Fincantieri, le nouveau Machiavel de l'armement

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Les deux corvettes italiennes la Mussa ben Nassair et la Tariq Ibn Ziad, qui étaient bloquées depuis la première Guerre du Golfe en 1990 avec Bagdad, ont été livrées début juillet à la marine irakienne.
Les deux corvettes italiennes la "Mussa ben Nassair" et la "Tariq Ibn Ziad", qui étaient bloquées depuis la première Guerre du Golfe en 1990 avec Bagdad, ont été livrées début juillet à la marine irakienne. (Crédits : DR)
Fincantieri propose ses navires à l'Iran et à l'Irak ainsi qu'à l'Arabie Saoudite et au Qatar....

Fincantieri est le Machiavel des temps modernes de l'armement. Le chantier naval italien est prêt à vendre des bâtiments militaires et/ou civils à des pays ennemis. Ainsi, le futur actionnaire de STX France aurait l'intention de vendre des navires de guerre à l'Irak tout en proposant une alliance aux Iraniens dans la construction de navires civils de grand tonnage. C 'est aussi le cas au Qatar et... en Arabie Saoudite où Fincantieri, tout comme d'ailleurs Naval Group et bien d'autres, a récemment proposé la vente de navires de guerre aux deux pays.

Fincantieri mise sur l'Iran et... l'Irak

En Irak, le chantier naval italien a réglé un vieux contentieux de plus de 20 ans avec Bagdad portant sur la livraison de deux corvettes, qui étaient bloquées depuis la première Guerre du Golfe en 1990, la "Mussa ben Nassair" et la "Tariq Ibn Ziad". Après avoir été remises en état pendant trois ans à La Spezia, fief de Fincantieri, les deux corvettes italiennes sont arrivées le 4 juillet dernier à Umm Qasr, une ville portuaire de la province de Bassorah. Pour Fincantieri, le règlement de cette vieille histoire pourrait rouvrir la voie à des prospections commerciales italiennes dans le naval en Irak. Mais la partie risque d'être compliquée (trop peut-être) à jouer.

Pourquoi? Parce qu'en parallèle Fincantieri, qui veut se développer en Iran, a jeté en janvier dernier les bases d'une alliance avec les Mollahs. Le groupe italien projette de construire en Iran des navires civils de grand tonnage. Le 8 décembre 2016, une délégation du chantier italien a noué un partenariat avec IDRO (Industrial Development & Renovation Organization of Iran), un puissant conglomérat industriel présidé par Mansour Moazami, également ministre de l'Industrie. Dans la foulée, lors de la visite fin janvier à Rome du président iranien Hassan Rohani, un accord de coopération a été signé entre Fincantieri et Azim Gostaresh Hormoz Shipbuilding Industry, qui appartient à IDRO. Des accords qui s'élèvent à 100 millions d'euros environ. La filiale du groupe italien, le motoriste Isotta Fraschini Motori doit notamment fournir 600 moteurs à Arka Tejarat Queshm.

Enfin, une frégate italienne anti-sous-marine de la classe Maestrale, a participé en septembre 2016 à un exercice naval dans le détroit d'Ormuz avec deux navires iraniens, les frégates Alvand et Alborz. La frégate Euro (F-575) a donc été le premier navire de guerre italien à participer à de telles manœuvres en Iran depuis 1999.

Fincantieri propose à Ryad et vend à Doha

Fincantieri et l'électronicien Leonardo ont signé en juin 2016 un protocole d'accord avec le Qatar pour la vente de sept navires de guerre. Une commande estimée à 5 milliards d'euros. Fin juin, la Commission des garanties bancaires italienne a validé le schéma de prêt au Qatar pour le financement des bâtiments, selon nos informations. Or, la signature du contrat attendue fin juillet, s'inscrit toutefois dans un contexte de révélations sur la razzia qatarie en Italie et de dossiers douteux que la presse italienne a récemment dévoilés.

Une fois le projet naval qatari verrouillé en juin 2016, la ministre de la Défense italienne, Roberta Pinotti, s'est rendue début octobre en Arabie saoudite, avec une proposition de vente de corvettes censée concurrencer un projet espagnol de quatre corvettes. Si ce projet n'a finalement pas abouti, Fincantieri devrait récupérer de la charge de travail en Arabie Saoudite grâce au programme MMCS (quatre frégates LCS de la classe Freedom) récemment conclu entre Ryad et Washington (11,5 milliards de dollars). Le chantier italien est un partenaire de Lockheed Martin sur ce programme de LCS. Comme le dit un proverbe latin, "non olet" ("l'argent n'a pas d'odeur")...

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Commentaires
a écrit le 22/07/2017 à 15:37 :
C'est vrai qu'il y a un autre énorme business à faire, et bien plus profitable pour tous les chantiers navals d'Europe, plutôt que de se prostituer avec des pays ennemis...

https://bd-blogeur.blogspot.fr/2017/06/docks-en-stock-ou-quand-aquacity.html
a écrit le 21/07/2017 à 11:51 :
Mr. Cabirol's article will be much appreciated by the Elysee where an inexperienced Napoleon IV is trying to build consensus against Fincantieri and its planned acquisition of STX.
French defence companies have a long experience in selling weapons to whomever can afford them, regardless of any consideration, but, of course, the Italians are greedy and unethical.
Réponse de le 21/07/2017 à 15:29 :
Ottimo Alessandro !
a écrit le 20/07/2017 à 21:12 :
Dans la mesure où l'Italie n'est pas considérée par les autres pays Occidentaux "majeurs" (France, les Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne) comme un pays avec une notoriété géostratégique certaine (ce n'est pas une puissance géopolitique à part entière pour la France par exemple, c'est bien connu...), alors les industriels italiens de l'armement peuvent se considérer comme les amis de tout le monde, et tant mieux pour les charges de travail procurés aux arsenaux de La Spezia, Trieste, Venise, Taranto.
a écrit le 20/07/2017 à 10:52 :
J'apprécie vos articles mais le titre est l'angle sont ridicules. Depuis qd les vendeurs d'armes ont des états d'âmes ?
Si des pays ennemis ne sont pas gênés pour avoir le meme fournisseur je ne vois pas pourquoi le vendeur devrait se poser des questions.
Et les autres fabricants ne font pas pareil ???
Réponse de le 20/07/2017 à 19:45 :
Vous avez raison, ça me rappelle "Tintin et l'Oreille Cassée" avec le général "Alcazar et Tapioca", et le fournisseur d'armes "Basil Bazaroff". Rien de changer depuis le première parution en 1945.
a écrit le 20/07/2017 à 10:43 :
A present l Irak et l Iran ne sont plus ennemis .
a écrit le 20/07/2017 à 10:38 :
Iran, Arabie Saoudite, Qatar, des pays qui ne savent pas quoi faire avec leurs dollars. Les occidentaux sont obligés de récupérer des milliers de personnes fuyant la misère et la guerre. d’où viennent-ils, des pays limitrophes , Soudan, Éthiopie, Sahel, Érythrée, Libye.
Pendant ce temps là, que font ces pays du golfe, ils font des patinoires en plein désert, achètent des voitures de luxe et financent le terrorisme. Pourquoi pas, ne pas acheter des bateaux de guerre et dépenser encore un peu plus?. Le monde ne tourne décidément pas rond.
a écrit le 20/07/2017 à 9:45 :
Rien de neuf sous le soleil M. Cabirol.

Le très français Naval Group a vendu des sous marins de la classe Agosta au Pakistan et de la classe Scorpène à l'Inde.

Deux pays dont tout le monde connaît les relations particulièrement amicales qu'ils entretiennent.

Comme vous le dites si bien, l'argent qu'il soit italien ou français n'a pas d'odeur
a écrit le 20/07/2017 à 9:16 :
La France est mal placée pour donner des leçons en matière d'exportations d'armes car nous n'avons pas toujours distingués et c'est d'ailleurs heureux pour notre commerce extérieur les "bons des mauvais ".
Réponse de le 20/07/2017 à 13:57 :
"La France est mal placée pour donner des leçons": alors en premier: en quoi? on livre a ceux avec qui on a des accords bref comme tous les pays du monde!
Et en deux: La France n'a donné aucune leçon l'article parle que de Fincantieri et aucunement de l'avis de la France sur la question!

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