner à la Deutsche Bank pour vérifier ces informations ?
J. Kerviel : Je n'étais pas présent à ce moment-là, je ne sais pas.
- Donc tout ça c'est un habillage ?
- Quand le front-office dit « c'est comme ça », ils s'adaptent à la réponse.
Me Martineau, avocat de Société Générale intervient : Mais alors pourquoi J. Kerviel dira « je ne pense pas être découvert » ?
J. Kerviel : A l'époque, mes chefs me couvraient.
M. Filippini reprend la main : Qu'est-ce que ça veut dire « je ne pense pas être découvert » ?
J. Kerviel : Ca veut dire « je ne pense pas être lâché ».
- La Société Générale va téléphoner à Deutsche Bank puis à vous. Et vous leur dites que vous ne devez pas d'argent à Deutsche Bank, mais que cet argent est du résultat. Ils vous demandent de venir au bureau pour expliquer le gain de 1,4 milliard. Dans les enregistrements faits sur ces deux jours, vous commencez par dire qu'il ne faut pas s'inquiéter.
- Il y a certains passages qui sont manquants.
- Mais sur la bande originale vous aviez toute la possibilité de l'écouter.
- J'avais une idée de la plage horaire où ça se trouvait. Je maintiens qu'il manque des choses dessus.
- A ce moment-là tout le monde s'inquiète, pour une fois.
Me Martineau relève qu'à cette période, M. Kerviel essaie de se renseigner et envoie ces échanges de mails à Hanane Mejrhirrou. Pourquoi vous l'informez, elle n'est pas de votre service ?
J. Kerviel : J'informe qui je le souhaite.
- Qui était-elle ?
- C'était ma compagne de l'époque. J'étais un peu stressé, je l'en ai informé. Il n'y a rien de malveillant là-dedans.
La présidente lui demande alors : Pourquoi vous étiez stressé ?
J. Kerviel : Parce qu'il fallait trouver une solution.
L'avocat général s'interroge : Quel est l'intérêt de masquer vos gains ?
J. Kerviel : 55 millions d'euros de résultat, c'est rien par rapport à 1,4 milliard, mais c'est déjà énorme à mon niveau. Comme les autres traders, tout le monde passe des flux de provisions.
Me Martineau reprend le micro : Je ne peux pas laisser dire que tous les traders masquent leurs gains en faisant passer des flux de trésorerie. C'est M. Kerviel qui a pris l'initiative de masquer du résultat.
 

13h50. "La meilleure solution pour que ça passe tranquillement au niveau du commissaire aux comptes"

La présidente de la Cour : « Je suis bien rentrée dans le système, j'ai bien compris, je pourrais même être trader un jour ! » La présidente de la Cour revient dans le détail sur les opérations réalisées au deuxième semestre 2007, en lisant son exposé des faits pendant près de 45 minutes. Jérôme Kerviel déboucle ses positions en août et dégage un gain de 500 millions d'euros. Mais il le masque par d'autres opérations, notamment par des opérations d'achats-ventes de titres Porsche à date de part décalée. Celles-ci seront détectées par le back-office au moment de leur règlement.
Les positions sur le titre Porsche vont par ailleurs générer un écart de méthode de 5,5 millions d'euros entre le résultat du front-office et celui du back-office. L'équipe « passerelle » a détecté cet écart et demandé des explications à J. Kerviel.
A partir de septembre, l'ancien trader construira de nouvelles positions directionnelles, qui atteindront 30 milliards d'euros fin octobre. Elles seront débouclées en novembre et généreront un gain d'un milliard d'euros. Après quoi, J. Kerviel devra dissimuler son gain et ses positions jusqu'à leur débouclage.
Au 31 décembre, son matelas atteint 1,4 milliard, et il décide de passer des opérations fictives inverses et de ne déclarer qu'un résultat de 55 millions. Pour justifier d'une contrepartie, il choisit d'abord Click-Options, puis le courtier allemand BAADER, puis enfin la Deutsche Bank.
La présidente de la Cour appelle l'ancien trader à la barre : A chaque fois qu'on vous pose des questions vous changez de contrepartie, pourquoi ?
J. Kerviel : J'ai effectivement changé plusieurs fois, pour caler au mieux avec l'arrêté comptable, pour ne pas générer trop d'écarts. Mais les techniques dont on parle ont été vues dès l'arrêté de mars 2007.
- Mais pourquoi vous enquiquiner à changer cinq fois de contrepartie ?
- Je cherche à chaque fois la meilleure solution pour que ça passe tranquillement au niveau du commissaire aux comptes.
Un peu plus tard, l'ancien trader souhaite évoquer de nouveau les écarts de méthode : Un écart de méthode 5,5 millions implique un nombre de contrats énormissime et des positions énormes.
M. Filippini : C'est vrai que pour quelqu'un d'averti, ça représente des transactions très importantes. Ces écarts sont en principe automatiquement corrigés.
- Ca dépend de l'instrument. Mais systématiquement un gros écart de méthode signifie de grosses positions.
- Je suis bien rentrée dans le système, j'ai bien compris, je pourrais même être trader un jour ! Mais ce serait mauvais pour mon c?ur.
 

11h30. « Jérôme Kerviel dit qu'il a utilisé un avatar »
Me Reinhart : Ca vous arrivait de voir Moussa Bakir en dehors du travail ?
J. Kerviel : Ca nous arrivait de nous voir en dehors du travail. Je crois savoir où vous voulez en venir, donc je vais au bout du truc. Ca nous arrivait par moment d'aller le jeudi soir dans une boîte de strip-tease.
Me Koubbi s'avance et souhaite interroger Claire Dumas, représentante de Société Générale : La lettre d'Eurex mentionne des positions massives à l'achat et à la vente et le « scope » ne contient pas exclusivement les traites de J. Kerviel, mais le compte P1 de la banque. Est-ce que P1, c'est le compte de J. Kerviel ou le compte général de la banque ?
C. Dumas : C'est le compte de futures de l'ensemble de la banque.
- Comment ça fonctionne quand votre déontologue répond qu'il y a un problème de couverture et de spéculation ?
Claire Dumas lui fait une réponse complète : M. Zollweg, responsable chez Eurex, indique qu'il avait une vision de l'ensemble des positions de Société Générale. Le courrier envoyé par Eurex portait sur des questions précises sur les transactions de J. Kerviel. Ils ont vu qu'il y avait des positions massives puisqu'ils avaient une vision de l'ensemble des positions. M. Zollweg explique qu'à certains moments, les positions de J. Kerviel ont eu une influence sur la position nette de Société Générale et ont identifié ces transactions. Ces alertes d'Eurex ont trait à trois questions précises : on voudrait comprendre la stratégie attachée à cette transaction ? Pourquoi vous passez par un courtier ? Et quel est le système de routage des ordres ?
La présidente de la Cour demande : Comment Eurex sait que c'est M. Kerviel qui intervient ?
C. Dumas : Eurex a une information sur les personnes qui traitent, par leur licence.
- Mais quand il passe par Fimat, comment savent-ils que c'est lui ?
- Ca je ne sais pas, je vais regarder et je vous dirais.
C. Dumas reveint sur autre sujet quelques minutes plus tard : Je voudrais juste revenir sur Matt. M. Kerviel dit qu'il a utilisé un avatar, car il craignait que son courtier utilise ses informations pour prendre des positions. Je suis assez dubitative devant cette explication.
J. Kerviel : Moussa Bakir aurait même pu parler à d'autres.
La présidente s'interroge : Pourquoi alors passer par un intermédiaire si vous ne vouliez pas qu'il sache ?
- Je ne pouvais pas car j'avais une autre activité de market making par ailleurs.
- Oui mais vous ne vouliez pas qu'il vous fasse un bébé dans le dos.
- J'avais besoin de lui parce que je ne pouvais pas tout faire.
Me Koubbi distribue des impressions d'une décision de l'AMF aux avocats de la partie civile et à la présidente de la Cour, qui décide suspendre jusqu'à 13h45.

10h40. "Celui qui s'en est mis plein les poches, c'est M. Bakir"
Les débats deviennent très techniques et la présidente relit à plusieurs reprises de longs passages des interventions des témoins auditionnés en première instance.
M. Filippini : Qu'est-ce que M. Cordelle a vu ou pas vu ?
J. Kerviel : Il a participé à la rédaction de la première lettre.
L'avocat général intervient : J'aimerais que M. Kerviel explique pourquoi il a insisté dans ses lettres sur la notion de couverture.
J. Kerviel : Je participe à la réponse mais ça n'est pas moi qui la rédige.
L'avocat général revient à la charge : - Pourquoi était-il si important d'insister sur la couverture ?
J. Kerviel : Demandez à M. Duclos [déontologue, ndlr], c'est lui qui a écrit la lettre.
M. Filippini : Pourquoi passer par Fimat et pas directement ces deals ?
J. Kerviel : A ce moment-là, j'ai beaucoup d'activités à gérer en plus de cette position à déboucler, je suis passé par Fimat. Quand les marchés sont plus calmes, j'ai plus de temps pour le faire.
- Mais ça coûtait cher à la Société Générale. Et celui qui s'en est mis plein les poches, c'est M. Bakir [courtier de Fimat, qui passait les ordres de Jérôme Kerviel. Il a touché un bonus de 1,02 millions d'euros fin 2007, en grande partie grâce aux ordres exécutés pour l'ancien trader, ndlr].
L'avocat général intervient : M. Bakir n'avait pas tout à fait la même perception de cet épisode Eurex.
J. Kerviel : Lui avait déjà eu des alertes Eurex, moi c'était ma première.
La présidente de la Cour évoque un autre point : le fait que Jérôme Kerviel avait prétendu à M. Bakir qu'il agissait pour le compte d'un gros client appelé Matt. Expliquez-nous pourquoi faire intervenir un certain Matt ? Matt - Fimat, il y a un jeu de mots ? Et échec et mat, aussi peut-être... On peut fantasmer sur le mot Matt.
- Quand vous donnez des ordres importants à un courtier, le risque qu'il prenne des positions en nom propre est important. Je ne voulais pas qu'il sache que c'était pour la banque.
- Il voyait les positions et il pensait que c'était pour Matt ? M. Bakir disait que vous aviez humanisé ce Matt, qui n'existait pas.
- Le risque quand vous avez un gros ordre, c'est que le courtier aille dans le même sens que vous. J'ai fait en sorte qu'il croit que ce n'était pas moi. Sinon, ça pouvait faire décaler le marché. Mais je pense qu'il avait parfaitement compris que c'était un ordre maison.
- Pourtant, lui dit qu'il a vraiment cru qu'il y avait un Matt. C'est possible que tout le monde mente, mais bon voilà.
 

9h30. "Mon supérieur m'a demandé de noyer le poisson et d'enfumer Eurex"
La présidente de la Cour revient sur le deuxième semestre 2007, et plus particulièrement sur les alertes envoyées par Eurex. Eurex, basé à Francfort, est le plus grand marché à terme du monde, dont l'activité principale consiste dans les futures sur emprunts d'Etat allemand. Selon la définition du Vernimmen, le future est un engagement ferme d'acheter ou de vendre une quantité convenue d'un actif à un prix convenu et à une date future convenue.
Une première lettre a été envoyée par Eurex en novembre 2007, qui s'étonne du nombre de contrats passés, à savoir 1700 futures Dax et 2300 Eurostoxx, loin du nombre moyen de contrats passés sur ces indices. Il sera demandé à Jérôme Kerviel de produire lui-même une réponse à cette lettre. Dans une seconde lettre, l'ancien trader mentionnait 6000 futures Dax achetés en deux heures, à laquelle il avait joint un faux tableau.
Jérôme Kerviel est appelé à la barre.
M. Filippini : Que pouvez-vous nous dire là-dessus ?
J. Kerviel : M. Cordelle [N+1, ndlr] me demande de noyer le poisson et de les enfumer. Il avait une crainte : Eurex est à la fois un régulateur et une entreprise commerciale. Il craignait que notre stratégie soit diffusée et parte à la concurrence.
- Pourquoi vous donnez une liste fausse ?
- M. Cordelle m'a demandé de les enfumer. Il était copie de tous les échanges pour construire la réponse.
- Mais il a dit lors de son témoignage qu'il n'y a jamais participé même s'il l'a lue.
- Juste une remarque. Sur la quantité de 6000 contrats, il reconnaît que c'est énorme. Mes supérieurs ont tous reçu plusieurs mails avec la taille de mes arrêtés en futures.
- On en a déjà parlé de tout ça, on ne va pas y revenir. On en reparlera avec les intéressés. Sur la deuxième réponse, pourquoi envoyez-vous une fausse liste de warrants ?
- C'est le déontologue qui m'a demandé une liste pour étayer ma lettre.
- Et le déontologue savait que c'était des faux warrants ?
- Il a fait son contrôle, donc il savait nécessairement.
- Le déontologue aurait peut-être dû ne pas s'adresser à vous pour faire la réponse et creuser un peu. Pourquoi vous passez par Fimat [filiale de courtage de Société générale, ex Newedge] ? Votre correspondant chez Fimat est Moussa Bakir, broker.
La présidente relit alors tous les échanges par mail et par texto que Jérôme Kerviel et Moussa Bakir se sont envoyés, dans un langage fleuri. « Chui dans la merde (...) Ben j fais trop de tune (...) Eurex va encore me casser les couilles ». L'ancien trader montre son inquiétude, craignant qu'on ne lui reproche une manipulation de cours. Il craint même d'être envoyé en vacances « en taule » dans ces échanges.

9h15. Un témoin qui n'est plus anonyme.
Me David Koubbi, avocat de Jérôme Kerviel, a fourni les documents qu'il avait en sa possession à la Cour et à la partie civile vendredi comme convenu. Le témoin, jusque là anonyme, a été dévoilé : il s'agit de Philippe Houbé, ancien salarié de Newedge (ex-Fimat), filiale de courtage de Société Générale, qui sera entendu à la barre ce jeudi.
Néanmoins, les pièces communiquées n'ont pas convaincu.
Mireille Filippini, président de la Cour d'appel : les pièces qu'on nous a données, on les connaît. La Cour n'a rien eu de nouveau dans les pièces qu'on lui a données.
Me Koubbi lance : Si la Cour ne voit rien de nouveau, c'est que la Cour a mal vu.
L'avocat de la défense évoque alors les enregistrements dont il n'a pas eu le temps de prendre entièrement connaissance.
M. Filippini : Début avril, vous nous avez dit que vous vouliez écouter la bande. Nous avons loué un matériel qui nous a coûté 8000 euros pour permettre d'écouter un témoignage qui dure 8 heures.
Me Koubbi : A chaque fois que nous sommes venus, rien n'avait été désarchivé.
M. Filippini : Vous n'avez pas écouté les 8 heures. Et vous nous dites que la bande a été coupée. Nous vous avons mis à disposition la bande originale. Personne n'est venu l'écouter en entier.
Me Veil, avocat de Société Générale : Pour revenir à notre problème de complot...
La présidente le coupe : Maître, pas complot, machination.
- Une note complète démine entièrement ce sujet.
- Il sera débattu de tout cela.

Et retrouvez notre dossier spécial sur l'affaire Kerviel, les analyses de Valérie Segond et de François Lenglet après le verdict de 2010, ce que sont devenus les protagonistes de l'affaire, les plaintes déposées par Me David Koubbi (avocat de Jérôme Kerviel) et par Me Jean Veil (avocat de Société Générale), le témoignage de l'ancienne conseillère en communication de Jérôme Kerviel, et le contexte politique dans lequel s'inscrit le procès.

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Commentaires
a écrit le 17/06/2012 à 12:29 :
la societe generale est RESPONSABLE
a écrit le 12/06/2012 à 12:10 :
Si la Sté Gale n'a pas vu ou n'a pas réagi alors elle doit être lourdement condamnée en tant que responsable et de son personnel et des deniers des actionnaires. Un employé peut être renvoyé pour faute, grave ou lourde, mais pas maintenu dans sa fonction si cela ne "profite" pas a l'entreprise. La faute est terrible et la gestion de la banque et de ses dirigeants Nulle Cherchez l'Erreur...... C
a écrit le 11/06/2012 à 16:04 :
Il faut en revenir aux basics: les positions faramineuses de JK ne pouvaient pas être en phase ni avec sa mission, ni avec l'accord du top management. On ne soutient pas des attitudes qui sont capables d'envoyer l'entreprise au tapis, c'est une évidence. Alors, que le contrôle ait été défaillant, on peut l'admettre, mais que l'attitude d'un employé passant sa vie à masquer ses positons soit tranparente et sincère, c'est impossible..
a écrit le 11/06/2012 à 13:45 :
c'est facile de trouver une victime dans tous ces "brouillamas"

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