L'Ukraine nationalise sa plus grande banque

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Olexandre Danyliouk (à gauche), ministre des Finances ukrainien, et Valeriia Gontareva, gouverneure de la banque centrale, ont expliqué les raisons de la nationalisation de PrivatBank lundi 19 décembre.
Olexandre Danyliouk (à gauche), ministre des Finances ukrainien, et Valeriia Gontareva, gouverneure de la banque centrale, ont expliqué les raisons de la nationalisation de PrivatBank lundi 19 décembre. (Crédits : Reuters)
Selon le ministre des Finances ukrainien, l'opération permettrait de sauver les dépôts de "près de 20 millions de clients".

Dans la nuit de dimanche à lundi, l'Ukraine a décidé de "devenir propriétaire de 100% des actions de PrivatBank", autrement dit de nationaliser un établissement qui regroupe le tiers des dépôts du pays. Depuis des mois, les rumeurs concernant la santé de PrivatBank se multipliaient, et faisaient peser un risque sur la stabilité financière d'un pays déjà ébranlé par le conflit avec la Russie. Le coût du renflouement est estimé à près de 4 milliards d'euros.

Selon un communiqué publié par le gouvernement, cette décision garantira "le fonctionnement ininterrompu de cette institution et la sauvegarde de l'argent de ses clients". Dans une allocution télévisée, le président ukrainien Petro Porochenko rappelait que la banque comptait comme clients "environ la moitié de la population adulte et plus de la moitié des entreprises". Il a promis que les dépôts des épargnants seraient intégralement préservés.

"Prophétie auto-réalisatrice"

Avant cette nationalisation, le principal actionnaire de PrivatBank était l'influent milliardaire Igor Kolomoïski, qui a été un temps gouverneur de la région de Dnipropetrovsk et est devenu une cible du président ukrainien Petro Porochenko dans sa lutte contre la corruption. La banque se trouvait au cœur de multiples spéculations ces derniers temps, les médias locaux affirmant qu'elle avait multiplié les prêts de mauvaise qualité, c'est-à-dire présentant peu d'espoir de remboursement au risque de la rendre incapable d'assurer les opérations de ses clients.

Ces rumeurs elles-mêmes inquiétaient le marché, fragilisant encore l'établissement, au risque d'un effet domino dramatique au moment où l'économie du pays se reprend timidement des couleurs après plusieurs années d'effondrement aggravé par la guerre avec les séparatistes prorusses dans l'Est industriel. L'un des membres de la direction de PrivatBank, Dmytro Doubilet, a ainsi qualifié ces difficultés de "prophétie auto-réalisatrice" résultant d'"attaques médiatiques".

Exigence du FMI

L'assainissement du secteur bancaire fait partie des conditions clés des alliés occidentaux de Kiev, menés par le FMI, pour maintenir leur perfusion financière, qui a déjà pris du retard ces dernières années à cause de la persistance de la corruption.

L'Ukraine espérait du FMI le feu vert au versement d'une tranche de 1,3 milliard de dollars en novembre, dans le cadre du plan de sauvetage financier de 17,5 milliards de dollars accordé en 2015. Mais à l'issue de sa dernière mission à Kiev, en novembre, le Fonds a estimé que le pays avait besoin de plus de temps pour remplir les conditions nécessaires.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 21/12/2016 à 0:04 :
Pour compléter mon commentaire ci-dessous. Les gens disent qu’en réalité c’est encore moins simple. En fait les mauvais crédits de la banque Privat sont majoritairement (autour de 5-6 mlrd. dollars) ceux qui ont été pris par d’autres structures de Kolomoiski, donc, il a vidé sa banque, et maintenant celle-ci est nationalisée. Ainsi, c’est l’Etat qui va payer pour couvrir les pertes. Certes, il y a une lutte entre les oligarques Poroshenko et Kolomoiski, mais ici il est probable qu’ils aient joué ensemble. Poroshenko a un intérêt,car le financement du FMI et d’autres structures occidentales passe par les structures financières proche de lui.
a écrit le 19/12/2016 à 17:44 :
..."pays déjà ébranlé par le conflit avec la Russie"?
Balivernes!
Ce malheureux pays continue à souffrir du coup d'état dont il fut l'objet.
Une partie de sa population n'a pas supporté ce coup de force, la Crimée a fait sécession.Bien lui en a pris car sa situation est bien plus faste maintenant!Le sud-est du pays ne l'a pas non plus accepté.En conséquence, une guerre a été engagée contre ceux qui refusent la soumission du pays à l'ouest.Guerre à crédit avec les subsides du FMI!
Dans la mesure où le meilleur morceau de l'Ukraine, à savoir la Crimée a échappé aux USA(une escadre était déjà en partance que l'intervention militaire russe a neutralisée, juste aux lendemain des Jeux de Sotchi), ce pays est d'un moindre intérêt pour ceux qui ont conduit à sa maltraitance déguisée en conquête de la démocratie...
L'incompétence, l'impéritie de ses dirigeants acoquinés à ceux qui sont les investigateurs de ces troubles jettent une lumière crue sur la déchéance de ce pays.
La situation est en train d'évoluer, la popularité des dirigeants de pacotille de ce pays est en berne.Un jour l'Ukraine demandera à réintégrer l'ensemble civilisationnel qu'elle n'aurait pas dû quitter.Pour l'heure la population souffre, l'ensemble du système bancaire est sous perfusion....
A propos la nationalisation en question , voilà une décision qui ne fait habituellement pas partie du bréviaire des néo-libéraux....
a écrit le 19/12/2016 à 15:34 :
1. >>"une cible du président ukrainien Petro Porochenko dans sa lutte contre la corruption".
C'est une bonne blague. Une cible - certainement, mais plutôt dans la lutte pour les flux financiers. On dit que Petr Poroshenko, par rapport auquel F. Hollande est un président hyper-populaire, lutte contre le clan de Kolomoiski (l'oligarque le plus odieux de l'Ukraine) pour le contrôle de la région d'Odessa, relativement riche, où il y a beaucoup d'actifs intéressants.
2. Les rumeurs autour de la banque Privat ont été surement inspirées intentionnellement. L'ex-gouverneur de la région d'Odessa, M. Saakaschvili a reconnu ouvertement d'être derrière.
3. >« au moment où l'économie du pays se reprend timidement des couleurs après plusieurs années d'effondrement »
Bon, tout est relatif. Peut-être il y a des fluctuations autour du zéro, mais par exemple, la commerce extérieure a plongé d’un tiers en 2016, tout comme les années précédentes, et toujours avec un solde négatif de ~2-3 % du PIB.
a écrit le 19/12/2016 à 13:51 :
Bonne initiative, nationaliser les banques c'est remettre la main sur l'économie afin de pouvoir la faire repartir.

Le milieu financier est fou à lier, alors on le laisse faire tout et n'importe quoi du fait de nos régimes oligarques mais heureusement parfois il y a des exceptions qui du coup sont salutaires.

L'exception venant du fait que l'ancien milliardaire actionnaire était un adversaire directe du dirigeant politique actuel.

La paupérisation mondiale initié par l'oligarchie financière est en train d'obliger cette dernière à se concurrencer elle-même.

Ben oui l'avidité mène irrémédiablement à la stupidité.
Réponse de le 19/12/2016 à 17:28 :
Vous n'avez toujours pas compris qu'on nationalisait les pertes et qu'on privatisait les bénéfices. C'est ce que FILLON/ SARKOZY ont fait avec les banques et la dette qu'elles détenaient sur la GRECE.
Réponse de le 19/12/2016 à 18:17 :
Si bien entendu que je l'ai compris et depuis longtemps et c'est bien pour cela d'ailleurs que je parle de subventions massives des multinationales et donc de leurs actionnaires milliardaires par les États du monde.

C'est aussi ce qui fait que l'économie que nous subissons actuellement n'a rien à voir avec le libéralisme qui lui laisserait les multinationale défaillantes s'écrouler selon la loi du plus fort.

Pour demander que les états arrêtent d'aider les pauvres les néolibéraux sont là par contre pour demander une véritable économie libérale on les attend toujours et on peut attendre longtemps.

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