COP22 : Marrakech, une étape sur la route du marché africain

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750 entreprises françaises sont implantées au Maroc en 2016, contre un millier en 2012. Mais de nombreux nouveaux projets de « reconquête » sont en cours.
750 entreprises françaises sont implantées au Maroc en 2016, contre un millier en 2012. Mais de nombreux nouveaux projets de « reconquête » sont en cours. (Crédits : DR)
Déjà très présentes à Paris lors de la COP21, les entreprises françaises veulent profiter de la COP22 pour renforcer leurs liens avec le Maroc et, au-delà, leur présence sur le continent africain.

La mobilisation des acteurs « non étatiques » a marqué la COP21. Souhaitée par Laurent Fabius dans le cadre de l'Agenda des solutions, la présence des entreprises, notamment françaises, a été très forte, aussi bien dans le cadre de manifestations d'animation (« side events ») organisées en marge des négociations onusiennes que lors d'opérations plus grand public, comme « Solutions COP21 », au Grand Palais. Et elles comptent bien poursuivre sur leur lancée, à la faveur de la COP22.

Deuxième partenaire commercial après l'Espagne, premier investisseur et premier bailleur de fonds, la France compte déjà près de 750 entreprises implantées au Maroc, notamment dans le secteur de l'environnement (traitement de l'eau et des déchets, énergies renouvelables, etc.).

Dans le cadre des travaux entre les deux pays qui se succèdent à la présidence de la COP, plusieurs rencontres sont programmées entre le Medef et la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc). À Paris en décembre, Miriem Bensalah Chaqroun, la présidente de la CGEM, récemment dotée d'une « Commission climat, environnement et économie verte », avait rappelé ses objectifs : mobiliser un grand nombre d'entreprises en faveur de l'environnement et les former aux économies d'énergie en ménageant leur compétitivité.

La visite organisée en mars au Maroc par le Medef international avec une centaine de patrons français (dont 80% de PME) a abouti à la signature d'accords commerciaux et de MoU (Memorandum of Understanding) destinés à renforcer la coopération franco-marocaine en matière de formation, de numérique et de villes durables. Ces rencontres doivent permettre de renforcer les liens entre les entreprises françaises et marocaines et de promouvoir le dialogue entre États, bailleurs et opérateurs techniques et financiers, afin de raccourcir les délais de mise en oeuvre des projets.

« Des opportunités de business à partager »

« Les COP ne créent pas de marché supplémentaire mais apportent un momentum, observe Gérard Wolf, vice-président du Medef International. Aux entreprises de savoir en tirer profit. »

Au-delà du marché marocain, la COP 22 est précisément l'occasion pour les Français de présenter une vitrine de leurs solutions au monde des affaires africain, qui devrait être présent en nombre à Marrakech. Pour Gérard Wolf, « la COP 22 est une opportunité de business à partager avec les entreprises africaines ».

Car le Maroc constitue à la fois une étape et un partenaire pour accéder au gigantesque potentiel du marché africain, notamment dans les domaines de l'énergie et de la ville durable. Certes, le marché représenté par les 54 pays africains (2.400 milliards de dollars) ne dépasse pas aujourd'hui celui d'un pays comme le Brésil. Mais la moitié de ces pays affichant une croissance annuelle supérieure à 5% et des besoins énormes, le continent apparaît bien comme la « nouvelle frontière » en matière d'opportunités économiques. La puissance électrique aujourd'hui installée sur le continent, dont 40% se trouvent en Afrique du Sud, équivaut à celle de la France, et 600 millions d'Africains n'ont pas accès à l'énergie.

Les besoins, différents dans les villes et en zones rurales, où la population doit être stabilisée, constituent une aubaine pour les champions français du secteur. Mais, même en Afrique francophone, les Français ne sont plus en terrain conquis. L'aide au développement a fondu et au fil des années, on est passé de la coopération à la « co-pétition » dans laquelle il leur faut affronter des concurrents d'autres régions. Longtemps négligé, le secteur privé africain émerge et choisit ses partenaires. Face, notamment, à des Chinois très agressifs, les entreprises françaises doivent peaufiner des offres intégrées et prendre en charge une formation professionnelle encore très peu développée et pourtant indispensable à la croissance.

Prometteuse, l'Afrique reste complexe et fragmentée sur le plan économique, avec presque autant de réglementations que de pays, et une application du droit parfois aléatoire. Qu'à cela ne tienne. Fort de sa stabilité politique, de la qualité de ses infrastructures et de son cadre réglementaire, le Maroc se présente comme un « hub » vers le reste de l'Afrique. Les banques marocaines sont présentes dans une vingtaine de pays et le Maroc est, par exemple, le premier investisseur en Côte d'Ivoire.

Au-delà des partenariats en terre marocaine, des relations renforcées entre les entreprises françaises et marocaines doivent aussi aboutir à des actions communes menées dans des pays tiers. Des opérations en binômes entre Français et Marocains existent déjà dans les télécoms, la construction ou les infrastructures, et devraient se multiplier dans les domaines de la ville durable ou encore de l'énergie, secteur dans lequel les entreprises marocaines ont elles aussi besoin d'aller chercher la croissance à l'export.

Pour les entreprises comme pour les États, après Paris, baptisée « la COP de la décision » , Marrakech doit être « la COP de l'action ».

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