Ariane 6 pourrait placer la filière spatiale européenne sur l'orbite de la restructuration

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Le programme Ariane 6, s'il était confirmé en 2014, pourrait entraîner un vaste plan de restructuration de la filière lanceur en Europe, qui emploie 10.000 personnes.

Avec le futur lanceur low cost européen Ariane 6, dont le modèle est Falcon 9 développé par l'américain SpaceX, le ton est donné. L'Europe et la France ont décidé de réduire la voilure du point de vue financier -mais aussi, par voie de conséquence, aux niveaux technologique et industriel- par rapport à Ariane 5, qui est un bijou technologique aujourd'hui bien maîtrisé, après un début d'exploitation pour le moins compliqué. Le choix a été acté à la conférence ministérielle des Etats membres de l'Agence spatiale européenne (ESA), les 20 et 21 novembre 2012 à Naples. Il devra être ensuite confirmé en 2014 lors de la prochaine conférence ministérielle de l'ESA.

"Nous avons repris les fondamentaux de SpaceX, souligne-t-on au CNES, qui est le maître d'oeuvre de la politique spatiale française. On va rationaliser la production qui sera concentrée sur quelques sites". Cela doit entraîner une diminution drastique des coûts fixes du lanceur. Objectif, faire reculer les coûts opérationnels de 40% par rapport à Ariane 5, ce qui est "ambitieux", fait-on valoir. Le coût de développement du lanceur est quant à lui estimé à 4 milliards d'euros, en incluant les coûts de management et 20% de marges liées aux éventuels aléas.

Vers un vaste plan de restructuration de la filière lanceur en Europe

Le président d'Astrium, François Auque, avait salué lundi lors de la présentation de ses voeux à la presse, comme "une très bonne nouvelle" le démarrage du programme Ariane 6 et la poursuite du développement de la modernisation d'Ariane, avec le programme Ariane 5 ME: ainsi, "la pérennité d'Ariane est assurée à court et à long termes". Pour autant, tout au long de l'année 2012, il s'était beaucoup battu pour que la poursuite du programme Ariane 5 ME soit prioritaire par rapport à Ariane 6. Et pour cause : la charge de travail à court terme pour ses bureaux d'études est supérieure sur le programme de modernisation d'Ariane 5. L'Allemagne défendait aussi cette priorité. Berlin soutenait ainsi très opportunément le site allemand de Brême, où la filiale d'EADS travaille sur l'étage supérieur d'Ariane 5... celui qui doit être modernisé dans le cadre d'Ariane 5 ME. "La modification de l'étage supérieur est essentiellement réalisée en Allemagne", a convenu François Auque.

Si aujourd'hui tout le monde semble satisfait, dès 2014 va resurgir la question du partage de la charge de travail entre les différents pays contributeurs au programme Ariane 6, notamment entre la France et l'Allemagne. Plus rustique, Ariane 6 pourrait -à nombre de lancements égal- ne faire vivre que la moitié des 10.000 personnes qui travaillent dans la filière lanceur en Europe, estiment certains experts. A voir. Car il faut pondérer, selon le succès rencontré par Ariane 6 qui pourra éventuellement lancer deux fois plus d'Ariane 5 (lancement double), a expliqué François Auque. Pour indication, Arianespace, qui opère 6 à 7 lancements d'Ariane 5 par an, avait réussi avec Ariane 4 (lancement simple) à réaliser 10 lancements en 1996 et 1998, voire 11 (en 1995 et 1997). "Tout le pari d'Ariane 6 viendra de son succès", a-t-il estimé. Qui dépend de sa compétitivité", a-t-il rappelé.

Astrium sera au centre de cette restructuration. En tant que maître d'oeuvre d'Ariane 5, il coordonne une chaîne industrielle regroupant plus de 550 entreprises, dont plus de 20% de PME, dans douze pays européens.

L'Allemagne s'interroge

Au-delà du succès d'Ariane 6, sa configuration déterminera l'exacte réorganisation de la filière lanceur et son ampleur. "Nous sommes en train de mettre en ordre de marche l'industrie spatiale", confirme-t-on au CNES. Interrogé lundi par la presse allemande sur la répartition de la charge de travail sur le programme Ariane 6, François Auque s'est bien évidemment montré prudent, rappelant que "rien n'était figé dans le détail". Mais il a toutefois glissé que l'Allemagne n'avait pas développé de compétences dans la filière poudre. A l'inverse de la France et de l'Italie. Et de rappeler : "qui paye? Celui qui paye devra trouver X% de charges de travail sur son territoire", à l'aune de sa contribution.

Justement: qui paie quoi? A la conférence ministérielle, la France a promis 300 millions d'euros sur les deux programmes Ariane 5 ME et Ariane 6: 88 millions pour Ariane 5 ME, 115 millions pour Ariane 6 et 97 millions pour les développements communs aux deux lanceurs. En revanche, l'Allemagne, pourtant premier contributeur au budget de l'ESA, n'a proposé que 195 millions: 10 millions seulement pour Ariane 6, 77 millions pour Ariane 5 ME et 108 millions pour les développements communs aux deux lanceurs. Enfin, l'Italie a promis près de 26 millions, la Belgique 24 millions, la Suisse 22,4 millions, les Pays-Bas 16,3 millions et l'Espagne 13 millions. Au total, les pays membres de l'ESA ont promis de verser 618,8 millions d'euros pour ces deux programmes pour un total demandé de 671,6 millions. Reste donc 52,8 millions d'euros à trouver.

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a écrit le 07/02/2013 à 16:52 :
Est il vraiment impossible de garder les deux lanceurs !
une A6 - lanceur solide medium size low tech bon marché; et une A5 cryo lourd plus cher ?
(en attendant un A7 space lift qui pourrait apparaitre avant la fin du siècle)
a écrit le 31/01/2013 à 14:45 :
On paie 50% de plus => on a une charge de travail 50 % plus élevée. Astrium et Brême feraient bien de s'en accommoder.
Réponse de le 31/01/2013 à 15:29 :
Y aurait pas Astrium aux Mureaux...?
Réponse de le 01/02/2013 à 17:50 :
bien vu ducobu
a écrit le 31/01/2013 à 12:19 :
...et comment casser un marché stable et serein, où tout le monde était gagnant, pour encore une fois, plus de profits...on n'arrêt pas le profit... et pas le progrès apparemment,
on finira par remplacer nos ingénieurs... par des bambins de classe de primaire pour envoyer des fusées en papier mâché, gain de coût énorme: pas de salaires et matériaux bon marché
Réponse de le 31/01/2013 à 13:52 :
Faut pas raconter n'importe quoi !
Le temps du quasi monopole en lanceurs est terminé.
Plusieurs sociétés commerciales ont des lanceurs aux US, plus la Chine, Inde...
Si Ariane Espace ne réagit pas, elle va perdre progressivement des places de marché, justement sur ce créneau des petits lanceurs pas trop chers et souples !
Au lieu d'1 lancement double avec Ariane 5, les clients feront 2 lancements simples sur des petits lanceurs concurrents...
Même si ce n'est pas simple car réorganisation, AE doit réagir et avoir un petit lanceur pour ne pas perdre son avancée !

Votre idée "fallait pas changer" = "s'endormir sur ses lauriers" ... alors que le marché est en train de changer !
Réponse de le 01/02/2013 à 9:27 :
... on verra bien si ariane 6 fonctionne... si la répartition des charges de travail nous est finalement favorable, si la france tient ses promesses d'investissements budgétaire sur les deux programmes....et enfin si le budget des programmes sera bouclé...beaucoup de "si", le marché change et devient hypercompétitif...un marché de plus en plus dur où seule les "requins" s'y complaisent...au nom de quoi, finalement?...du progrés..sûremment pas!
Réponse de le 01/02/2013 à 15:01 :
ça ne me pose pas vraiment de problème que la France ne soit pas avantagée dans cette répartition (ok, je suis belge) ... l'important c'est qu'une société européenne reste dans les sociétés de tête dans ce domaine ! Maintenant que la France ait 35 % ou 55 % et l'Allemagne l'inverse, ce n'est pas critique...

Oui faudra voir la suite, si les promesses d'investissement sont tenues.
Réponse de le 06/02/2013 à 11:18 :
J'aimerais bien connaître le nom de ces "requins", juste par curiosité...
Réponse de le 12/02/2013 à 7:01 :
requin
nm
1 (zoologie) terme générique de tous les poissons sélaciens de haute mer, qui se répartissent en fait en une dizaine de familles

2 familier homme d'affaire impitoyable


a écrit le 31/01/2013 à 8:13 :
après l'EPR, les avions en plastique, c'est maintenant ariane 6 ! on n'arrete pas le progres, il s'arrete tout seul.

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