Les entreprises se bousculent pour emprunter à taux zéro (ou négatif)

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Les émissions obligataires des entreprises, même très peu rémunératrices, ont de beaux jours devant elles.
Les émissions obligataires des entreprises, même très peu rémunératrices, ont de beaux jours devant elles. (Crédits : REUTERS)
Après les Etats, c’est au tour des grands groupes d’émettre des obligations à coupon nul et à taux négatif pour des sommes de 500 millions à 1 milliard d’euros. C’est la ruée à la rentrée pour se refinancer à moindre coût, en profitant des effets de la politique accommodante de la BCE.

Gagner de l'argent en s'endettant. C'est ce que font ces derniers temps un certain nombre de grandes entreprises qui profitent de l'environnement de taux d'intérêt ultra-bas pour se refinancer à moindre coût. Après les Etats, c'est donc au tour des grands groupes du CAC 40 ou équivalent de profiter de cette aubaine : on les paie pour qu'ils empruntent ! Pourtant, selon le code civil, il est interdit de prêter à des taux négatifs.

Ce mercredi, Saint-Gobain a réussi le placement d'une émission obligataire à 3 ans et demi d'un montant d'un milliard d'euros avec un coupon annuel de 0% (les porteurs ne toucheront aucun intérêt ni par an, ni au terme de l'emprunt, sachant qu'on ne peut techniquement faire de coupon négatif). Le 6 septembre, le géant de la pharmacie Sanofi a emprunté 3 milliards d'euros dont une tranche d'un milliard à 2020 à un taux de rendement négatif de 0,05%. Le lendemain, l'Allemand Henkel a placé 2,2 milliards d'euros d'obligations dont 500 millions à deux ans « à coupon 0% et taux de rendement négatif de 0,05% par an ». Pourquoi les investisseurs sont-ils prêts à accepter de ne pas être rémunérés ?

Quand l'argent qui dort ne rapporte plus mais coûte

Laurent Gonon, responsable de la gestion monétaire et obligataire chez BFT IM (filiale du groupe Amundi), décrypte :

« Il y a énormément d'émetteurs depuis septembre qui placent d'assez gros emprunts, de taille benchmark, c'est-à-dire de plus de 500 millions à 1 milliard d'euros. Et la demande est en général deux à trois fois plus élevée que l'émission. Il y a un effet de rattrapage, après l'été qui a été très calme sur le marché primaire, sans « stress » particulier ».

Pas de violente secousse financière. En revanche, des milliards d'euros déversés par la BCE qui a mis en œuvre à partir de juin son programme de rachat d'actifs dans le cadre de sa politique d'assouplissement quantitatif (QE), environ 7 milliards par mois, plus que les 3 à 5 milliards anticipés.

« Dans notre monde, il n'y a plus d'actif de repli, sans risque, pour un investisseur institutionnel. On perd de l'argent sur les placements monétaires, à environ -0,40% par an. Si on trouve un émetteur, comme l'Allemagne, pour lequel il y a une très grande probabilité de retrouver son argent, on est prêt à payer une petite prime pour le lui confier. »

Idem s'il s'agit d'une entreprise ayant une très bonne notation de crédit simple ou double A.

Même l'alternative qui consisterait à tout laisser dormir au coffre-fort est plus coûteuse. Les banques se font taxer de 0,4% sur leur excédent de réserves. Une ponction sur les dépôts qui ne s'applique pas encore aux particuliers, même si le tabou a été brisé en Allemagne. Il peut donc être moins coûteux de prêter à un taux très légèrement négatif, ou un taux de rendement très faible (0,12 à l'émission de Saint-Gobain). Les investisseurs ont changé de raisonnement :

« Le zéro n'est plus la référence. C'est l'Eonia [Euro OverNight Index Average, le taux interbancaire au jour le jour, ndlr], le coût d'emprunt de l'argent, qui est la référence à battre. Or ces émissions obligataires présentent encore un spread (écart) positif : 17 points de base pour Sanofi, 30 points de base pour Saint-Gobain. Et les investisseurs spéculent sur une baisse des taux de rendement encore plus bas, du fait du programme de la BCE ».

Ils s'attendent à un prolongement au moins jusqu'en septembre 2017 de la politique accommodante de la Banque centrale européenne, ce qu'elle pourrait annoncer en fin d'année. En attendant, les émissions obligataires des entreprises, même très peu rémunératrices, ont de beaux jours devant elles. On recense déjà 37 émissions corporate libellées en euros de plus de 100 millions depuis début septembre.

« Actuellement, 14% du marché total du crédit (corporate) se trouve en taux négatifs. Ce ne sont pas forcément des emprunts avec un coupon zéro ou qui avaient un taux zéro à l'émission mais c'est leur valorisation actuelle. C'est un niveau record. Sur les titres d'Etat, c'est pire - au total, 45% du marché obligataire en euro est un rendement négatif. D'où le report sur les obligations corporate. C'était d'ailleurs le but de la BCE, pour relancer l'économie et l'investissement productif. Il est vrai que, pour l'instant, cela ne s'est pas traduit par un rebond de l'investissement mais par un nettoyage de bilan et du refinancement. »

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a écrit le 19/09/2016 à 13:25 :
"nettoyage de bilan et du refinancement", tout est dit, mais même à taux super zero, comment les entreprises rembourseront-elles ? Avec des assignats 1793 ?
a écrit le 19/09/2016 à 10:19 :
Attention ...louer votre appartement ,avec zéro intérêt, donc zéro loyer de l'argent ... peut brutalement un jour , devenir très couteux...quand, la "logique économique" va ouvrir la boîte de Pandora de Piketty ...bon...tout de même prudemment ...nous sommes un peu préparé notre avenir ..vu que nous savons que la boite à outils ..de Normal 1er était vide ...(même que c'est validé).....donc finalement , acheter du Sterling n'est pas forcément une mauvaise idée....
a écrit le 19/09/2016 à 9:20 :
c'est tres inquietant
avant on evaluait un projet sur sa rentabilite intrinseque et comparative a d'autres projets.......... maintenant on evalue sa capacite a perdre dde l'argent moins vite que les autres!
le cash burn rate etait un argument tres a la mode internet avant mars 2000 !
on sait pas ou on va, mais on y va!
Réponse de le 19/09/2016 à 10:30 :
Bonne interrogation ...! disons que la dernière nomenklatura marxo/socialiste au pouvoir en UE de Normal 1er ..., aura menée à tout.... et conduit à rien ...! faut savoir dans la vie, 26 ans après la chute du mur de Berlin et l'implosion du paradis socialiste ... que le socialisme , c'est comme le LOTO, ont rêve avant le résultat et l'on est très déçu après ..(entre temps l'arme fiscale vous à tout même ponctionner 30% sur votre mise ) ...;-)
Réponse de le 19/09/2016 à 14:06 :
Faut arrêter les produits mr Pipo. L ue est dirigée depuis plus d une décennie par vos amis de droite et si Hollande pesait, ben ça se saurait...pas de doute non plus à la bce c est tout sauf des crypto marxistes...pour mémoire la crise a explosé avec les folies du système financier, sans doute les apôtres de votre paradis ( artificiel). Comme dirait l autre la vieillesse est un naufrage, bonne sieste.
a écrit le 19/09/2016 à 8:46 :
Moins la monnaie aura de valeur, moins en lui fera confiance! Surtout quand on peut la manipuler aussi aisément pour une politique de court terme opportuniste!
Réponse de le 19/09/2016 à 9:17 :
pas d inflation, cour de l Euro solide, des investisseurs prêts à payer pour avoir de l Euro, tout le contraire d une monnaie qui n'aurait pas de valeur...Que cette politique pose question ok, qu'elle n'est pas les résultats que l on serait en droit d'espérer en théorie ok. Si elle permet d'apurer les bilans et les structures d'endettement, c'est plutôt bien, car il faut du temps pour purger 2008. Maintenant et comme Draghi le dit depuis plusieurs mois, c'est à la politique budgétaire de faire redémarrer la machine plus fort (je ne parle pas pour la France)
Réponse de le 19/09/2016 à 10:37 :
"Des investisseurs prêts à payer pour avoir de l' euro"; a ce tarif là, on les comprend.

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