Tarifs d'assurance : pourquoi hommes et femmes paieront finalement plus cher

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C'est ce 21 décembre que l'arrêt de la Cour de justice européenne sur l'unification des tarifs entre hommes et femmes entre en vigueur. Si les jeunes femmes paieront plus cher leurs cotisations d'assurance auto, les hommes, eux, devront débourser davantage pour leur assurance santé.

La guerre des sexes n'aura pas lieu. Les femmes ne seront pas les seules à pâtir de l'unification des tarifs d'assurance qui entre en vigueur ce vendredi 21 décembre pour les nouveaux contrats souscrits. Les hommes seront eux aussi pénalisés par cette décision, en particulier sur les produits de santé et d'épargne. "La prise en compte du sexe de l'assuré en tant que facteur de risques dans les contrats d'assurance constitue une discrimination", a estimé la Cour de justice européenne.

"Les femmes vont subventionner les hommes"

Jusqu'à présent, chacun payait à l'aune du risque qu'il représentait. Les langues se sont beaucoup déliées au sujet de l'assurance auto, que les jeunes femmes devront payer plus cher dans leurs premières années de conduite. En effet, jusqu'à maintenant, les femmes payaient moins cher que les hommes leur cotisation d'assurance auto, puisque leur comportement étaient moins accidentogène. "Les femmes peuvent faire des erreurs d'inattention, mais elles sont moins casse-cou que les hommes", remarque Franck Allard, PDG d'AMV, spécialiste de l'assurance deux-roues et auto. Avant d'ajouter que "jusqu'à maintenant, il y avait une différence de 10% en faveur des femmes, en auto comme en deux-roues. Avec cet arrêt de la Cour de justice, il va y avoir un alignement par le haut".

Fin 2011, la Fédération européenne des assurances estimait ainsi qu'une femme de 20 ans verrait sa prime d'assurance auto augmenter d'environ 9% en France, tandis qu'un homme du même âge verrait la sienne baisser de 7% une fois l'unification des tarifs mise en place. "Conclusion : les femmes vont subventionner les hommes et voir leurs primes augmenter", ironise le comparateur Assurland.

Deux partout, la balle au centre

Ce ne sera pas le cas pour tous les produits d'assurance. "Concernant l'assurance santé, les femmes auront plutôt un avantage, tandis que les hommes pourraient payer entre 5% et 10% plus cher. Par contre, en prévoyance, les femmes payaient jusqu'à maintenant moins cher que les hommes, du fait de comportements quotidiens moins risqués : par exemple, elles fument un peu moins que les hommes et pratiquent moins de sports à risques", affirme Matthieu Bébéar, directeur général adjoint d'Axa Particuliers et Professionnels.

Le facteur de l'espérance de vie plus longue des femmes leur permettait aussi de bénéficier de tarifs plus intéressants pour l'assurance décès ou l'assurance emprunteur. Ces dames perdront donc l'avantage sur la prévoyance également. "En épargne, les rentes des femmes étaient jusque là plus faibles que celles des hommes, du fait de la différence en terme d'espérance de vie", remarque Matthieu Bébéar. Et contrairement à la prévoyance, les professionnels confient que les hommes pourraient devoir s'aligner sur le niveau de rentes des femmes... L'auto et la prévoyance plus chères pour les femmes, la santé et l'épargne moins avantageuses pour les hommes : deux partout la balle au centre ?

Une discrimination qui ne dira pas son nom

Comme les assureurs ne pourront plus segmenter leurs risques et donc leurs grilles tarifaires, en fonction du sexe, ils vont devoir user de subterfuges. "Nous allons avoir du mal à trouver un biais qui compense le sexe dans nos "scorings". Pour retrouver nos femmes perdues, nous allons par exemple nous baser sur le modèle de voiture ou de deux-roues pour essayer d'appréhender le genre du conducteur, et avantager par exemple les Fiat 500 ou les scooters Piaggio colorés, qui sont plutôt conduits par des femmes. Mais, du coup, au lieu d'éliminer la discrimination, elle va se déplacer", précise Franck Allard. Les assureurs prendront par exemple comme hypothèse que le conducteur d'une moto hypersportive a de fortes chances d'être un homme. CQFD...

Axa, et probablement de nombreux autres assureurs, ont également réfléchi à la mise en place d'autres éléments différenciants : "Il va falloir utiliser des critères différents pour continuer à faire payer le bon tarif à la bonne personne. Par exemple, même si la couleur n'est pas un critère de tarification, nous avons remarqué que les conducteurs de voitures rouges ont un comportement plus "voyant", donc plus risqué. Par le biais de l'âge, de la catégorie socio-professionnelle ou de la charge de famille, nous pouvons aussi en déduire certains comportements", explique Matthieu Bébéar. Il est ainsi permis de penser qu'un père de famille transportant ses enfants aura un comportement plus prudent sur la route.
Une nouvelle donne qui pourrait finalement inciter les assuré(e)s à faire de fausses déclarations pour obtenir de meilleurs tarifs.

Le danger de la segmentation

L'arrêt de la Cour de justice pose par ailleurs un problème de taille, et pour les assurés, et pour les assureurs : ne crée-t-elle pas un terreau favorable à une mutualisation des risques plus importante à l'avenir, et donc à une moindre segmentation des risques et des tarifs ?
"Si la segmentation est trop large, l'assureur court le risque de proposer un tarif trop élevé aux personnes qui sont exposées aux risques les plus faibles. L'assurance repose sur cet équilibre entre la nécessité d'avoir un segment suffisamment large pour être fiable et la nécessité de proposer un prix compétitif et accessible aux assurés dont les risques sont peu élevés et les moyens limités. Si on interdit la segmentation, on écarte de l'assurance les assurés dont les risques sont peu élevés et le budget limité", explique François Rosier, membre de l'Association des juristes d'assurance et de réassurance.

Matthieu Bébéar abonde dans ce sens : "Aller vers une plus grande mutualisation des risques ne va pas dans le sens de l'intérêt du consommateur. Ni dans celui des assureurs, qui doivent poursuivre un développement rentable et maîtrisé".

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Commentaires
a écrit le 21/12/2012 à 14:53 :
Il y a une discrimination, donc on égalise les cotisations ... vers le haut, comme par hasard ! Et encore une augmentation pour l'année prochaine, une de plus !!
a écrit le 21/12/2012 à 11:15 :
la très grande concurrence entre les assureurs les a conduit vers une hyper segmentation de façon à attirer les risques "faibles" donc à faible cotisation. Ainsi, aujourd'hui il est devenu très difficile pour un jeune conducteur d'être assuré à un prix raisonnable, de la même façon une personne agée voit sa cotisation assurance santé s'envoler. Le principe de mutualisation "trop segmenté" converge inexorablement vers la discrimination (anti-jeunes pour l'assurance auto, anti-vieux pour l'assurance santé).....
Réponse de le 21/12/2012 à 14:44 :
Exactement. On pourrait aussi ajouter que le principe fondateur de l'Assurance avec un grand A est justement la mutualisation du risque. Dès lors, l'hyper-segmentation est contraire à la mission première de l'assurance.
a écrit le 21/12/2012 à 11:05 :
Le système bonus malus exclusivité française est une honte , il devrait être aboli depuis des lustes , que fait l'europe sur ce sujet ? même si vous n'êtes pas responsable vous êtes sanctionné , le saviez vous ? ce qui pousse les assurés à ne pas déclarer les petits moyens chocs et donc augmente encore les profits des assureurs , un système légalisé proche de l'arnaque !!!
a écrit le 21/12/2012 à 9:43 :
Mais les assurances pratiquent depuis toujours la mutualisation des cotisations et ce de manière systématique!!! Avec une augmentation annuelle de 10 % de l'an!!!!
a écrit le 21/12/2012 à 9:06 :
En théorie me semble-t-il le dogme de la concurrence libre et non faussée qui est tout compte fait la seule valeur de l'UE est sensé bénéficier au consommateur. si tel n'est pas le cas l'Europe ne sert à rien si ce n'est à restreindre le libre arbitre des états et pour s'en affranchir il faut la quitter.Marre de cette Europe qui sur le fonds ne veille qu'aux intérêts des entreprises et se moque des intérêts des citoyens

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