Mégacontrat en Norvège : quelles sont les chances de DCNS ?

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La Norvège a sélectionné le sous-marin Scorpène de DCNS face au U214 de ThyssenKrupp Marine Systems
La Norvège a sélectionné le sous-marin Scorpène de DCNS face au U214 de ThyssenKrupp Marine Systems (Crédits : DCNS)
DCNS et ThyssenKrupp Marine Systems ont été présélectionnés pour fournir à la marine royale norvégienne quatre à six sous-marins. Le chantier naval français fait figure d'outsider.

Pour DCNS, il y a le contrat du siècle en Australie, mais il y a aussi le mégacontrat en Norvège. La marine royale norvégienne, qui compte acquérir quatre à six sous-marins pour un montant évalué entre 3 et 4 milliards d'euros, a présélectionné DCNS (Scorpène Nouvelle Génération) et le chantier naval allemand ThyssenKrupp Marine Systems (U214). Le Scorpène NG reprend certaines technologies développées pour le nouveau sous-marin nucléaire (SNA) Barracuda, comme la discrétion acoustique, la furtivité et le radar.

En revanche, cruelle désillusion pour le chantier suédois Kockums (Saab) et son A26, qui n'a pas été short-listé par le ministère de la Défense norvégien. Le vainqueur de cette compétition sera choisi dès 2016, le contrat devrait être quant à lui notifié en 2017. Le ministère de la Défense a décidé "de concentrer la suite de ses travaux avec ces deux entreprises et leurs autorités nationales", a précisé un communiqué du ministère de la Défense.

"Ce processus est proche de sa conclusion et une recommandation devrait être présentée au gouvernement norvégien dans le courant de 2016. Une fois prise la décision gouvernementale, un programme d'achat formel sera présenté pour accord au Parlement norvégien", a affirmé le ministère de la Défense.

"La France et l'Allemagne figurent parmi les plus grands pays d'Europe. Une coopération avec ces pays dans les sous-marins assurera que la Norvège aura les sous-marins dont nous avons besoin", a assuré la ministre de la Défense, Ine Marie Eriksen Søreide, citée dans le communiqué. Elle a également précisé que la Norvège était "encore" dans "une phase de planification". Son ministère n'a pas précisé le nombre de sous-marins qu'il souhaitait acquérir. En revanche, Oslo vise une mise en service des premiers bâtiments à compter de 2025 au moment où les sous-marins de la classe ULA fabriqués par TKMS et mis en service entre 1989 et 1992, vont arriver en bout de course.

DCNS, l'outsider qui a des atouts

Dans cette compétition, DCNS fait figure d'outsider face à TKMS, la marine norvégienne étant culturellement proche de l'Allemagne. Surtout le chantier allemand a fabriqué puis entretenu les sous-marins des Norvégiens. D'où une certaine proximité avec l'état-major de la marine norvégienne. "La Norvège et l'Allemagne entretiennent une coopération couronnée de succès", avait expliqué dans un communiqué le ministère de la Défense norvégien en mars dernier.

Mais le groupe naval tricolore a des atouts pour créer la surprise dans les eaux glacées du cercle polaire. Il a d'abord pleinement réussi son test avec la marine norvégienne en livrant à l'heure les six patrouilleurs rapides Skjold de 50 mètres fortement armés. Ce programme a été piloté par le consortium du même nom (Skjold), regroupant DCNS qui est intervenu en qualité de co-fournisseur et d'autorité de conception du système de combat, et deux contractants locaux, le chantier naval UMOE Mandal et Kongsberg Defence & Aerospace. "Nous avons fourni un très bon travail auprès des Norvégiens", assure-t-on en interne. Le chantier français avait été également le maître d'oeuvre de la modernisation des quatorze patrouilleurs norvégiens de classe Hauk effectuée entre 1997 et 2004.

Le Scorpène reste un sous-marin très apprécié des marines étrangères avec de nombreux succès à l'export. Le Chili a été le premier pays à acquérir en 1997 ce sous-marin à propulsion classique. Puis la Malaisie en 2002 et l'Inde en 2005 ont également acheté respectivement deux et six Scorpène. Enfin, le Brésil en a commandé quatre en 2008. Soit au total 14 Scorpène vendus dans le monde entier. Tout comme pour le U214, la Norvège a tenu à choisir deux modèles de sous-marins existants pour "éviter" un développement risqué et incertain avec un possible dérapage des coûts.

Une équipe de France à nouveau en marche

Au fur et à mesure de l'avancée du programme norvégien, l'équipe de France est montée en puissance pour placer DCNS dans les meilleures conditions. Depuis plusieurs mois, les relations entre Oslo et Paris se sont intensifiées. Et pour la première fois depuis 16 ans, un ministre français de la Défense a effectué une visite officielle en Norvège. Jean-Yves Le Drian était en août 2015 à Oslo où il a pu rencontrer le Premier ministre norvégien, Erna Solberg, et son homologue Eriksen Søreide. Jean-Yves Le Drian et le roi de Norvège Harald V avaient rendu hommage en juin 2014 aux soldats scandinaves qui ont perdu leurs vies sur les plages du débarquement, à Hermanville-sur-Mer (Calvados).

En février 2015, le chef d'état-major de la Marine, l'amiral Rogel s'était lui aussi rendu en Norvège pour une visite officielle à l'invitation de son homologue le contre-amiral Lars Saunes. La marine norvégienne se montrait intéressée par l'expérience de la marine française. Enfin, trois ans plus tôt, le président François Hollande avait reçu en novembre 2012 à l'Elysée le Premier ministre de Norvège, Jens Stoltenberg. A cette époque, le ministère de la Défense norvégien avant adressé une demande d'information (RFI) aux constructeurs de sous-maris pour le renouvellement de sa flotte.

Des liens raffermis entre la marine norvégienne et française

Ces rencontres ont permis de raffermir les liens entre les deux marines. La coopération entre la Norvège et la France est exemplaire, autant sur le plan opérationnel, avec des escales régulières de bâtiments français en Norvège et des exercices militaires communs, que politique et stratégique, avec des positions très proches sur les grandes questions internationales. "Pour nous, il est important de montrer la nature de la présence militaire de la Norvège dans le Grand Nord. Nous y avons de grands territoires et surtout des ressources importantes", avait déclaré Ine Eriksen Søreide lors de la visite de Jean-Yves Le Drian. Notamment face à la Russie, dont les sous-marins patrouillent dans le Grand Nord...

La ministre avait souligné que la Norvège avait besoin que ses alliés aient, sur le plan opérationnel, une bonne connaissance des territoires du Grand Nord. La France avait dans la foulée effectué des exercices militaires dans le Nord de la Norvège, en coopération avec les forces armées norvégiennes. Ainsi, huit avions de chasse français avaient participé à l'exercice militaire "Artic Thunder" dans le Finnmark. Fin février, quelque part en mer de Norvège, le sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) Casabianca a retrouvé le sous-marin norvégien Utstein pour deux jours d'entrainement opérationnel. Un exercice qui a renforcé la coopération entre deux forces sous-marines alliées. "La marine norvégienne a besoin de s'appuyer sur des marines étrangères fiables et opérationnelles", note un bon connaisseur du dossier. Ce qui pourrait faire la différence entre la France et l'Allemagne..

Kongsberg au centre de l'appel d'offres

L'une des clés de cette compétition sera le système d'armes du futur sous-marin norvégien. DCNS et TKMS vont devoir travailler avec Kongsberg pour intégrer le missile anti-navire Naval Strike Missile (NSM) d'une portée de 200 km, qui a été récemment choisi pour armer les corvettes Gowind achetées par la Malaisie. Kongsberg a développé ce missile en partenariat avec EADS (devenu depuis Airbus). DCNS va également travailler avec le groupe de référence norvégien sur un système de combat amélioré à partir du Setis que le groupe tricolore a développé.

Reste enfin une inconnue. Oslo dit envisager l'achat en coopération avec des pays comme les Pays-Bas et la Pologne qui projettent également une acquisition de sous-marins. En septembre 2015, Varsovie avait proposé à Oslo de mutualiser l'achat de ses trois futurs sous-marins avec un ou plusieurs pays de l'OTAN. Une idée bien accueillie alors par la Norvège. Mais depuis la Pologne a changé de gouvernement...

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Commentaires
a écrit le 22/04/2016 à 19:08 :
Il me semble plus important de réussir le contrat avec la marine australien.... Non seulement nous allons placer des sous-marin à un pays non européenne et qui sait nous pourrons peut' être placé dans les 10 ans la version nucléaire.( les équipages serons former sur ce type de matériel).. Surtout si la chine continue à avoir une politique de réarmement, la place de cette île deviendra peux enviable...
a écrit le 10/04/2016 à 20:51 :
Presque quatre-vingt ans, mais se souvenir.
A Narvik il y eut des britanniques, des polonais, des français.....et des allemands.
Se souvenir.
Pourtant les chasseurs-alpins ont rarement à voir avec la marine.
a écrit le 09/04/2016 à 12:18 :
Bonjour, il est peux probable que la France emporte ce contrat.... Car nous ne somme pas favoris.... Comme toujours nous somme en concurrence avec les Allemagnes, il me semblerait plus constructif pour tous le monde de nous entendre, aux lieux de faire des offres concurrentes.... Nous avons un vrais savoir faire en haute mer, mais il n'est pas sur que cela soit un bonne argument pour contrer les Allemagnes... Si la France avez de l'argent nous pourrions envisager une OPA....
a écrit le 08/04/2016 à 14:38 :
ThyssenKrupp est en pleine recomposition, se séparant progressivement de sa division acier en lourdes pertes pour aller vers une structure de conglomérat, à l'image fumeuse de son aîné Siemens. Dans ce tableau, la branche marine ne représente qu'un tout petit segment, alors même que l'industriel en vend régulièrement des parties à qui en veut. Le charbon comme énergie a très bas coût avait fait la fortune du groupe pour ses productions au risque d'une pollution lourde sur laquelle on fermait les yeux. Ce levier ne lui est plus permis. Il cherche donc des métiers rentables au risque de la dispersion. Par ailleurs les sous-marins conventionnels se vendent désormais en transfert presque total de technologie, car si leur axe stratégique peut encore faire illusion, le savoir faire en est largement dépassé. Et puis ThyssenKrupp n'est pas assuré de poursuivre sur ce segment qu'il doit logiquement revendre. Nous assistons donc à un braderie généralisée qui voit se vendre des bâtiments à perte pour que les contrats de services qui y sont attachés puissent devenir, un jour, rentables. L'allemand pourrait donc emporter le contrat norvégien et d'autres par d'énormes sacrifices de façon à surtout y attacher la pérennité des chantiers et services de son pays. Il profiterait des avances perçues pour arranger le bilan de la branche marine afin de la vendre, comme "gonflée", les pertes surgissant plus tard. Pour sa part Airbus devrait reprendre les opérations suédoises du secteur militaire, marine comprise, pour les étouffer progressivement comme à son habitude. Quoiqu'il en soit, les norvégiens, et ce quelque soient les changements de périmètres, seront assurés d'obtenir le meilleur traitement pour le meilleur matériel conventionnel pourtant déjà dépassé.
Réponse de le 08/04/2016 à 21:12 :
C'est intéressant ce que vous nous dites là. En France on a l'habitude de vendre la peau bien avant d'avoir tué l'ours. Et quand l'ours ne sera jamais tué ? Par exemple, l’Inde souveraine a décidé d’annuler l’achat de 126 Rafale commandés à grand renfort de publicité et de promotion élyséenne. 18 milliards d’euros qui tombent à l’eau. Et quel est l’heureux élu : Vladimir Poutine, l’ennemi juré de notre mal-aimé Président qui sera très heureux de livrer 128 avions de combat made in Russia. Les Rafale de Hollande étaient des mirages ! Hollande et son gouvernement n’auront été, somme toute, qu’un gigantesque mirage. Le temps d’une trop longue rafale…
a écrit le 08/04/2016 à 12:47 :
Malheureusement je ne pense pas que DCNS ait la moindre chance sur ce projet de sous marins. Il y a longtemps que la marine norvégienne n'achète plus grand chose à la France. Priorité N°1, les US. N°2 l'Allemagne et enfin en troisième position la France. J'ai travaillé avec la marine norvégienne pendant des années sur le programme de frégates. Résultat les USA ont gagné à travers les chantiers espagnols (AEGIS). Nous étions favoris et de loin, mais les pressions politiques ont fait la différence. C'était vrai aussi pour l'aviation. Quand les US veulent un marché ça fini par un appel du président de la république américain. Rarement un pays de l'OTAN résiste à ce type de pressions.
Réponse de le 11/04/2016 à 21:51 :
On a longtemps préféré travailler avec des Etats non solvables. Toute notre stratégie de Défense était jusqu'ici tournée vers le Sud. Reprendre pied sur des marchés nordiques... pas simple. Les progrès réalisés et décrits dans l'article sont encourageants mais c'est un travail de longue haleine. Il faut le faire et on doit leur souhaiter bonne chance.
a écrit le 08/04/2016 à 10:22 :
Si les dirigeants politiques avaient vraiment là cœur l'indépendance de leur pays, il y a longtemps que tous ces pays seraient sortis de l'OTAN pour créer une véritable armée européenne, autour de la France et de l'Allemagne, dans la foulée du projet français (De Gaulle).
L'ouverture de l'UE a tout fait capoter, une victoire des anglo-saxons. Tant que le Royaume Uni et la Pologne feront partie de l'UE, rien ne se fera car ils veulent un marché qui permet aux financiers d'imposer leurs lois à tous, comme l'OTAN.
Quand je vois la Turquie qui se dissimule dans l'OTAN pour cacher ses crimes ! Quand je vois les USA et l'Angleterre utiliser l'OTAN pour foutre le bazar en Europe de l'est pour leurs seuls intérêts ! Il est clair que l'OTAN est une vraie menace pour nous.
Seule une UE limitée aux pays de l'ouest de l'Europe et aux pays nordiques est viable ! Et une forte armée conjointe aussi. Il y a peu de temps l'armée française n'avait besoin de personne et surtout pas d'une puissance étrangère au continent !
Réponse de le 08/04/2016 à 16:32 :
"Il y a peu de temps l'armée française n'avait besoin de personne et surtout pas d'une puissance étrangère au continent"

En 14-18 comme en 39-45. on était pourtant bien content de les trouver, ces méchants anglo saxons.
Réponse de le 08/04/2016 à 19:55 :
La dernière fois où la France avait la capacité militaire de combattre seule les grosses nations, c'était pendant le Premier Empire (et encore ...). La coalition européenne menée par Metternich a mis fin au rêve (de Napoléon) d'hégémonie française sur le continent européen par la suite.
Réponse de le 16/04/2016 à 10:24 :
Oui, il est vrais que nous étions contents de trouver le libérateur américain en 1944, mais bien moins content qu'il nous refusse leur soutient en 1940.... Il est important de bien lire l'histoire.... Car entre les deux notre pays à supporter l'occupation, la collaboration, le début du déclin de l'Empire colonial.... Pour info l'Afrique ne sera pas où elle en est, si nous aurions pu continuer sont développement économique.... La Russie n'auraient pas occupé l'Europe de l'est pendant 70 ans.... Et le monde serai sûrement très différent sans la supériorité ecomique américaine depuis 60 ans....
Réponse de le 27/04/2016 à 12:50 :
HEU?????????????mais qui a fait échouer la CED? vous savez de quoi je parle?
a écrit le 08/04/2016 à 9:31 :
Bonjour M. Cabirol, s'il vous plait, pourriez-vous respecter la langue française ? Pourquoi utilisez vous le terme "short-listé", qui n'existe pas, même si l'on devine évidemment l'origine de ce barbarisme. Le terme "présélectionné" conviendrait parfaitement. Bien sûr, cela fait moins "pro", quoique…
Votre corporation a une énorme responsabilité concernant le maintien de la cohérence de la langue française. Cela a été évoqué récemment lors de la semaine de la francophonie, par vos collègues !
Merci d'avance pour votre engagement sur ce sujet.
Cordialement.
Réponse de le 08/04/2016 à 14:13 :
Je dois avouer que je suis d'accord avec M. Miédans-Gros. Les journalistes ont la fâcheuse habitude de vouloir mettre des mots anglais partout. Quand je veux lire un article en anglais, je vais sur un journal anglophone. Mais quand je vais sur LaTribune, que j'apprécie beaucoup, j'aime bien lire en français. (La questionne ne se pose évidemment pas lorsqu'il n'existe pas de terme francophone).
a écrit le 08/04/2016 à 8:09 :
Les méga contrats comme à Saint-Nazaire ou Airbus proviennent de fond investi en paradis fiscal, tout cela fonctionne par économie parallèle.
Il n'y a que le français moyen, lapin crétin, qui emprunte de l'agent légal pour le crédit auto dont les pubs nous rabattent les oreilles à longueur de journée.

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