Les défis de la défense en 2014 (5/5) : Après Jean-Yves Le Drian, le déluge ?

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Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian a parcouru 100.000 km pour soutenir les campagnes commerciales
Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian a parcouru 100.000 km pour soutenir les campagnes commerciales (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
La Tribune vous propose une série sur les défis de la défense en 2014 en cinq volets. Cinquième et dernier volet, l'action de Jean-Yves Le Drian. La crédibilité et l'exécution de la loi de programmation militaire repose principalement sur la personnalité du ministre de la Défense. Et s'il partait ?

Après Jean-Yves Le Drian, le déluge pour les militaires ? Pas impossible, tant le ministre de la Défense tient bien sa boutique, notamment face à Bercy et Matignon, qui, pour des raisons de facilité - les militaires ne manifestent pas dans la rue -, voudraient couper encore plus dans les dépenses de la défense, pourtant utiles à toute une filière qui emploie 165.000 personnes. Un euro investi dans la défense rapporte de 1,5 à 1,70 euro à l'État. Sous quelle forme ? TVA, impôts, contributions au financement des organismes sociaux, emplois induits créés localement... Jean-Yves Le Drian sera toutefois encore là, et bien là en 2014, fidèle à son poste, lui l'ami de plus de 30 ans de François Hollande.

Mais, en 2015 ? C'est sûr, Jean-Yves Le Drian va personnellement livrer bataille lors de l'élection régionale en Bretagne. S'il gagne - il a de bonnes chances d'y parvenir -, prendra-t-il le fauteuil de la région ou retournera-t-il à l'Hôtel de Brienne, ou plus exactement à Balard dans le futur Pentagone à la française ? Aujourd'hui, il pencherait plutôt pour la seconde solution. Il laisserait à un proche la présidence de la région Bretagne. Mais, d'ici là, de l'eau aura beaucoup coulé sous les ponts du Blavet et du Scorff à Lorient, la ville natale du ministre. A suivre...

Des arbitrages budgétaires gagnés

Pour les militaires, c'est simple : un bon ministre de la Défense est un ministre qui obtient un bon budget. Pour Jean-Yves Le Drian, c'est un peu plus compliqué. Car il a obtenu grâce aux arbitrages de François Hollande la moins mauvaise enveloppe budgétaire de la défense dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019.

Lors du 14 juillet, François Hollande a annoncé avoir  "sanctuarisé" le budget de la défense à 31,4 milliards d'euros par an sur toute la durée de la LPM. Bercy, bien appuyé par Matignon, voulait, lui,, 28 milliards d'euros. Ce qui équivalait à un déclassement de la France à vitesse grand V. Jean-Yves Le Drian gagne son premier grand combat et, en dépit d'un budget de crise, la confiance des militaires. Bien sûr, l'exécution de la LPM reste fragile avec des paris qui seront vraisemblablement tous difficiles à gagner. Notamment sur les prochains gels de crédits qui devraient être annoncés dans les semaines qui viennent.

Des succès militaires au Mali

Les succès de l'armée française au Mali ont par ailleurs redonné un petit peu "la banane" à François Hollande quand les temps étaient durs sur la scène intérieure. En tant que chef des armées, le président a connu son heure de gloire dans les rues de Tombouctou, acclamé par des milliers de Maliens libérés du joug des islamistes.

Cette liesse populaire, il la doit à la crédibilité des troupes engagées et à la fiabilité des équipements en service dans des conditions climatiques très difficiles sous l'autorité du ministre de la Défense. Ce niveau opérationnel - même si la France a encore de grosses lacunes capacitaires - doit être maintenu pour permettre à la France de jouer encore un rôle diplomatique sur la scène internationale.

Déterminant à l'exportation

Enfin, le poids de Jean-Yves Le Drian a aussi été déterminant pour les industriels dans les campagnes export. "Il pèse dans les campagnes", assure un industriel. Cela a été notamment vrai aux Emirats Arabes Unis, où il a été déterminant l'été dernier pour obtenir la signature de deux contrats (deux satellites espions pour plus de 700 millions d'euros et 17 radars "Ground Master" 200 pour 250 millions). Il n'a pas hésité à chambouler son agenda pour rester une journée supplémentaire à Abu Dhabi afin de  convaincre les Emiratis à leur grande surprise. "Mon action à l'étranger a pour objectif d'obtenir des prises de commandes suffisantes à l'exportation. Je suis quelqu'un de très déterminé, voire obstiné sans être têtu", avait souligné Jean-Yves Le Drian en novembre à "La Tribune".

Depuis mai 2012, il est déjà allé six fois aux Émirats Arabes Unis où il a eu neuf entretiens avec les responsables émiratis. Il a su tisser une relation de confiance avec l'homme fort des Emirats, le prince héritier cheikh Mohamed Bin Zayed Al Nahyan, qui, avant de se rendre à l'Elysée, passe en général par l'Hôtel de Brienne. Mieux, Jean-Yves Le Drian a même été reçu chez la fille du prince héritier. Une vraie marque de confiance de cheikh Mohamed Bin Zayed Al Nahyan.

100.000 km parcourus pour soutenir les campagnes commerciales

Depuis son arrivée à l'hôtel de Brienne, Jean-Yves Le Drian a parcouru 400.000 km dans le monde entier, dont un quart pour le soutien des dossiers à l'export, souligne-t-on au ministère de la Défense. "Pour réussir à obtenir des commandes, il faut créer une bonne complicité avec les industriels. Si je l'ai acquise, tant mieux pour la France et pour nous", avait expliqué ce Breton déterminé.

Le ministre s'est également rendu six fois au Qatar où il a eu huit entretiens avec les responsables de cet émirat, cinq fois en Pologne (neuf entretiens), quatre fois en Arabie Saoudite (sept entretiens), deux fois en Inde (sept entretiens) et une fois au Brésil (trois entretiens). Et la plupart du temps, tout ce travail et cette présence sur le terrain ont été la clé de quelques jolis succès. "Les relations personnelles qu'entretient le ministre pèsent, mais elles ne remplacent pas le travail des industriels", rappelle-t-on au ministère.

Lire ou relire les premiers volets :

Les défis de la défense en 2014 (1/5) : une loi de programmation militaire déjà sous pression

Les défis de la défense en 2014 (2/5) : l'export de plus en plus cruciale pour l'industrie d'armement

Les défis de la défense en 2014 (3/5) : les dossiers industriels vont-ils rester au frigo?

Les défis de la défense en 2014 (4/5) : un grand chambardement au mauvais moment ?

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Commentaires
a écrit le 31/01/2014 à 20:45 :
à Lorient je me souviens de lui comme celui qui a viré la Marine Nationale de son lit, fait l'hopital mère-enfant en plein centre-ville (décrié par tous ceux qui ont dû y aller, pour l'accès), vous le voulez, gardez le, le ministre de la défense anti-militariste....
a écrit le 31/01/2014 à 11:06 :
Il est vraiment aussi bon que ça ce ministre? A vous entendre c'est le meilleur ministre de la défense que l'on ait eu depuis bien longtemps.
Si c'est le cas, j'espère qu'il restera à son poste de longue année. Et pourquoi pas même sous un gouvernement de droite (pour une fois que l'on garderait des gens pour leur qualité et non pour du copinage...)
Réponse de le 31/01/2014 à 21:29 :
Il n'a rien de meilleur que les autres... Si il voulait justifier les réductions durable, il refusera que l'on dépense tant pour des défilé tel que le 14 juillet... On est soit disant en pleine crise, on vire les militaires a tire de bras (tout en reprochant a psa, renaiult et autre entreprise de faire de même), on hésite à les envoyer faire la guerre pour justifier des économies de pacotille et a côté de ça on dépense sans compter pour 4 heure de défilé!!! Y a quelque chose qui tourne pas rond.

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