Armement : comment la France négocie désormais avec la Grande-Bretagne

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L'achat de drones Watchkeeper par la France dépend d'une commande ferme de véhicules blindés français (VBCI) fabriqué par Nexter par la Grande-Bretagne
L'achat de drones Watchkeeper par la France dépend d'une commande ferme de véhicules blindés français (VBCI) fabriqué par Nexter par la Grande-Bretagne
La France entend lier l'achat de drones Watchkeeper à une commande britannique portant sur des véhicules blindés à roue (VBCI) fabriqué par Nexter. Bref, une nouvelle stratégie basée sur du donnant-donnant.

Après les nombreux échecs entre Londres et Paris en matière de coopération dans l'armement, le Délégué général pour l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon, prend aujourd'hui toutes les précautions pour que la France ne se fasse pas avoir une nouvelle fois par la Grande-Bretagne sur le programme de drone tactique britannique Watchkeeper. Car l'échec de la coopération entre Londres et Paris sur les porte-avions (PA2/CVF) a marqué les esprits. Il est vrai que la France a payé plus de 200 millions d'euros pour développer les porte-avions britanniques sans aucune contrepartie.

Du coup, Laurent Collet-Billon a expliqué que l'achat des drones Watchkeeper dépendrait d'une commande ferme de véhicules blindés français (VBCI) fabriqué par Nexter par la Grande-Bretagne. "Tout ça est en parallèle avec ce qui doit être fait dans l'évaluation du VBCI par le côté britannique et les marques d'intérêt que les Britanniques pourraient apporter à ce véhicule blindé", a-t-il précisé. Paris semble avoir adopté l'approche du donnant-donnant avec les Britanniques. "Il faut leur rentrer dedans", estime-t-on.

Cela a été également le cas pour obtenir à ce sommet de Brize Norton la poursuite d'études en commun sur un futur drone de combat. Les travaux ont été confiés à Dassault Aviation et BAE Systems. la France a en échange donné son feu vert au développement en commun d'un missile anti-navire léger (ANL), dont la Grande-Bretagne a un besoin urgent pour armer ses nouveaux hélicoptères, alors que l'armée française pouvait attendre au mieux ou n'en avait pas besoin au pire.

Info ou intox ?

Bluff ou pas de la part du DGA ? La France envisage depuis plusieurs mois de commander, comme l'a déjà fait l'armée de terre britannique, des drones Watchkeeper, fabriqués par Thales UK, la filiale britannique du groupe français. Et la DGA ne veut pas pour le moment entendre parler du drone concurrent Patroller que propose désespérément Sagem même si officiellement le patron de la DGA explique que ses services "évaluent en permanence" le Patroller "digne d'intérêt".

La décision sera dans les mains du ministre de la Défense. Le Délégué général a d'ailleurs rappelé que c'est Jean-Yves Le Drian qui avait décidé, lors d'un sommet franco-britannique le 31 janvier, "d'explorer une voie qui consiste à mettre en place tout ce qui permettrait l'acquisition du Watchkeeper et en regard de ça tout ce qui permettrait l'acquisition du VBCI par les Britanniques. Après on verra".

Le Watchkeeper plaît à l'armée française

Mais l'acquisition d'un même système d'armes par deux pays européens facilite les opérations interarmées et peut réduire les coûts de production et de soutien. Et il plait beaucoup au chef d'état-major de l'armée de terre, le général Bertrand Ract-Madoux. La DGA poursuit actuellement l'évaluation du Watchkeeper, qui a démontré des "progrès sensibles" après avoir laissé les Français "un peu sur leur faim", a-t-il expliqué. Il n'est pas encore arrivé, selon lui, à un "degré de maturité satisfaisant".

Le Watchkeeper a pourtant récemment obtenu début octobre sa certification délivrée par l'autorité de l'aviation militaire du Royaume-Uni en vue de l'intégrer dans le trafic aérien civil. Il doit entrer en service en Grande-Bretagne dans le courant du "premier trimestre 2014", peut-être en "février", affirme-t-on au sein de Thales. En dépit des rumeurs qui ont circulé sur de nouveaux problèmes, il a volé "comme prévu" ces dernières semaines en dehors du centre d'essais, notamment au-dessus d'une station balnéaire cet hiver.

Une opération de gouvernement à gouvernement

L'achat des drones Watchkeeper, selon nos informations, passerait, s'il se concrétise, par un accord de gouvernement à gouvernement entre Paris et Londres. Les Britanniques vendraient à l'armée de terre française des systèmes Watchkeeper prévus initialement pour l'armée de terre britannique. La prudence de Laurent Collet-Billon viendrait également du prix du Watchkeeper proposé par les Britanniques.

A Thales UK ensuite de négocier une commande supplémentaire avec l'armée britannique pour revenir au niveau de la cible initiale fixée par la Grande-Bretagne. Car pour le groupe électronique, l'opération entre Paris et Londres serait neutre dans une première étape. Chez Thales, on s'attend à une commande française en 2015. "Il n'y a pas de budget en 2014", explique-t-on à La Tribune. Cette coopération est en revanche "très porteuse" pour le groupe, qui fonde des espoirs sur une commande de l'OTAN.

L'armée de terre britannique séduite par le VBCI

C'est étonnant et cela doit être souligné. L'armée de terre britannique est vraiment séduite par le VBCI, le blindés à roues de Nexter, selon nos informations. Les militaires britanniques qui ont souvent accompagné leurs homologues français sur les théâtres d'opérations extérieures, souhaitent disposer du VBCI. Et la complicité entre les deux chef d'état-majors de l'armée de terre français et britannique pourrait débloquer l'opération. L'armée de terre française serait même prête à vendre à son homologue britannique une vingtaine d'exemplaires de VBCI pour une quarantaine de millions d'euros. 

Une coopération franco-britannique intense dans les missiles

Le Royaume-Uni est le principal partenaire de la France dans la conduite de programmes de  missiles et d'aéronefs. Signés en novembre 2010, les traités de Lancaster House formalisent la relation prioritaire nouée entre la France et le Royaume-Uni dont le précédent Livre blanc était venu confirmer l'importance. Les deux pays coopèrent sur le futur missile ANL. Embarquant une charge explosive limitée, l'ANL reste un programme d'ampleur assez modeste, visant à assurer des frappes mieux ciblées.

Le programme de missile de croisière SCALP-EG conduit en coopération avec les Britanniques et qu'ils appellent le Storm Shadow fait, quant à lui, l'objet d'une révision. L'ensemble de ces projets dans le secteur missilier inspirent une nouvelle vision stratégique, un effort de consolidation de l'industrie des missiles que nos partenaires nomment One complex weapon ou One MBDA, du nom de l'industriel concerné.

Enfin, la coopération porte sur les systèmes d'information ainsi que sur l'harmonisation des systèmes satellitaires de communication, Syracuse (France) et Skynet (Grande-Bretagne) devant être remplacés.

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a écrit le 19/02/2014 à 14:34 :
En bon français c'est plus du chantage que de la négociation. Mais, étant donné que les contribuables français ont déjà financé les porte avions de sa Gracieuse Majesté à hauteur de 200 millions d'Euro, ce serait sympa de leur part de nous faire une ristourne.
Réponse de le 20/02/2014 à 9:51 :
remarquez les anglais se sont aussi bien fait avoir avec l abandon du F35 B (version à décollage vertical) ils se retrouvent avec des porte avions inutilisables pour d autres avions aeroportés et l' Harrier est vraiment dépassé Peuvent s en servir comme porte hélicoptéres mais bon....
a écrit le 19/02/2014 à 13:10 :
Si c'est à l'image de l'ex futur porte avion, on va encore payer pour les anglais
a écrit le 19/02/2014 à 10:54 :
Le Watchkeeper est encore basé sur un drone Israelien s'est fou quand meme , un drone qui date en plus des années 90 ! on est des incapable à se point ?

Le patroler de SAGEM en plus d'etre fabriquer en France et plus performant dans tout les domaines pourquoi se souffler de la DGA ?
Réponse de le 20/02/2014 à 0:36 :
@ALex : c'est une bonne question. Mais il faudrait savoir ce qu'il reste à faire dans le développement du Patroller. Au contraire, les anglais ont défriché (et financé) beaucoup de choses côté Watchkeeper. Rien que la certification du Patroller pour intégrer le trafic civil pourrait constituer une facture salée. Et au final, si le gain financier et/ou opérationnel est faible, opter pour une plate-forme commune pourrait être pertinent, surtout si ça peut se faire dans le cadre d'un échange avec l'export de VBCI au Royaume-Uni!
a écrit le 19/02/2014 à 9:43 :
Wait & see...
a écrit le 19/02/2014 à 9:33 :
Enfin . Il est tout à fait normal d'envisager les choses sous cet angle .
On devrait faire de même avec les suisses : ils ont refuser le Rafale et biaisé les évaluations aussi il est hors de question que l'armée s'équipe chez pilatus .
Réponse de le 20/02/2014 à 0:32 :
@Bob62 : c'est assez vrai, on peut être tenté de vouloir coller un malus aux suisses sur ce coup. Mais une démarche inverse pourrait peut-être aussi être intéressante : faire des deal avec les prospects en incluant dans le retour industriel la commande d'un équipement local. Ça fait un peu mal de se dire qu'on va commander des dizaines de Pilatus... et avec quelles compensations?
a écrit le 19/02/2014 à 8:48 :
Ne jamais oublier, l'Angleterre n'a pas d'amis elle n'a que ses intérêts.
Mais rare sont les gouvernements français qui s'en sont souvenus.
Même si quelquefois, les intérêts de la Frances et de l'Angleterre étaient concordants.
Réponse de le 19/02/2014 à 9:03 :
Cela a été vrai à une époque mais vu l'état du R-U aujourd'hui ainsi que de la France, nos 2 pays sont forcés de se rapprocher. On a des intérêts communs.
Réponse de le 19/02/2014 à 9:25 :
La filière blindée française est bien mal en point, et un tel deal serait une excellente nouvelle pour Nexter, qui propose un très bon produit qui est sur le point de décrocher de très gros marchés au Canada, aux EAU (jusqu'à 700 machines), Danemark... Dans l'optique d'un rapprochement avec les Allemands de Rheinmetall, ceci permettrait à la filière blindée française d'avoir plus de poids.
Quant aux drones, le Patroller a des prospects à l'étranger et pourrait toujours faire l'objet d'une commande restreinte pour des besoins spécifiques en France.
Réponse de le 19/02/2014 à 12:02 :
L'angleterre et la France ont toujours eu de bon résultats lorsqu'ils ont coopéré. Mais une monarchie reste une monarchie...

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