Procès de Fabrice Tourre : l'ancien trader de Goldman Sachs joue la carte du "low profile"

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Fabulous Fab affirme ne pas avoir créé de produits financiers monstrueux, contrairement à ce qu'il avait écrit à sa petite amie en 2007, au moment de l'affaire Abacus. Copyright Reuters
"Fabulous Fab" affirme ne pas avoir créé de produits financiers "monstrueux", contrairement à ce qu'il avait écrit à sa petite amie en 2007, au moment de l'affaire Abacus. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Accusé par le gendarme américain de la Bourse d'avoir trompé les investisseurs, dans le cadre de l'affaire Abacus, « Fabulous Fab » s'est départi de l'arrogance affichée devant le Sénat en 2010. Mais l'ancien trader de Goldman Sachs continue de nier toute malversation.

Ce vendredi, à New York, le procès le plus emblématique de la crise financière de 2008 entrera dans son 11ème jour. Avec, dans le rôle-titre, le Français Fabrice Tourre, désormais mieux connu sous le surnom de "Fabulous Fab." Cet ancien trader de la banque Goldman Sachs, aujourd?hui âgé de 34 ans, est accusé par la Securities and Exchange Commission (SEC) ? le gendarme américain des marchés financiers ? d?avoir sciemment trompé des investisseurs, quelques mois avant l?éclatement de la crise des subprimes (crédits hypothécaires américains risqués), en 2007.

Le hedge fund Paulson avait pressenti l?éclatement de la crise des subprimes

Petit rappel des faits : il y a six ans, Fabrice Tourre, qui travaille alors chez Goldman à New York, conçoit un produit financier complexe, baptisé Abacus. Dans les grandes lignes, il s?agit d?un portefeuille composé de crédits hypothécaires américains à risque, les fameux subprimes. Le hedge fund Paulson, l?un des gros clients de Goldman Sachs, participe à l?élaboration d?Abacus, dans l?optique de jouer le produit à la baisse, car le fonds spéculatif pressent l?éclatement de la crise des subprimes.

Le problème, c?est que les investisseurs qui achètent des titres Abacus ne savent nullement que Paulson, lui, mise à la baisse sur le produit. Résultat des courses, la bombe des subprimes finissant bel et bien par exploser, Paulson empoche une plus-value de 1 milliard de dollars, Fabrice Tourre un bonus de 2 millions, tandis que les investisseurs perdent 1 milliard de dollars.

L?ancien trader continue de nier toute malversation

Entendu par le Sénat américain il y a trois ans, lorsque l?affaire avait éclaté au grand jour, Fabrice Tourre avait affiché devant les parlementaires une confiance en soi confinant à l?arrogance. Aujourd?hui, il semble avoir choisi de jouer la carte du « low profile », s?excusant auprès du tribunal pour son accent français, priant les avocats de lui répéter certaines questions qu?il n?aurait pas bien comprises.

Mais ce qui ne change pas, c?est sa ligne de défense. L?ancien trader continue de nier toute malversation. Même lorsque l?avocat de la SEC, Matthew Martens, lui met sous le nez l?une des principales pièces à conviction du dossier, le désormais célèbre courriel adressé le 23 janvier 2007 par Fabrice Tourre à sa petite amie de l?époque, Marine Serres, qui travaillait également chez Goldman Sachs, mais à Londres : « L?édifice tout entier peut maintenant s?effondrer à chaque instant. Le seul survivant éventuel : « Fabulous Fab », debout, au milieu de toutes ces opérations exotiques, complexes, qu?il créa sans forcément saisir toutes les implications de ces monstruosités !!! »

Fabrice Tourre risque de se voir interdit à vie de travailler dans la finance

"Je n?ai pas créé de monstruosités", a nié Fabrice Tourre jeudi soir, interrogé par Matthew Martens. Et d?ajouter : "Il s?agit là d?un e-mail idiot, romantique, envoyé tard le soir dans un moment de stress." Le jeune homme mise visiblement sur les difficultés de ses conditions de travail pour tenter de rallier les neuf jurés à sa cause, rappelant qu?en 2007, alors âgé de 28 ans seulement, il trimait jusqu?à minuit, six jours sur sept, dans un immense open space, où il n?était qu?un trader parmi des centaines d?autres.

Pas sûr que cela suffise à attendrir les jurés. A moins que ces derniers ne considèrent le jeune homme comme une sorte de bouc émissaire, Goldman Sachs ? sans reconnaître sa propre culpabilité mais sans la nier, non plus - s?étant affranchie des poursuites de la SEC dès 2010, moyennant la somme colossale de 550 millions de dollars. Fabrice Tourre, lui, risque de devoir rembourser les sommes indûment perçues dans le cadre de l?affaire Abacus et de se voire interdit à vie de travailler dans la finance.
 

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Commentaires
a écrit le 30/07/2013 à 14:29 :
il avait touché 2 millions, qu`il les rembourse et travaille dans un autre secteur, ca me parait juste.
a écrit le 29/07/2013 à 14:35 :
sa banque lui a joué un mauvais tourre :)
a écrit le 28/07/2013 à 18:04 :
C'est toute cette finance qu'il faut envoyer en taule. Aucun d'entre eux ne sait la réelle valeur d'un dollar et des efforts qu'il faut pour créer de la valeur, et eux jouent avec des milliards.
Réponse de le 29/07/2013 à 14:36 :
vous n'avez qu'à retirer vos billes de la banque et tout garder au chaud chez vous dans un coffre
a écrit le 28/07/2013 à 18:03 :
Il a fait son boulot, ce qu'on lui a demandé de faire.
Il aurait du faire quoi ? Dénoncer ses donneurs d'ordre ?
il faudrait aussi condamner ceux qui ont créé les formules mathématiques qui ont servi a élaborer les modèles non ?
a écrit le 26/07/2013 à 15:44 :
Quand on a fraudé pour 1000 millions de $, il vaut mieux jouer profil bas... Il serait normal qu'il soit condamné si en effet il est coupable, mais il ne devrait pas tomber seul. Goldman Sachs devrait être condamné, plutôt que d'avoir le privilège de pouvoir signer un accord avec les régulateurs, ce qui est choquant;
Réponse de le 28/07/2013 à 13:45 :
Entièrement d'accord. Et pour être dans ce milieu depuis 25 ans, on sait que GS n'a pas la même mentalité que les autres banques d'investissement. A ce sujet, lire l'article de 2009 de Matt Taibi dans Rolling Stone.

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