Un investisseur hollandais propose des immeubles recyclables à l'infini

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(Crédits : Luc Legay)
[Série 3/5] Dans ses activités de construction et réhabilitation de bâtiments, le développeur et investisseur immobilier néerlandais Delta Development tente d'aller au-delà d'une logique de simple minimisation des effets négatifs sur la nature et les humains. Inspirés des principes du cradle to cradle, ses immeubles sont censés apporter de véritables bénéfices à leur environnement.

L'époque de l'immobilier durable est révolue. Car se limiter à minimiser l'effet négatif des constructions sur leur environnement, que ce soit en termes d'exploitation des matériaux, d'émissions de CO2 ou d'eau usée, ne permet pas de créer de la valeur. Tel est le pari engagé par Delta Development, société familiale néerlandaise créée en 1998 et adepte des principes du cradle to cradle (C2C). Le développeur et investisseur immobilier poursuit désormais plutôt l'objectif de construire des immeubles produisant un effet bénéfique sur leur environnement naturel comme humain. Dans cette démarche, il se frotte aussi au défi de la réhabilitation d'immeubles anciens, participant ainsi à la revalorisation de sites devenus obsolètes.

Alors que dans une logique de "simple" durabilité le choix des matériaux était guidé par l'objectif de limiter l'exploitation des ressources et de garantir leur recyclage en fin de vie, l'action de Delta Development est guidée par deux principes étroitement liés et aux implications bien plus radicales, explique Owen Zachariasse, neveu de l'un des fondateurs et responsable de l'innovation.

« D'une part, la nécessité de bannir toutes les substances toxiques, pour la biosphère comme pour les humains qui l'occupent, ce qui implique d'importants efforts pour les définir et les repérer. De l'autre, la volonté de rendre tout matériau perpétuellement recyclable, en concevant des immeubles complètement démontables, où les métaux ne sont pas fondus, et dont toute composante pourra ainsi être remise sur le marché dans le futur, à une valeur probablement supérieure à celle d'achat », détaille-t-il.

En outre, plutôt que de se concentrer sur la diminution des émissions de CO2, Delta Development opte pour une approche globale favorisant la biodiversité, combinant toits verts, plantes internes contribuant à la purification de l'air, intégration de l'immeuble au paysage et vice versa...

Quant à l'eau, « il ne s'agit pas seulement d'en réduire la consommation, mais de parvenir à rendre celle rejetée par l'immeuble encore plus propre que celle reçue ».

Un objectif qui, loin d'être utopique, serait au contraire « atteignable par n'importe quelle industrie », assure Owen Zachariasse, citant l'exemple d'un établissement textile construit en Suisse - par un concurrent - selon les principes du C2C.

Faire preuve d'ambition sans sacrifier la logique économique

L'écoconception des immeubles, effectuée au cas par cas, a aussi pour objectif d'accroître la productivité des activités économiques qu'ils hébergent ainsi que le bien-être des personnes interagissant avec le bâtiment.

« Cette approche fondée sur la qualité est appréciée par nos clients, qui tirent profit de la nouvelle valeur ainsi créée et nous restent fidèles », estime Owen Zachariasse.

Une vérité vérifiée en France, où Delta Development a réalisé plusieurs projets sur la Côte d'Azur avant la crise économique, et où elle compte revenir. Certes, les coûts pour les clients sont plus élevés que pour un immeuble à bas coût, admet Owen Zachariasse. Mais « préférer la création de valeur à travers l'innovation au profit » est, selon Delta Development, qui peut s'enorgueillir d'un portefeuille d'une valeur de 800 millions d'euros, le meilleur pari.

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UCF4

*UPcycle Forum renseignements et inscriptions : upcycleforum.org

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Commentaires
a écrit le 11/04/2016 à 11:06 :
Son idée n'est pas nouvelle, mais elle est contraire aux principes de la société de consommation. On le constate par exemple dans les cartouches et toner pour imprimantes. Lorsque des petits malin se sont mis à les recycler, les constructeurs se sont vite appliqués à rendre cela impossible, voir illégal. Pour les voitures, pareil. Des protections numériques empêchent de monter certaines pièces sur un autre véhicule, sous prétexte de sécurité (alibi passe-partout, comme en politique). La règle dans notre société de consommation est l’incompatibilité, pour vendre plus et plus chère. D’où les versions et mises à jour permanentes. Cette idée "révolutionnaire" va donc rester dans les oubliettes...

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