La fracture numérique... fracture la filière spatiale

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Si la solution américaine était retenue, cela mettrait en l'air tous les investissements français initiés par le CNES via des deux Plans d'investissements pour l'avenir, assure-t-on à La Tribune
"Si la solution américaine était retenue, cela mettrait en l'air tous les investissements français initiés par le CNES via des deux Plans d'investissements pour l'avenir", assure-t-on à La Tribune (Crédits : Eutelsat)
Eutelsat proposerait au gouvernement français une solution américaine pour réduire la fracture numérique en France. TAS et SES travaillent de leur côté sur une solution européenne.

Le développement de l'internet très haut débit (THD) en France fracture complètement la filière spatiale française. Et c'est Eutelsat qui électrise la filière. Plusieurs sources concordantes interrogées par La Tribune accusent l'opérateur de satellites européen de jouer la carte...d'un satellite américain ViaSat-3 pour réduire la fracture numérique en France. Une proposition qui met sous tension aussi bien les constructeurs de satellites français, Thales Alenia Space (TAS) et Airbus Space Systems, que le rival européen d'Eutelsat, l'opérateur de satellites luxembourgeois SES.

Le comité de concertation Etat-industrie sur l'espace (CoSpace), qui se réunit ce mardi, doit décider d'une feuille de route pour connecter dès 2020 comme l'exige Emmanuel Macron, deux millions de foyers, qui n'ont toujours pas accès à l'internet haut débit.  Mais, selon nos informations, le CoSpace ne devrait pas être en mesure de décider ce jour. La décision serait reportée d'ici à la fin de l'année. Il y a pourtant urgence à lancer un programme pour qu'il soit opérationnel à l'horizon 2020. Il y a également urgence pour l'Etat d'accorder une aide de 150 millions d'euros en attente depuis deux ans sur un total de 385 millions dans le cadre du plan THD.

"Je souhaite encore accélérer le calendrier afin de parvenir à une couverture en haut et très haut débit d'ici la fin de l'année 2020", a annoncé en juillet dernier Emmanuel Macron. "Je vous confirme que ce n'est plus 2022 : parce que si je vous dis 2022, je ne suis pas sûr que je serai en situation parfaite de pouvoir y répondre. Si je vous dis 2020, je sais que j'aurai encore l'année 2021 pour pouvoir rattraper les retards".

Viasat-3, l'arme américaine... d'Eutelsat

Selon des sources concordantes, Eutelsat aurait remis une proposition cet été au gouvernement français dans laquelle l'opérateur offre de connecter en partie 800.000 foyers avec un satellite américain ViaSat-3 construit par Boeing, qui pourrait être lancé en 2020. C'est en quelque sorte le haut de la fourchette du besoin identifié par les travaux de l'Agence du numérique pour brancher par satellite les foyers privés d'internet (entre 600.000 et 800.000). Cette solution serait d'ailleurs confortée par le partenariat stratégique annoncé en février 2016 entre les deux opérateurs ViaSat et Eutelsat.

"Dans les transports, à la campagne ou la montagne, tout le monde veut être connecté, avait expliqué en avril dernier dans Les Echos le directeur général d'Eutelsat, Rodolphe Belmer. La fibre est compétitive dans les zones urbaines, où le coût de raccordement par foyer est d'environ 400 euros. Dans les zones à faible densité, le coût de raccordement grimpe à 2.000 euros et jusqu'à 10.000 euros dans les zones montagneuses. Notre coût de « raccordement " est partout de 500 euros".

Pour leur part, TAS et SES travaillent ensemble depuis plusieurs mois sur une solution innovante, qui va concurrencer celle d'Eutelsat, explique-t-on à La Tribune. L'opérateur luxembourgeois, qui ne croyait pas vraiment à ce marché, aurait pourtant approché TAS pour proposer une solution européenne. SES se posait la question de la rentabilité d'un tel projet, notamment comment atteindre les foyers et qui pouvait distribuer les offres. D'autant qu'Emmanuel Macron aurait refusé de réserver des zones aux solutions satellitaires. Enfin, que va faire Airbus, qui souhaitait rejoindre TAS et SES mais a été refoulé?

Un dossier conflictuel

Au sein du CoSpace, le dossier est tellement conflictuel que la préparation des planches de présentation en vue de la réunion de ce mardi s'est révélée être très, très compliquée. "La conclusion s'est terminée par une phrase très alambiquée qui a satisfait toutes les parties", explique-t-on à La Tribune. Le match entre Eutelsat et TAS/SES met clairement en jeu une technologie européenne à une technologie américaine. "Si la solution américaine était retenue, cela mettrait en l'air tous les investissements français initiés par le CNES via deux plans d'investissements pour l'avenir", assure-t-on à La Tribune.

Au-delà du marché français, il existe également un important enjeu d'export entre une solution "Made in France" et "Made in USA" en vue de réduire la fracture numérique partout dans le monde. Le gouvernement sera-t-il sensible aux arguments de la filière française? A suivre...

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Commentaires
a écrit le 01/11/2017 à 23:56 :
S'ils sont aussi rapides et efficaces qu'avec Galileo, on est pas rendu.
a écrit le 24/10/2017 à 20:24 :
Ceux qui souhaitent que l'Europe soit l'esclave des US vont retenir la solution américaine. Notre sécurité et nos libertés imposent notre indépendance vis à vis de la technologie américaine.
a écrit le 24/10/2017 à 16:58 :
Le wimax sera moins coûteux et plus efficace !
a écrit le 24/10/2017 à 9:28 :
> Enfin, que va faire Airbus [...]

Airbus est fortement impliqué dans la fabrication des satellites pour la constellation OneWeb, une solution qui a le potentiel d'apporter une solution viable pour de l'internet à haut débit pour tous - avec l'avantage technique d'être entre orbite basse donc d'introduire moins de délais - mais à l'échelle planétaire.
a écrit le 24/10/2017 à 8:46 :
"Si je vous dis 2020, je sais que j'aurai encore l'année 2021 pour pouvoir rattraper les retards"

2021 donc, bref on est pas prêt de quitter notre internet à vapeur. Et politiciens et hommes d'affaires vont nous souler avec les photos et grandes déclarations encore pendant 4 ans au moins avec ça.

S'ils pouvaient bosser au lieu de se montrer, parler et promettre tout le temps certainement que la société irait déjà bien mieux.

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