Thales perd la confiance de ses clients français

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La Tribune Infographie/BHEDOUIN
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Selon une enquête interne, le groupe a enregistré une baisse de satisfaction de 13 % par rapport à un sondage précédent.

C'est un signe fort qu'ont envoyé les clients français (Direction générale des armées, États-majors et industriels) à Thales à travers une enquête de satisfaction « Client France 2010-2011 », réalisée à l'automne 2010 par le groupe d'électronique auprès de ses clients français et dont « La Tribune » s'est procurée une copie. Si tout n'est pas négatif, cette enquête montre toutefois une nette détérioration de leur satisfaction (- 13 %) depuis l'arrivée de la nouvelle direction par rapport à celle de 2008. C'est notamment la division Aéronautique qui cristallise le plus le mécontentement des clients : Thales Systèmes aéroportés (- 31 %) et Thales Avionique (- 23 %). Thales Optronique (- 28 %) est également épinglé. En revanche, la division spatiale (Thales Alenia Space) remporte l'adhésion de ses clients (+ 22 %) ainsi que TDA, qui fabrique des systèmes mortiers et roquettes (+ 15 %).

Des clients, dont la plupart semble regretter l'ancienne équipe de l'ex-PDG Denis Ranque qui était, selon eux, plus proche de leurs préoccupations comme l'explique ce client : « Il y a quelques années encore, Thales était un vrai partenaire des armées, certainement l'industriel le plus proche. Il nous comprenait, partageait nos points de vue et les grands projets de la DGA, la prise de risque. Maintenant, et surtout depuis le changement de direction, il est descendu d'un cran, il est redevenu un industriel comme les autres ». D'autres reprochent le fait que tout doit remonter au niveau du PDG Luc Vigneron, ce qui paralyse les négociations : « Toute réponse à un appel d'offres devait passer par M. Vigneron himself », se rappelle l'un d'entre eux.

Réalisée par la direction des opérations du groupe d'électronique, cette enquête devait être présentée cette semaine à l'ensemble des participants mais le rendez-vous a été finalement annulé. La synthèse de ce document pointe les actuelles faiblesses du groupe. Ainsi, elle met en cause « la variabilité en qualité et en délai » de certains programmes. Elle évoque également « des affaires tendues qui ébranlent la confiance », en pointant trois programmes : modernisation de l'avionique des C130 de l'armée de l'air française, TEOREM, un téléphone cryptographique pour réseau étatique et militaire et un système de guerre électronique naval. Enfin, dernière faiblesse, « une organisation interne toujours peu lisible et un cloisonnement entre entités. C'est d'ailleurs ce que pense un de ses clients : « On sent un certain flou ! C'est compliqué. Opaque. Exagérément compliqué pour un militaire ».

Faiblesses mais aussi réelles inquiétudes : les grands clients de Thales condamnent pour la plupart d'entre eux « l'approche court terme de rentabilité » du groupe engagé dans « une politique de rigueur ». Ce qui entraîne « une frilosité sur la prise de risque et sur le financement de la préparation du futur (projet d'études amont) » ainsi qu'un « manque d'agressivité à l'export ».

« C'est inquiétant »

Ces derniers dénoncent aussi le nouveau positionnement concurrentiel du groupe, qui pratique une « inflation des prix des offres ». Du coup, un autre constate « un certain affaiblissement de Thales » à l'international. Ils déplorent par ailleurs un manque de visibilité sur la stratégie du groupe. « Je ne comprends plus la stratégie de Thales, il n'y en a plus... », estime l'un d'eux. « Tous les actionnaires veulent du profit rapide dans six mois : c'est non dans l'armement ! Ce n'est pas ça la philosophie. On est dans le long terme et leur vision peut tuer les choses », note un autre. Enfin, tous semblent inquiets sur le moral des équipes du groupe et ont des craintes sur certaines compétences. « Le client n'a plus confiance mais c'est aussi dû à une perte de confiance de Thales », analyse un autre sondé. « On n'a jamais autant résilié de contrats avec eux, c'est inquiétant pour un grand industriel comme eux », avoue un client.

Pour autant, Thales garde la confiance de certains. Notamment au niveau des compétences techniques et de son large spectre. « Un point fort de Thales est une bonne expertise et un très bon niveau technique », estime l'un de ses clients. Ils louent aussi la proximité et le relationnel individuel grâce à « un effort sur la démarche qualité ». Interrogé, Thales a estimé que « depuis la réalisation de cette enquête, des actions de progrès avait été mises en place avec succès ».

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Commentaires
a écrit le 29/06/2011 à 21:42 :
OK pour les petites erreurs de l'article, mais le fond est bon malheureusement. Thales a eu un PDG par défaut qui n'a aucune notion du commerce et qui de plus semble ne faire confiance à personne. L'étau se referme autour de lui; se monsieur qui voyait des attaques venant de l'extérieur soit disant pour le déstabiliser a encore récemment réussi à détourner l'attention de ses actionnaires sur son incompétence car défendu par un actionnaire aussi incompétent que lui, qui est lui aussi incapable de vendre ses rafales (dassault edelstenne) ;Dassault qui serait mort il y a très longtemps sans le marché français qui lui permet de survivre à quel prix pour le contribuable. Quand l'état va-t-il faire son travail d'actionnaire principal, à commencer par changer le tour de table de Thales et de mettre à sa tête un PDG qui se batte pour sa société (style D. Ranque) connaissant le commerce à l'international connaissant la prise de risque mesurée et qui sache déléguer car Thales à l'expertise qu'il faut à l'intérieur de la maison. Vigneron a oublié qu'il est à la tête d'un groupe de 65000 personnes que son rôle est de faire de la stratégie pour tirer Thales vers le haut et non de faire du suivi d'affaires, ce qui était possible chez Nexter ne l'est plus chez Thales. Pendant que Thales stagne ou régresse la concurrence sourit car elle élimine un concurrent. Il avait une société en ordre de marche avec la réforme qui venait d'être mise en place avec un Thales international que beaucoup de sociétés enviaient, il lui suffisait de la mettre en route, de remettre un peu d'ordre dans les dépenses. Au lie de cela, sans rien connaître, sans communication avec ses collaborateurs, il s'est lancé dans une organisation qui a fait revenir la société une génération en arrière (autant de Thales que de pays!). M. Vigneron vous avez tout faux.
a écrit le 29/06/2011 à 7:35 :
Oh ! La belle énormité dès la première ligne ! "DGA" ne signifie pas "Direction générale des armées" (le chef d'état-major des armées va bien rigoler !), mais "Direction Générale de l'Armement".
Réponse de le 20/07/2011 à 15:06 :
Vous avez raison mais cela serait vraiment dommage de vous arrêter à cette erreur grossière comme vous le soulignez. Bien à vous très cher krom.
a écrit le 28/06/2011 à 18:19 :
Vous n'avez pas l'impression que votre titre est plus que déplacé au regard des informations que vous donnez?
Je suis venu lire cet article en me demandant ce que Thalès avait bien pu faire tout d'un coup pour que ses clients le quittent par perte de confiance.
Ce n'est pas dans la tradition d'honorabilité et de qualité journalistique de votre journal de pratiquer de la sorte.
a écrit le 28/06/2011 à 14:54 :
Pourquoi je ne lis qu'entre les lignes de cet article ? Ca sent trop la tentative de discredit, le nouveau management ne saurait il pas "aller dans le sens du client" aka "combines entre amis".
a écrit le 28/06/2011 à 13:21 :
Pourquoi un A400M d'Airbus (EADS) pour illustrer un article concernant Thales ?
Réponse de le 28/06/2011 à 14:28 :
Je pense que c'est parce qu'il fournisse (comme une bonne partie des électroniques français) une bonne partie des équipements de l'A400M
a écrit le 28/06/2011 à 10:47 :
moi ce que je prefere se sont ses pitots
a écrit le 28/06/2011 à 10:16 :
desorganisation totale d'une ancienne organisation efficace

demolarisation du personnel même au siège près du bon dieu
il faut changer vite, très vite . les clients vont ailleurs
a écrit le 28/06/2011 à 9:28 :
Bonjour,
il me semble avoir déjà alerté, dès la nomination du nouveau Président. Denis Ranque, enfant du sérail, connaissait parfaitement les rouages de l'entreprise, alors, ne nous étonnons surtout pas de ce qui arrive aujourd'hui, c'était prévisible!! Une fois de plus, ce n'est pas au Président de la République de nommer les dirigeants d'entreprises!!!!!!
Cordialement
a écrit le 28/06/2011 à 6:36 :
Quand on sait le temps pour avoir une réponse à une question pour un client ,il n'y a pas de quoi etre étonné . Ce n'est pas dans la semaine mais dans le semestre ou meme aprés une année de demandes ....renouvellées .Voilà comment nous perdons des marchés et des clients .

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