Comment Eutelsat veut rebondir après la perte du satellite lancé jeudi

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Notre envoyé spécial à Kourou a vécu en direct le lancement puis l'échec de la mise en orbite du satellite W3B. Cet accident n'est évidemment pas bon pour l'image d'Eutelsat, mais l'opérateur européen est déjà prêt à rebondir en investissant dans un nouveau satellite.

Il y a des lendemains qui déchantent à Kourou au Centre spatial guyanais (CSG), le port spatial de l'Europe. Alors que les équipes d'Arianespace (société de lancement), de Thales Alenia Space (constructeur) et d'Eutelsat (opérateur) s'étaient congratulées tôt dans la soirée de jeudi après la réussite (a priori) de la mission 197, les équipes d'Eutelsat et de Thales Alenia Space (TAS), qui commençaient à tester et à dialoguer avec le satellite de télécommunications W3B, mis parfaitement sur orbite par le lanceur Ariane 5 ECA, ont constaté un peu plus tard dans la nuit une anomalie majeure dans son système de propulsion.

S'est alors engagée une partie pour sauver ce qui pouvait l'être. Une grande partie de la nuit, les équipes conjointes de TAS et d'Eutelsat, qui devait s'approprier W3B, ont tenté de le mettre tant bien que mal sur sa position finale. En vain. Car "la fuite du réservoir du comburant était trop importante et le jet sur le côté était en outre trop puissant pour stabiliser le satellite" et donc le mettre son orbite finale, explique-t-on à latribune.fr. "Nous avons donc pris la décision de le désorbiter", s'est-on finalement résolu chez TAS et Eutelsat.

Le satellite W3B, qui devait être positionné à 16° degré Est (Europe centrale et orientale), est donc perdu. Le choc est rude pour les équipes de TAS et d'Eutelsat ainsi que pour toute la petite communauté spatiale. Les mines sombres et tristes parlent jeudi matin d'elle-même. C'est la gueule de bois. "Ce n'est pas une bonne nouvelle", souligne sobrement le PDG d'Arianespace Jean-Yves Le Gall.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Un peu tôt pour le dire moins de 24 heures après cet accident. C'est d'ailleurs le discours qu'a tenu jeudi matin Michel de Rosen, qui ne souhaite pointer du doigt personne. Ce sera à la commission d'enquête mise en place par Eutelsat, qui a déjà ces dernières années perdu W2A, et TAS de déterminer ce qui s'est passé. Une chose est sure, "le vol a été calme et nominal (à l'heure et sans incident, ndlr)", ont assuré jeudi matin les équipes techniques d'Arianespace et du Centre national d'études spatiales (Cnes), qui ont commencé à dépouiller tous les paramètres du vol d'Ariane 5 ECA.

"Pour le moment, nous n'avons pas détecté d'anomalies", explique Jean-Yves Le Gall. Ce qui semble déjà dédouaner la société de lancement. D'autant plus que Arianespace a parfaitement mis sur orbite dans le même temps l'autre satellite de la mission V197, BSAT-3b, un satellite de télécommunication japonais pour le compte de l'opérateur nippon Broadcasting Satellite System Corporation (B-SAT).

Certains pointent du doigt en revanche "les compétitions commerciales acharnées sur le prix » des satellites avec pour conséquence pour les constructeurs de « diminuer les coûts". Jusqu'à faire des impasses ? Personne n'a la réponse aujourd'hui. Pour autant, c'est l'un des éléments les plus robustes qui a cassé, une tubulure. "S'il y a eu choc, des éléments plus fragiles, comme les panneaux solaires, aurait cassé", explique-t-on à latribune.fr. Pour le vice-président exécutif de TAS Emmanuel Grave, "il n'y aura pas de bataille d'experts mais un travail d'expert. Nous tous, nous avons intérêt à déterminer ce qui s'est passé pour fiabiliser nos systèmes"

Qui a perdu gros sur cet accident ? Si l'image d'Eutelsat, qui a été sanctionné jeudi par la Bourse, sera écornée quelques temps, le troisième opérateur mondial s'en sort plutôt bien. Quelques heures avant le lancement, il a même ficelé et signé un contrat d'assurance - l'encre était à peine sèche -, qui lui permet très vite de travailler sur un successeur de W3B, W3D. "Eutelsat va engager immédiatement un nouveau programme pour un lancement au premier trimestre 2013", a expliqué l'opérateur dans son communiqué. Pour ce faire, il recevra 245 millions d'euros, lancement compris, de ses assureurs pour la perte de W3B "d'ici trois à quatre mois", a indiqué Xavier Lacombe, de la société britannique Willis Inspace, le courtier qui a arrangé l'assurance du satellite W3B et qui se partage le marché de l'assurance spatiale avec les américains Marsh et Aon.

Avec les équipes de TAS, Eutelsat va travailler pour avancer le lancement du satellite "Itar Free" W3C (sans composant américain sous embargo, ndlr) prévu jusqu'alors en juillet 2011 par le lanceur chinois Longue Marche. "Les équipes de TAS vont travailler en trois huit pour avancer la livraison de W3C", assure-t-on à la tribune.fr. Reste à savoir si les Chinois peuvent avancer le lancement.

Sur le plan du business, Eutelsat, qui comptait renforcer ses capacités sur la position 16° degré Est, voit sa politique d'investissements un brin reardée. Les satellites Eurobird TM 16, W2M et Sesat 1 d'Eutelsat vont continuer "d'assurer tous leurs services actuels à cette position jusqu'à l'arrivée de W3C". Enfin, Michel de Rosen a assuré jeudi matin qu'il ne changeait pas les prévisions économiques et financières du groupe (guidance) pour 2010 et les trois prochaines années. Ce qui devrait rassurer les marchés.

En revanche, pour TAS, qui va sortir en 2010 une année commerciale historique, c'est à la commission d'enquête de déterminer sa responsabilité s'il y a.
Ce sont plutôt les assureurs qui font grise mine dans l'affaire. Le remboursement de 245 millions d'euros à Eutelsat représente, selon nos informations, 60 % de la prime annuelle du marché de l'assurance spatiale. C'est un vrai coup dur pour eux. Le satellite W3B était assuré par 28 assureurs qui ont réparti le risque (entre 1 et 36 millions d'euros chacun, pour une moyenne de 8,8 millions). Cet accident devrait avoir pour conséquence de stopper la baisse régulière des polices d'assurance (10 % en 2010), sinon de les augmenter.
 

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