Bourse : Euronext veut fédérer la Tech européenne sur un nouveau segment de marché

L’opérateur boursier va lancer en juillet un nouveau segment de marché, Euronext Tech Leaders, avec un indice associé, pour offrir davantage de visibilité aux sociétés Tech européennes auprès des grands investisseurs internationaux. La CDC et Bpifrance se sont déjà engagées à investir sur ce nouveau segment mais Euronext souhaite, par un effet d’entraînement, attirer les grandes gestions européennes, jusqu’ici plutôt prudentes face au secteur de la Tech.

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Euronext représente près de 7.000 milliards d'euros de capitalisation, soit deux fois plus que la City et trois fois plus que Francfort.
Euronext représente près de 7.000 milliards d'euros de capitalisation, soit deux fois plus que la City et trois fois plus que Francfort. (Crédits : Benoit Tessier)

Ne parlez pas de « Nasdaq européen » à Stéphane Boujnah, directeur général d'Euronext, il préfère évoquer un projet pragmatique visant à regrouper, sur un seul segment, les principales entreprises Tech d'Euronext, et ce quel que soit leur lieu de cotation. C'est pourtant en grande pompe qu'Euronext a annoncé le lancement, d'ici à juillet prochain, de son nouvel indice Euronext Tech Leaders qui doit faciliter l'accès aux marchés de capitaux de plus d'une centaine de sociétés européennes du secteur.

L'idée de ce nouveau compartiment, née l'été dernier et annoncée en février, repose sur plusieurs constats : le manque d'appétit des grands institutionnels européens pour le secteur Tech, l'émergence de nombreuses licornes en Europe et le faible nombre de sociétés européennes qui partent se faire coter aux Etats-Unis, et encore moins à Londres depuis le Brexit.

Bref, il y a une carte à jouer et Euronext, nouveau poids lourd des actions en Europe (deux fois plus gros que la City et trois fois plus important que Francfort sur le trading et le listing des actions) entend saisir la balle au bond.

Double objectif

Ce nouvel indice vise donc un double objectif : accroître la visibilité des sociétés Tech européennes auprès des grands investisseurs internationaux - sans négliger le retail avec une nouvelle génération d'investisseurs particuliers née avec la crise sanitaire - et faciliter les conditions de transactions sur un segment homogène, et ce quelle que soit la place de cotation. De grands institutionnels, comme la Caisse des dépôts ou Bpifrance en France, acteurs clés de la French Tech, soutiennent l'initiative et se sont déjà engagés sur des enveloppes qui seront investies sur le segment (jusqu'à 1,5 milliard d'euros en cinq ans pour la CDC).

Les contours de ce nouveau segment de marché et de son indice, qui ne sont pas encore totalement finalisés, sont plutôt flatteurs sur le papier : il devrait regrouper à ce stade quelque 108 sociétés européennes cotées, totalisant environ 1.000 milliards de dollars de capitalisation, dont pas moins 41 entreprises françaises qui sont soit déjà bien ancrées dans le paysage (l'éditeur de jeu vidéo Ubisoft, le spécialiste de paiement Worldline, l'éditeur de logiciels Dassault Systèmes), soit en devenir, comme l'éditeur de musique Believe ou le spécialiste du cloud OVH. Une grande majorité de ces sociétés sont donc bien connues des investisseurs, ce qui est de nature à les rassurer et à attirer leur attention.

Effet d'entraînement

Il est vrai que dans le passé, les précédentes initiatives européennes, toujours locales, pour tenter de copier le Nasdaq, comme le Nouveau marché à la Bourse de Paris, se sont toujours plantées. Il manque toutefois le potentiel du gisement Tech allemand, mais il n'est pas exclu, à terme, de faire venir des entreprises cotées à Francfort.

Mais le monde a changé depuis les années 2000 surtout avec l'émergence de la Bourse pan-européenne Euronext, renforcée par les acquisitions de la Bourse de Dublin, d'Oslo et surtout de Milan. C'est même l'obsession de Stéphane Boujnah : «il faut regarder les entreprises de la Tech par rapport à leurs caractéristiques et non plus en fonction du lieu de cotation ». Pour faire vivre ce nouveau segment, Euronext entend développer de nouveaux services, comme un programme de pré-introduction en Bourse. « Il y avait urgence pour que les licornes se cotent chez nous », souligne le directeur général d'Euronext.

Euronext s'est associé avec les grands noms internationaux de la gestion d'actifs pour mettre toutes les chances de son côté.L'opérateur mise sur un effet d'entraînement et combler ainsi le chaînon manquant dans l'écosystème européen du financement de la Tech en facilitant les introductions en Bourse et donc les sorties des fonds d'investissement.

Une initiative qui pourrait en entraîner d'autres et créer un cercle vertueux pour l'ensemble de l'écosystème du financement de la Tech (qui s'apprête à vivre des jours plus difficiles avec la montée des taux). Euronext mise d'ailleurs fort sur cet effet d'entraînement pour gagner son pari.

Reste à connaître l'accueil qui sera fait à ce nouveau segment à l'heure où chacun redoute l'explosion d'une bulle sur le Tech. A contrario, la chute des valeurs Tech pourrait faciliter le lancement de l'indice, loin des excès de valorisations de l'an dernier. Stéphane Boujnah rejette cependant toute idée de « bon » ou « mauvais » timing, tant il estime que ce segment de marché et son indice répondent à de vrais enjeux.

« Ce que nous construisons va prendre des années », rappelle le dirigeant, sans savoir à l'avance si son approche « Bottom up » va marcher ou non. Dans la Tech, il faut savoir prendre des risques.

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