Quand le Medef convertit des PME au crowdlending

Par Delphine Cuny  |   |  833  mots
Metalliance, entreprise familiale de Saint-Vallier en Saône-et-Loire, vient de lever 500.000 euros sur le site de financement participatif WeShareBonds. C'est la première concrétisation du "Meetic du financement des PME" mis en place par le Medef. (Crédits : DR)
Afin d’aider les petites et moyennes entreprises à se financer plus facilement, le syndicat patronal a créé Medef Accélérateur d’investissement, une plateforme de mise en relation avec des sites de prêts participatifs et de des fonds de capital-développement. Metalliance, PME industrielle de Saône-et-Loire, est la 1ère à se financer par ce biais, en levant 500.000 euros sur WeShareBonds.

Aider les PME françaises à grandir en trouvant des financements adaptés, c'est l'objectif de la création par le Medef en octobre dernier d'une plateforme de mise en relation de ses membres avec des acteurs de la finance traditionnels et alternatifs, appelée Medef Accélérateur  d'investissement. La démarche trouve sa première concrétisation avec le financement de la PME de Saône-et-Loire Metalliance  sur le site de prêts participatifs WeShareBonds, bouclé officiellement ce mercredi. Il s'agit d'un prêt obligataire non convertible de 500.000 euros, amortissable, d'une durée de quatre ans, au taux de 6,5%, financé en partie par des particuliers.

Implantée à Saint-Vallier, près de Montceau-les-Mines, cette entreprise familiale de 24 millions d'euros de chiffre d'affaires et 120 salariés, spécialisée dans la conception d'engins motorisés pour la réalisation de tunnels et la pose de voies ferrées notamment (métro du Qatar, de Lima, de Sydney), n'avait jusqu'à présent eu recours qu'à des financements traditionnels, essentiellement bancaires, et cherchait comment financer de l'immatériel (du fonds de roulement sans chiffre d'affaires pour son nouveau produit innovant, un train sur pneus à fonctionnement électrique). Mais le « crowdlending » (financement par la foule, par des individus) ne figurait pas dans sa liste d'options au départ.

« Un patron de PME n'a pas beaucoup de temps à consacrer à ce type de démarches et n'a pas forcément connaissance de ces modes de financement. J'avais entendu parler de plateformes comme Lendix mais je pensais qu'elles étaient plutôt destinées aux startups du digital et je ne savais trop laquelle choisir » nous confie Jean-Claude Cothenet, le Pdg de Metalliance.

« J'ai déposé en quelques minutes un dossier sur la plateforme du Medef qui m'a mis en relation avec plusieurs financeurs et WeShareBonds m'a rappelé l'après-midi. Tout a été bouclé un mois » se félicite-t-il.

[La fiche du projet de financement de Metalliance sur WeShareBonds]

Le Meetic du financement de PME

Cette sorte de « Meetic du financement de PME » du Medef a référencé 14 partenaires financiers, représentant une force de frappe d'un milliard d'euros, dont des fonds de capital-développement tels que Siparex, Idinvest, Eiffel et Tikehau, et trois plateformes de financement participatif, Lendix, Credit.fr et WeShareBonds, « parce qu'elles sont adossées à un fonds, avec des institutionnels, et ne présentent pas de risque de collecte pour les PME » insiste Marie-Noëlle Duval, déléguée générale de Medef Accélérateur d'investissement.

« C'est une des premières questions que j'ai posées : et si la foule ne répond pas, le financement est-il assuré ? » ajoute Jean-Claude Cothenet.

WeShareBonds, dont la Banque Postale possède 10% du capital, garantit les levées de fonds à hauteur de 200.000 euros par ses propres fonds de crédit : le dernier en date, de 10 millions d'euros, doit lui permettre de financer une cinquantaine de PME.

Satisfait, prêt à renouveler l'expérience et à le recommander à d'autres chefs d'entreprises, le Pdg de Metalliance relève que le financement participatif ne convient pas à tous les projets :

« Je n'utiliserais pas ce mode pour le financement d'une machine par exemple car le taux est élevé, par rapport au financement bancaire que l'on peut obtenir actuellement à 2%. »

Cependant, « les banques demandent une garantie sur les actifs » objecte Damien Beurier, le directeur général chargé du business développement de WeShareBonds, qui note que le financement participatif est particulièrement adapté à l'immatériel, le besoin en fonds de roulement, la R&D, les recrutements.

« La mise en relation par le Medef est un gage de confiance pour les PME, cela les rassure » observe-t-il. « Le dealflow (l'afflux de dossiers ndlr), c'est le nerf de la guerre sur notre marché, cela nous permet de rencontrer de belles PME. »

Le site de financement participatif est convaincu que la connexion par le Medef recèle un important potentiel pour accélérer son activité. WeShareBonds espère réaliser entre 10 et 15 millions d'euros de financement cette année, contre près de 5 millions d'euros depuis son lancement en juin 2016. Il ne s'inquiète pas de la mise en concurrence des plateformes sur le site du Medef, notamment aux côtés du leader :

« Lendix fait un important travail d'évangélisation. Nous préférons être connus et plusieurs sur un marché qu'inconnu et seul ! » argue le dirigeant de WeShareBonds, qui évalue à 10 milliards d'euros par an le potentiel à terme du crowdlending, qui avoisine seulement les 250 millions d'euros en France (plus de 4 milliards outre-Manche).

En outre, les PME françaises restent assez frileuses sur les financements en capital, impliquant une dilution, comme le proposent les fonds de private equity. Dans le questionnaire mis en ligne par le Medef, très peu d'entreprises avaient coché la case "capital", préférant la dette.

À ce jour, 300 dossiers ont été déposés sur Medef Accélérateur d'investissement et le syndicat patronal espère atteindre en rythme de croisière 500 dossiers financés par an par le biais de sa plateforme.