Pourquoi le rapprochement entre Nexter et Krauss-Maffei pourrait réussir

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D'ici à 2030, un char franco-allemand défilera sur les Champs-Elysées.
D'ici à 2030, un char franco-allemand défilera sur les Champs-Elysées. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
L'opération de rapprochement entre Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann a, jusqu'à présent, surmonté toutes les péripéties et turbulences générées par les déclarations et décisions du ministre de l'Economie allemand Sigmar Gabriel.

En dépit des turbulences provoquées par le débat sur les exportations d'armes en Allemagne, le projet de rapprochement (Kant) entre les deux spécialistes de l'armement terrestre européens - Nexter et l'allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW) - avance sans trop d'anicroches. Liés par une clause d'exclusivité de neuf mois pouvant être prorogée en vue de conclure cette opération, les deux groupes ont entamé vendredi dernier le processus d'ouverture des comptes ("due diligence") pour déterminer la valeur des deux entreprises.

Une opération à l'issue de laquellle le paiement d'une soulte pourrait être demandé afin de respecter le principe intangible de co-contrôle entre l'Etat français et de la famille Bode de la future holding, qui doit être créée et baptisée provisoirement Newco. Un principe de co-contrôle (50-50) approuvé au début des discussions par les 27 actionnaires familiaux de KMW (100 %). Y compris l'action spécifique de l'Etat français sur des actifs stratégiques de Nexter (armes et munitions fabriquées en France).

"La présence de l'Etat français [via Giat-Industries, holding de Nexter, Ndlr] au capital de Newco est acceptée par l'actionnariat allemand, explique le Pdg de Nexter, Philippe Burtin. Il est un gage de la pérennité d'une vision industrielle à long terme". Dans ce cadre, les deux actionnaires se sont engagés à rester au minimum cinq ans dans le capital de la future société. La présence de l'Etat français est bien comprise comme cela par la famille Bode, elle aussi engagée sur le long terme.

Un char de combat franco-allemand?

"La vision [de ce que doit être le groupe, Ndlr] entre KMW et Nexter est très proche", assure le Pdg de Nexter. Il le faudra bien, un certain nombre de décisions étant prises à l'unanimité. Contrairement à Rheinmetall, munitionnaire et armurier, les deux entreprises veulent rester un systémier-intégrateur sur toute la gamme. "Nous allons constituer une gamme unique sur le marché et complémentaire en termes de marchés et de produits", se réjouit Philippe Burtin. En outre, les deux actionnaires seront liés par un pacte régissant la gouvernance.

Rapprochement ne signifie pas pour autant fusion. Car Nexter et KMW conserveront leurs autonomies juridiques et leurs sièges sociaux. En outre, les deux partenaires maintiendront en place au sein de KMW et de Nexter des organisations et des équipes de management. Enfin, les deux marques seront conservées. Au moins jusqu'au renouvellement du portefeuille produits. On parle déjà à l'horizon 2020-2025 d'un char de combat franco-allemand. "Il existe déjà des groupes de réflexions en commun aux deux pays", souligne Philippe Burtin. Et le PDG souhaite que Nexter entretienne des compétences dans ce domaine crucial, notamment la vétronique qui est un enjeu pour les véhicules militaires. Elle permet d'avoir à bord des véhicules une architecture centralisée des systèmes d'information et de contrôle nécessitant des calculateurs embarqués puissants et compacts.

Pourquoi pas un troisème acteur ?

Basée aux Pays-Bas, cette nouvelle société, qui détiendra 100 % de Nexter et de KMW, sera organisée avec un conseil de surveillance de sept personnes (deux représentants de l'Etat français, deux de la famille Bode-Wegmann et trois indépendants), dont le président sera choisi parmi les indépendants, et un directoire, composé au minimum par les deux PDG de Nexter et de KMW (Philippe Burtin et Frank Haun). Cette structure telle qu'elle a été souhaitée permet d'accueillir d'éventuels futurs partenaires. Et pourquoi pas les Italiens d'Oto Melara (groupe Finmeccanica), qui avaient été pourtant approchés par Nexter en 2010 quand son PDG faisait le tour d'Europe pour trouver un partenaire. "Les Italiens s'interrogent aujourd'hui sur cette occasion ratée", décrypte Philippe Burtin.

La nouvelle société sera plus particulèrement chargée de définir et élaborer les principes d'organisation du groupe, des objectifs des sociétés opérationnelles - Nexter et KMW - et de contrôler leur réalisation, du reporting vers les actionnaires, de définir la stratégie marché et la stratégie produits, du marketing et des ventes à l'international (y compris les salons), de coordonner la Recherche et Développement, la production, la politique d'achats... à des fins d'optimisation et enfin, d'assurer et de mettre en oeuvre les moyens financiers nécessaires à l'activité du groupe et de ses filiales.

Et Berlin ?

Après avoir été soumise ces dernières semaines à une forte pression en Allemagne, cette opération semble peu à peu être acceptée par certains hauts responsables allemands, notamment Sigmar Gabriel qui a joué un jeu trouble. Un ministre de l'Economie allemand qui également agacé toute l'industrie de défense allemande, notamment le patron d'Airbus group Tom Enders, en pratiquant une politique restrictive en matière d'exportation d'armements. Avec des impacts sur des livraisons en cours pour les industriels français ou franco-allemands, dont certains matériels restent bloqués par Berlin. Nexter n'est actuellement pas touché par ce type de décisions, explique-t-on dans le groupe.

Pour autant, assure-t-on, le climat est plutôt à l'apaisement actuellement entre Berlin et les industriels de l'armement. L'Allemagne est actuellement en train de débloquer "au cas par cas" certaines livraisons et approuve certaines commandes, y compris le contrat signé en janvier 2013 par KMW avec le Qatar portant sur la livraison de systèmes d'armes supplémentaires. "Les exportateurs allemands continuent de recevoir des autorisations", constate-t-on.

Ce qui est une bonne nouvelle pour le rapprochement entre Nexter et KMW, une opération quelque peu parasitée par les récentes déclarations de Sigmar Gabriel. D'autant que le partenaire historique de KMW, Rheinmetall était à l'affût pour évincer Nexter. Sauf qu'il veut le contrôle total de KMW, qui lui ne veut pas en entendre parler. Le dossier reste à suivre... tant les méandres de la politique allemande peuvent être toujours et encore surprenants.

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a écrit le 18/02/2015 à 17:05 :
Ce sont des manipulations financières, on nous fait crore que le but est le sauvetage de l'économie, mais il n'y a en réalité qu'un seul but et c'est celui de la mise de coté d'une retraite dorée avec KMW les dirigeants de Nexter seront à la bonne école. ils auront peut être acces aux comptes en autriche ou en suisse de ces derniers, qui sait. Mais bon dans un cas comme dans l'autre. Ce sont les salariés de Nexter ex GIAT qui auront été utilisés jusqu'au bout , et qui devront faire les frais des délires capitalistique des banquiers. L'un de rares motifs d'espoir est l'enquete que mène actuellement le procureur de Munich et qui devrait aboutir à la condamnation pour près d'eun demi-milliard de Krauss Maffei.
a écrit le 04/11/2014 à 23:11 :
Il faut savoir que NEXTER a le savoir faire pour un char de 3ème génération ( le leclers) et que l'Allemagne doit développé un remplaçant pour sont léopard 2 qui a bientôt 30 ans.... Ensuite l'armement terrestre en France a été complètement délaisser au profit de la marine ..... Il nous faut assumer nos choix politique.... Espérons que ce mariage sera bénéfique pour les deux entreprises....
a écrit le 02/11/2014 à 14:15 :
Il faut savoir que NEXTER a le savoir faire pour un char de 3ème génération ( le leclers) et que l'Allemagne doit développé un remplaçant pour sont léopard 2 qui a bientôt 30 ans.... Ensuite l'armement terrestre en France a été complètement délaisser au profit de la marine ..... Il nous faut assumer nos choix politique.... Espérons que ce mariage sera bénéfique pour les deux entreprises....
a écrit le 24/10/2014 à 15:46 :
Ben comme cela, dès qu'il y aura trois boulons allemands dans un matériel proposable à l'exportation, les allemands pourront bloquer la vente sous couvert de leur loi. On n'a pas assez d'exemples en ce moment pour ne pas réfléchir?
a écrit le 24/10/2014 à 10:23 :
Comment se fait il que cette societe soit base aux Pays bas?
Réponse de le 24/10/2014 à 10:42 :
Moi je dirai c'est pour le fisc, mais bon je n'ai qu'un bac moi je suis un nul dans la société Française, En gros ce que l'article oublie de dire c'est que cela passe mieux une société Européen au pays bas qu'une société Allemande ou Française pour l'opinion
a écrit le 24/10/2014 à 7:59 :
Ok pour une alliance qui a l air réfléchie, mais pourquoi au pays bas... L état français joue les évades fiscaux?
Réponse de le 24/10/2014 à 9:29 :
Pour les Pays-Bas il y a surement plusieurs raison, que c'est un pays neutre peut-être mais je pense que l'optimisation fiscale est une raison comme l'a fait EADS.
Réponse de le 24/10/2014 à 10:24 :
+1 ce choix des pays bas est une aberration
Réponse de le 24/10/2014 à 11:10 :
La part française est détenue par l'Etat, donc l'optimisation fiscale n'a pas de sens.
Il s'agit plutôt d'une question de "terrain neutre".
a écrit le 23/10/2014 à 23:34 :
en espérant que cela finisse mieux qu'Airbus où la France a apporté le plus gros lors de la création sans avoir l'ascendant... un équilibre voulu par De Gaulle et qui pèse aujourd'hui...
a écrit le 23/10/2014 à 22:08 :
Mais non, ce rapprochement ne peut pas réussir : dès que la France voudra intervenir dans un pays sans que cela plaise à l'Allemagne, celle-ci empêchera l'entreprise de lui fournir des pièces de rechange et refusera d'honorer ses commandes de chars et autres véhicules (comme la France pour les Mistral russes ?)... Faut-il que nos élites aient du temps à perdre...
Réponse de le 23/10/2014 à 23:38 :
si un produit est fabriqué par la fusion de ces 2 entreprises qu'est ce qui pourrait empêcher une de ces 2 entreprises nationales de fabriquer des éléments?
Je verrais plutôt la situation dans l'autre sens: si un pays veut intervenir alors l'autre ne pourra pas faire pression sur lui en brandissant une limitation des approvisionnements en pièce détachée...

La vraie menace est ailleurs: chaque fois que la France a voulu marrier un de ses entreprises d'armement cela n'a pas ete vraiment une bonne affaire pour nous.

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