Figeac Aero, l'ascension fulgurante d'un sous-traitant aéronautique français

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Le groupe est présent dans la construction des planchers, des portes et sur d'autres parties d'aérostructures liées au moteur de l'A350. Idem pour l'A320 (via le Stelia dont un contrat de 400 millions est en cours de finalisation) ou le moteur Leap.
Le groupe est présent dans la construction des planchers, des portes et sur d'autres parties d'aérostructures liées au moteur de l'A350. Idem pour l'A320 (via le Stelia dont un contrat de 400 millions est en cours de finalisation) ou le moteur Leap. (Crédits : © Damir Sagolj / Reuters)
Le sous-traitant français qui enregistre des croissances de chiffre d'affaires de 23% par an en moyenne depuis 5 ans va cette année augmenter son activité de 36 à 44% ! Malgré ce fort développement, le groupe maintient des objectifs de rentabilité élevés.

Croissance du chiffre d'affaires de 23% par an en moyenne depuis 5 ans, doublement du carnet de commandes en trois ans à près de de 4 milliards d'euros ; triplement de l'Ebitda au cours des trois dernières années : les chiffres du sous-traitant aéronautique français Figeac Aero donnent le tournis.

"C'est un ovni dans le secteur pour des entreprises de cette taille", reconnaît un analyste financier.

Et l'ascension de ce groupe spécialiste de pièces élémentaires (en alliages légers ou en métaux durs) et de sous-ensembles, ne fait que commencer.

"Nous allons continuer notre croissance vertueuse", a déclaré ce mardi Jean-Claude Maillard, le Pdg du groupe en présentant les résultats 2015-2016, clos fin mars, marqués par un résultat opérationnel courant de 38,8 millions d'euros (+16%) pour un chiffre d'affaires de 252,4 millions d'euros en hausse de 22%.

Forte croissance cette année

L'exercice 2016-2017 sera pour le groupe sis dans le Lot le plus important depuis 15 ans en matière de croissance. Le chiffre d'affaires devrait en effet bondir, "dans le pire des cas de 34% et dans le meilleur des cas de 44%".

Cette variation s'explique par l'éventuel décalage de quelques mois de certains gros contrats signés par le groupe.

"Au cours des trois prochaines années, il peut y avoir quelques mois de décalage", a expliqué Jean-Claude Maillard. Autrement tout dépendra de la montée en cadence de l'A320 et de l'A350, deux programmes sur lesquels Figeac Aero est fortement impliqué.

Croissance supérieure au marché

D'ici à deux ans (à l'issue de l'exercice 2017-2018), le Pdg du groupe prévoit un doublement de la taille de Figeac à 500 millions d'euros de chiffre d'affaires. Puis, au cours des deux années qui suivront sur une nouvelle hausse d'activité pour atteindre 650 à 750 millions de chiffre d'affaires en 2019-2020, un poids supérieur à celui de Latécoère aujourd'hui. Ce niveau constituerait une multiplication par 7 du chiffre d'affaires par rapport à 8 ans en arrière !

Futur numéro un de la sous-traitance aéronautique européenne

Un développement largement supérieur à celui du marché de la sous-traitance, qui va croître au cours des prochaines années de plus de 10% an en raison de la croissance du secteur aéronautique mais aussi par le recours accru à la sous-traitance de la part des donneurs d'ordre. A ce rythme, Figeac Aero entend très rapidement doubler Arco (400 millions d'euros de chiffre d'affaires), dont la croissance est inférieure, et devenir le leader européen de la sous-traitance aéronautique.

Ce bond en avant est porté par un carnet de commandes qui a doublé depuis trois ans, à près de 4 milliards d'euros, et à plusieurs succès commerciaux qui positionnent le groupe sur des programmes appelés à croître fortement, comme l'A350 et l'A320. Réalisant 1,4 million d'euros de chiffre d'affaires sur chaque A350, Figeac Aero augmentera de facto sa facturation pour cet avion au fur et à mesure de sa montée en cadence. Le groupe est par exemple présent dans la construction des planchers, des portes et sur d'autres parties d'aérostructures liées au moteur de l'A350. Idem pour l'A320 (via le Stelia dont un contrat de 400 millions est en cours de finalisation) ou le moteur Leap. A cela devrait s'ajouter prochainement le premier contrat signé directement avec Boeing.

Cette croissance serait impossible sans un niveau important d'investissements du groupe. "Nous réinvestissons tous nos bénéfices et ne distribuons aucun dividende. Notre capacité d'investissements est très importante", se réjouit Jean-Claude Maillard.

"Figeac Aero continuera d'être le centre d'excellence industrielle du groupe et nous ne pourrons pas accroître le niveau technique des pièces fabriquées sans un effort important de Recherche-Développement (17 millions ont investis) et de maîtrise des process. 37 millions d'euros ont été investis l'an dernier dans les moyens de production, essentiellement dans 18 nouvelles machines, dont 13 à Figeac", précise Thomas Girard, le directeur commercial de Figeac Aero.

Le site industriel de Figeac est en cours d'agrandissement. Le groupe investit dans une usine entièrement automatisée pour fabriquer des pièces du moteur Leap de CFM International ainsi que dans une autre usine de 11.000 m2 qui permettra d'usiner les grosses pièces en aluminium de structures. Un nouvel atelier d'assemblage est également en cours de construction tandis qu'un autre, d'usinage de métaux durs de grande dimension, est agrandi.

Forte rentabilité

Malgré cette forte croissance, le groupe entend rester fortement rentable.

"Nous maintenons des objectifs de taux de marges sur Ebitda de 23 à 25%», a indiqué Jean-Claude Maillard, qui avoue « néanmoins que l'exercice est plus difficile avec une croissance qui s'accélère."

Pour atteindre ses objectifs de marge, le groupe dispose d'un certain nombre de leviers, notamment sa présence dans les pays low-cost et aux Etats-Unis qui ne fait que débuter. Si la filiale tunisienne date de 2011, les sites marocain et mexicain ont seulement commencé leur activité fin 2015. Aujourd'hui, les effectifs en Tunisie s'élèvent à 300 personnes, et seulement à 100 au Maroc et 20 au Mexique. D'ici à 2020, Figeac Aero table sur des effectifs de 1.500 personnes dans ces trois pays qui devraient réaliser "entre 35 et 40% du chiffre d'affaires du groupe", selon Jean-Claude Maillard. "La production en pays low-cost est un levier important pour tenir cet objectif de marge", a-t-il assuré.

Même chose pour les Etats-Unis. Le rachat d'une filiale à Wichita, la capitale de l'industrie aéronautique américaine, date de mai 2014 et l'activité de Figeac Aero sur le premier marché aéronautique du monde ne fait, là aussi, que débuter. "Nous ne pesons que 0,5% du marché américain qui nous est potentiellement adressable, lequel s'élève à 13 milliards d'euros. Nous allons développer une structure commerciale forte aux Etats-Unis", a expliqué Thomas Girard, le directeur commercial de Figeac Aero.

Enfin, le groupe va continuer sa stratégie d'installation à proximité de ses grands clients comme il l'a fait à Saint-Nazaire pour être à côté de l'américain Spirit ou à Méaulte, à côté de Stelia, l'équipementier d'Airbus dans les aérostructures. « Il y en aura d'autres », assure Jean-Claude Maillard. Et d'ajouter dans la foulée que le groupe qu'il préside « produira demain des pièces d'avions dans les prochaines années en Russie en partenariat avec le leader de l'élaboration du titane ».

Nouvelle augmentation de capital en vue d'ici à 2020

Mais pour atteindre les 700 millions d'euros de chiffres d'affaires d'ici à 2020, Figeac Aero entend réaliser une ou deux acquisitions, dont une probablement aux Etats-Unis, d'un montant compris entre 25 et 75 millions d'euros.

Pour financer son plan de marche d'ici à 2020, Jean-Claude Maillard peut compter sur la quasi-totalité des 86 millions d'euros levés en bourse au printemps mais aussi sur l'engagement des banques à prêter jusqu'à 150 millions d'euros. "Avec 230 millions d'euros et des taux d'intérêt proches de 0, nous savons financer la soixantaine de millions d'euros d'investissements et de R&D nécessaires chaque année." Pour autant, le Pdg estime qu'une deuxième augmentation de capital importante sera probablement lancée d'ici à 2020.

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Commentaires
a écrit le 06/07/2016 à 18:23 :
Rien sur le management de cette boîte exceptionnelle ?
a écrit le 06/07/2016 à 14:37 :
Cette activité me fait plaisir après la même décadence que dans le nord avec la fermetures des mines de charbon millénaires dans les années 70.
En effet figeac, décazeville, cransac sont des villes proches.
La preuve que ce qui se passe dans le nord est bidon et aurait pu se gérer.
Gràce à l'aéronautique l'embauche dans le coin tourne à donf et c'est tant mieux.
Bravo pour l'école d'apprentissage, la seule recette pour réussir.
a écrit le 06/07/2016 à 14:37 :
Cet article pose la question de la croissance des entreprises. Elle dépasse bien entendu le cas de Figeac qui est une illustration. La première entreprise mondiale réalise 482 milliards de dollars de chiffre d'affaire soit 1000 fois plus que les pronostics favorables (et exceptionnels) à plusieurs années pour Figeac. Même si le calcul exponentiel s'avère moins favorable pour la plus grosse, il s'avère certain qu'elle ne sera jamais approchée quant à son score. L'exemple pris ici vaut pour bien d'autres et plus grosses entreprises françaises, on peut en réduire considérablement le coefficient de multiplication mais le tracé de l'impossibilité finale reste vrai. D'autant que le marché mondial total pour un secteur n'est pas extensible à l'infini. Le premier constat est donc de dire que c'est bien sur d'autres entreprises qui disparaissent que ce chiffre d'affaire est pris et donc qu'il ne résulte pas d'une croissance réelle pour le pays, le second constat est que l'approche par entreprises ETI est une mauvaise solution comme l'est désormais celles des Mittelstands allemands. cette structure a permis de "caler" pour ne pas reculer mais ne permet en rien la projection attendue. Face aux reconfigurations américaines et chinoises actuelles, il convient d'envisager la constitution de solides entreprises de grande taille capables de gagner des marchés à l'international. On ne se cachera pas plus longtemps derrière son petit doigt.
a écrit le 06/07/2016 à 13:46 :
sous-traitant = partenaire. Sans eux, l'entreprise "acheteuse" ne réaliserait rien du tout, surtout quand ils sont incontournables (aucune alternative, donc pas de chantage aux prix trop serrés possible).
a écrit le 06/07/2016 à 8:54 :
Le Lot est un département dans lequel il y a de nombreuses entreprises liées à l'armement, une personne sachant discuter doit pouvoir bénéficier de l'expérience et du réseau de ce secteur, par contre attention à la folie des grandeurs, plus d'une entreprise s'est écroulée à cause de ce ressentiment.

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