« L'action des villes sur le climat est l'illustration parfaite du "glocal" »

Depuis les stratégies marketing des entreprises jusqu'aux plans climat des villes en passant par la politique, pour Nicolas Hazard, l'alliance entre le global et le local est la meilleure réponse aux attentes du consommateur et du citoyen du XXIe siècle.
Dominique Pialot
(Crédits : DR)

LA TRIBUNE - On parle de plus en plus de solutions glocales, de quoi s'agit-il exactement ?

NICOLAS HAZARD - Le terme « glocal » illustre l'alliance de deux tendances concomitantes. D'un côté, on observe une approche globale, incarnée par la mondialisation : les pays et les activités économiques sont de plus en plus intégrés et toute action peut avoir un impact systémique, tout produit est conçu pour satisfaire un marché global. Ce n'est pas un hasard si les startups israéliennes, avec leur marché domestique de petite taille, excellent dans cet exercice.

Après les Trente Glorieuses, quand prévalait le cadre national, on est passé au global, avec la standardisation des produits de consommation, une stratégie de croissance au niveau mondial pour les entreprises. Mais c'est tellement immense, tellement intangible, qu'on a besoin de se réapproprier une échelle plus locale. Plus il y a de global, plus on ressent le besoin de se raccrocher à quelque chose de familier, donc de local.

Comment se traduit cette évolution dans l'économie ?

Cette double tendance se reflète dans les modes de production. Les nouvelles technologies, comme les imprimantes 3D, permettent de fabriquer des produits conçus pour le monde entier, tout en relocalisant la production et en autorisant le surmesure. Car le consommateur d'aujourd'hui n'a pas envie d'un produit standardisé comme dans les années 1970. C'est ce qu'a parfaitement compris Nike, dont le marketing est totalement globalisé, mais qui propose des baskets customisées pour s'adapter aux critères (culturels, de mode...) de chacun.

Sur le plan économique, les entreprises les plus performantes sont celles qui concilient ces deux approches, en cumulant une bonne performance internationale et la capacité à faire du sur-mesure de masse. Autrement dit, en développant des réponses à la fois globales et locales pour satisfaire les envies des consommateurs.

Penser global mais agir local, c'est aussi une stratégie en vogue dans la sphère environnementale...

En effet, le glocal apporte la meilleure réponse possible aux problématiques environnementales, sociales et sociétales. Le changement climatique, par exemple, est une problématique globale, mais les solutions n'existent pas à grande échelle. Elles sont au contraire hyperfocales. Solaire, éolien, traitement de l'eau... Il n'existe pas une solution magique unique, mais une multitude d'initiatives qui s'adaptent aux ressources et aux enjeux locaux. Et parfois, ces solutions locales marchent si bien qu'elles deviennent globales.

C'est le cas par exemple du microcrédit, qui permet de financer des activités économiques de personnes qui n'ont pas accès au crédit classique. Le concept est devenu universel, mais les institutions de microfinance continuent d'adopter des approches très locales. L'incarnation parfaite du glocal, c'est l'action des villes contre le changement climatique. Les villes les plus engagées dans cette lutte, réunies dans le réseau C40 [Cities Climate Leadership Group], s'échangent leurs idées et leurs retours d'expériences, et pratiquent l'innovation croisée : elles mutualisent des initiatives locales pour apporter une solution globale à un problème qui ne connaît pas les frontières. Ce dispositif horizontal d'échanges et de collaborations, c'est l'avenir. C'est l'exact opposé de ce qui a été fait jusqu'à présent, notamment à l'échelon national, où chaque État bricolait dans son coin sa politique climatique sans cohérence avec celle de son voisin. L'échelle des villes est la bonne, car elle permet la mise en oeuvre d'approches qui font remonter les innovations efficaces.

Même sur le plan technologique, on voit de plus en plus d'innovations nées au Sud et déclinées au Nord. À quoi cela est-il dû ?

En effet, on voit de plus en plus de techniques ancestrales, toujours en vigueur dans certains pays en développement, reprendre du galon. C'est le cas notamment dans le traitement de l'eau ou la climatisation naturelle des bâtiments. Ces innovations peuvent être adoptées par de grands groupes internationaux qui comprennent que les solutions et services - généralement très complexes et gourmands en capitaux qu'ils ont développés pour les économies matures sont inexportables dans ces pays. Certaines de ces solutions sont d'ailleurs répliquées au Nord, moyennant leur adaptation aux normes (de qualité, de sécurité, etc.) des pays développés.

Cette évolution dans la sphère économique a-t-elle son pendant en politique ?

Tout à fait. C'est même par là qu'il faut commencer. Il faut repenser non seulement la façon dont on crée, mais aussi nos systèmes politiques. On voit bien qu'il existe une défiance à l'égard du politique, parfaitement illustrée ces derniers temps par la désaffection envers l'Union européenne, le Brexit, la montée des extrêmes... Ceci alors même qu'aujourd'hui ce sont partout les élections municipales qui enregistrent la plus forte participation. On sent bien que l'échelon local va reprendre de plus en plus de poids.

En deçà de l'échelon local, c'est aujourd'hui chaque citoyen qui veut se faire entendre et participer...

Le succès de mouvements comme Podemos en Espagne ou Cinq Étoiles en Italie traduit cette volonté du citoyen de se réapproprier les grands changements et sa crainte de voir son destin lui échapper. Au même titre qu'il désire de plus en plus être « consommacteur » plutôt que simple consommateur - en témoignent les succès des circuits courts ou les plateformes de financement participatif chacun souhaite être davantage impliqué dans la vie de la cité. Le consommateur reprend le pouvoir et joue un rôle prépondérant. Il semblerait même que nous soyons en train de passer de l'ère de la démocratie à la « consocratie » mondiale, où le consommateur devient citoyen.

En s'impliquant à l'échelle de leur territoire dans des collectifs citoyens plus ou moins structurés qui se multiplient, en innovant ensemble pour trouver des solutions aux problèmes sociaux et environnementaux de leurs territoires et en partageant ces initiatives avec d'autres aux quatre coins du monde via les réseaux sociaux, les individus inventent, parfois sans le percevoir, les moyens de réagir globalement aux défis qui se posent à notre planète.

Et c'est pour accompagner et encourager ce mouvement de fond mondial que nous organisons The Village à Saint-Bertrand-de-Comminges. En identifiant des solutions qui marchent, portées notamment par des entrepreneurs et startuppeurs qui répondent aux problématiques de leurs territoires, en conviant des décideurs publics et privés à les découvrir, à échanger avec eux, en impliquant les habitants du village autour des enjeux liés au travail, à la santé, au numérique, nous espérons réconcilier acteurs locaux et globaux au profit d'un monde plus inclusif et plus durable.

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Propos recueillis par Dominique Pialot

Dominique Pialot

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Commentaire 1
à écrit le 14/09/2017 à 13:09
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"C'est ce qu'a parfaitement compris Nike, dont le marketing est totalement globalisé, mais qui propose des baskets customisées pour s'adapter aux critères (culturels, de mode...) de chacun" Nike n'est certainement pas un bon exemple étant donné q...

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