Défense : Moscou s'offre deux navires de guerre français Mistral supplémentaires

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Le porte-hélicoptère de classe Mistral Copyright Reuters
Le porte-hélicoptère de classe Mistral Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
De passage à Paris la semaine dernière, le ministre de la Défense russe, Anatoli Serdioukov, qui a été limogé mardi par le président Vladimir Poutine, avait confirmé son intention d'acquérir deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) de la classe Mistral supplémentaires auprès de DCNS, en dépit d'une forte opposition d'une partie de l'armée et du lobby des fabricants d'armes russes. Après l'acquisition de deux BPC, Moscou a levé l'option sur les deux derniers. Le départ d'Anatoli Serdioukov peut-il remettre en cause ce projet ?

Exit le ministre de la Défense russe, Anatoli Serdioukov, limogé mardi par le président Vladimir Poutine. Anatoli Serdioukov avait beau être pris dans une série de scandales liés à des affaires de corruption dans son ministère... il est resté campé jusqu'ici sur ses positions. De passage à Paris le 31 octobre dernier, où il a rencontré son homologue Jean-Yves Le Drian, le ministre russe, il avait d'ailleurs indiqué que "les fonds pour la construction des troisième et quatrième bâtiments Mistral ont déjà étés insérés dans la loi de budget pour la défense, et nous pouvons les utiliser en 2013", rapportait le week-end dernier l'agence RIA Novosti. Anatoli Serdioukov précisait que les négociations avec DCNS n'avaient pas encore démarré mais que son ministère avait déjà entamé des "consultations avec OSK (chantiers navals de Saint-Pétersbourg, ndlr) pour les troisième et quatrième du Mistral. La consultation permettra de déterminer le calendrier et la coopération" côté français.

Une décision qui signifiait que Moscou a levé son option sur le contrat de 1,15 milliard d'euros signé l'année dernière. La Russie et la France étaient tombées d'accord pour la construction de deux BPC de classe Mistral baptisés "Sébastopol" et "Vladivostok". La construction du premier navire a démarré cette année aux chantiers navals STX de Saint-Nazaire. Il sera livré par DCNS en 2015. Les Russes désirent que les deux Mistral suivants soient en majeure partie construits par les chantiers navals russes. Ils posent aussi comme condition d'importants transferts de technologies. Son successeur, le très populaire Sergueï Choïgou, ancien ministre des Situations d'urgence nommé au début de l'année gouverneur de la région de Moscou, reprendra-t-il à son compte ce projet qui est confronté à l'opposition d'une partie de l'armée et du lobby des fabricants d'armes russes ?

Transferts de technologies

"Les Français nous fournissent déjà des technologies nouvelles aussi bien pour les deux premiers Mistral que pour le troisième et le quatrième. S'ils ne nous avaient pas transféré ces technologies, [OSK] aurait déjà fait depuis longtemps hurlé au scandale", a souligné Anatoli Serdioukov. En réalité, le scandale enfle depuis déjà longtemps et est alimenté par des articles dans la presse russe affirmant que la France, récalcitrante aux transferts de technologies, vendrait une "coque vide" aux Russes. Ces accusations s'appuient largement sur le fait que les officiels de part et d'autres sont récalcitrants à expliquer aux médias de quelles technologies il est question. La polémique ne s'arrête pas là. Selon Konstantin Makienko, expert au Centre d'Analyses stratégiques et technologiques, les deux premiers Mistral ont déjà dû mal à trouver leur place dans la flotte Pacifique. Aussi, l'acquisition de deux bâtiments supplémentaires soulève des interrogations parmi les hauts gradés.

Le budget défense en hausse de 25 %

En 2013, les dépenses de la Russie pour la Défense augmenteront de 25 %, soit 3,2 %  du PIB. L'achat à la France de navires Mistral a brisé le tabou russe d'achats d'armes étrangères. Les fabricants hexagonaux courtisent depuis allègrement les généraux et décideurs russes, qui font miroiter aux Français l'achat de systèmes FELIN de Sagem (équipements électroniques pour les fantassins) et d'hélicoptères Eurocopter notamment.

En juin 2011, Paris et Moscou avaient signé le contrat de vente de deux navires de guerre Mistral à la marine russe, un accord qui faisait l'objet de négociations depuis des mois, pour plus d'un milliard d'euros. Ce contrat portait sur deux commandes fermes auxquelles s'ajoutaient des options pour deux bâtiments supplémentaires. Les deux porte-hélicoptères sont construits par les chantiers navals français DCNS, maître d'oeuvre sur le contrat, et STX, en collaboration avec le groupe public russe United Shipbuilding Corporation, OSK.

Une fraude plus de 70 millions d'euros

Vladimir Poutine s'est résolu à limoger mardi Anatoli Serdioukov en raison d'un scandale de fraudes de plusieurs millions d'euros, le remplaçant aussitôt par un homme de confiance, Sergueï Choïgou. "Etant donné la situation de plus en plus difficile au ministère de la Défense, j'ai pris la décision de libérer de ses fonctions le ministre de la Défense Serdioukov, en poste depuis 2007, afin d'établir les conditions d'une enquête objective", a déclaré le président russe, selon des images de la télévision russe. Ce limogeage intervient alors que le ministère de la Défense est au coeur d'un important scandale.

Fin octobre, plusieurs enquêtes ont été ouvertes à l'encontre d'une société contrôlée par le ministère, Oboronservis, pour fraude lors de la vente de biens immobiliers, de terrains et d'actions lui appartenant. Selon le comité d'enquête russe, certains responsables du ministère choisissaient les biens immobiliers les plus prestigieux gérés par la société. Ils y investissaient d'énormes sommes provenant du budget russe, puis les revendaient via des entreprises affiliées à Oboronservis à des prix inférieurs à ceux du marché. Selon de premières informations, le préjudice occasionné par la seule vente de huit biens immobiliers s'établit à trois milliards de roubles (74 millions d'euros), avait indiqué le Comité. Oboronservis, créé en 2008 par un décret du Kremlin, a des attributions très diverses, allant de la maintenance des équipements de l'armée à la publication d'ouvrages du ministère, en passant par l'organisation du ravitaillement des troupes.

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Commentaires
a écrit le 07/11/2012 à 10:25 :
pauvres russes ils ne savent pas que nos bateaux c'est de la m....
Réponse de le 07/11/2012 à 13:07 :
J'aime bien votre commentaire à deux balles qui n'apporte rien et qui est nauséabond. Ou alors il faut argumenter.
a écrit le 06/11/2012 à 18:47 :
pourvu que cela ne se termine pas comme l'emprunt russe!
a écrit le 06/11/2012 à 18:20 :
marrant, mais on n'entend pas la gauche hurler que sarkozy leur avait cache ces 2 bateaux supplementaires !
a écrit le 06/11/2012 à 17:14 :
Ce genre de contrat pour des bâtiments stratégiques permet aussi de solidifier ou plutôt revitaliser la vieille alliance franco-russe; ce n'est pas pour déplaire à la Russie de mettre son grain de sel dans l'OTAN dans laquelle la France a retrouvé un rôle.
a écrit le 06/11/2012 à 16:52 :
"Transferts de technologies" sans pantalon, sans chemise, comme pour les TGV, Rafale, Airbus, etc, la France continue de vendre ses bijoux déjà à poil... ...face à une future concurrence plus "compétitive...
a écrit le 06/11/2012 à 11:38 :
les commandos st hubert à st nazaire svp,le coup des frégates "israeliennes" me démange encore
Réponse de le 06/11/2012 à 13:00 :
Vous devez confondre avec les vedettes de Cherbourg... les frégates c'étaient celles de Taiwan.
Réponse de le 06/11/2012 à 14:03 :
St Hubert c'est le beurre, pas les nageurs de combats.....
Réponse de le 06/11/2012 à 14:13 :
Merci à vous deux, j'ai eu tout faux dans mon post!
Réponse de le 06/11/2012 à 15:56 :
c'étaient effectivement des vedettes,merci lou papet
a écrit le 06/11/2012 à 9:34 :
Anatoli Serdioukov vien d'être limogé par Poutine, y a de l'eau dans le gaz !!!
a écrit le 06/11/2012 à 9:28 :
Le ministre de la défense Russe vient d'être limogé par Poutine. Y at-il une réponse du berger a la bergère ? Les options seront elles maintenues ? L'actualité va très vite et pose plus de questions que de réponse.
a écrit le 06/11/2012 à 9:05 :
Mais ils veulent en faire quoi de ces bâtiments " de projection" ? Ils veulent aller faire peur aux Japonais autour des îles Kouriles ?
a écrit le 06/11/2012 à 8:26 :
La DCNS a comme sous-traitant le chantier naval coréen STX !
Réponse de le 06/11/2012 à 8:52 :
Ce sont les superstructures des Mistral qui sont fabriqués dans les chantiers STX de Saint-Nazaire, les seuls chantiers navals français à même de construire des bâtiments de cette taille. Les systèmes d'armes et autres technologies véritablement sensible sont ensuite installés par DCNS qui garde la main dessus. Le fait que STX France soit une filiale du groupe coréen STX n'a donc pas de conséquence sur le plan des risques d'espionnage industriel. De plus, il serait bon de se rappelé que, suite à l'annulation de la commande de 2 paquebots de croisière en début d'année, les chantiers STX ont un plan de charge quasi-vide à l'exception des 2 Mistral. Sans ces 2 navires, c'est plus de 2 300 personnes au chômage et un fleuron de l'industrie française en faillite...
Réponse de le 06/11/2012 à 9:03 :
Chantier Naval Coréen STX de Saint Nazaire.... ville très connue de corée du sud....

Réponse de le 06/11/2012 à 10:10 :
"un fleuron de l'industrie française" Il faudrait arrêter de s'envoyer des lauriers...
Réponse de le 06/11/2012 à 10:35 :
La Corée est un géant en construction navale avec des groupes comme Samsung et Hyundai et les plus grands chantiers navals au monde. La plupart des tankers, portes-containers y sont fabriqués, ainsi que des navires spécialisés (par exemple pour le forage pétrolier Stena DrillMax ICE IV qui opère pour Shell en Guyane). C'est sur que le marché de la croisière est en déclin avec les pertes de pouvoir d'achat des retraités en Europe...Sinon, le partenariat DCNS/STX fait sens surtout pour des bâtiments tels que des pétroliers ravitailleurs ou de transport de troupes.
Réponse de le 06/11/2012 à 17:50 :
Il manque plus qu' à A. Montebourg de se pointer avec sa belle marinière parmi les chaudronniers de St. Nazaire !
Réponse de le 07/11/2012 à 20:18 :
Juste pour clarifier, STX France est 2/3 coréen via STX Europe et 1/3 français via l'état Français.
@Pierre : Juste une précision, STX France est responsable de l'ensemble du système navire.

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